Les préfets des MRC des Pays-d’en-Haut, d’Antoine-Labelle, d’Argenteuil, des Laurentides et de La Rivière-du-Nord ont uni leurs voix le 31 août au Centre sportif des Pays-d’en-Haut. Devant une salle remplie d’élus municipaux, la préfète des Pays-d’en-Haut, Catherine Hamé, a donné le ton : « Ce matin, on parle d’une seule voix ».
Des représentants de plusieurs partis politiques étaient également présents. Les élus souhaitent obtenir des engagements clairs du gouvernement alors que la campagne préélectorale s’amorce et que les enjeux de sécurité routière occupent une place grandissante dans la région.
Pour eux, le problème dépasse largement les limites municipales. Le réseau routier provincial, jugent-ils, n’est plus adapté à la réalité actuelle des Laurentides.
Un réseau sous pression
« Ce sont nos routes provinciales qui ne sont plus adaptées à notre territoire », a affirmé Catherine Hamé. Selon elle, l’absence de voies alternatives concentre la circulation sur certains axes, notamment les autoroutes 15 et 50 ainsi que les routes 117 et 364.
« On a un réseau qui n’est pas complété. […] Ça fait beaucoup de pression sur nos infrastructures actuelles », a-t-elle expliqué. Selon les élus, la configuration de certaines intersections, l’état de la chaussée et l’achalandage contribuent aux problèmes de sécurité observés sur le territoire.
La 117 au cœur des revendications
Le préfet de la MRC d’Antoine-Labelle, Daniel Bourdon, la décrit comme un corridor essentiel entre Montréal et l’Abitibi.
« Notre 117, qui est la Transcanadienne, c’est le chemin le plus court entre Montréal et l’Abitibi, où il passe des dizaines et des dizaines de milliers de véhicules à tous les jours », a-t-il rappelé. Les camions lourds représentent environ 17 % de cette circulation.
Malgré des promesses répétées depuis 30 ans, le tronçon n’a jamais été élargi à quatre voies. Daniel Bourdon a aussi dénoncé ce qu’il considère comme un sous-investissement dans la région : « On était 16e, des fois 17e sur tous les investissements qu’il y avait dans le réseau routier. »
Il estime que les routes actuelles ne sont pas conçues pour le volume et le poids des véhicules qui y circulent. « Si vous êtes distrait moindrement, vous pouvez avoir des ornières, alors c’est facile de perdre le contrôle », a-t-il ajouté.

La 50 et la 15 dans la mire
Du côté de l’autoroute 50, Christian David, représentant de Bernard Bigras, préfet de la MRC d’Argenteuil, a rappelé les préoccupations entourant certains tronçons. « Les dangers de l’autoroute 50 ne sont plus vraiment à démontrer », a-t-il affirmé.
Il a qualifié le tronçon de « l’autoroute de la mort », en référence aux accidents mortels survenus au fil des ans. Des mesures ont été annoncées pour Brownsburg-Chatham, mais les élus souhaitent connaître les échéanciers. « Nous demandons donc des échéanciers qui sont clairs, qui sont publics », a insisté M. David.
Le dédoublement complet de l’autoroute fait partie des demandes formulées lors de la rencontre. M. David a qualifié la situation de « désastre ».
L’autoroute 15 n’est pas épargnée par les inquiétudes. Catherine Hamé a notamment rappelé l’accident mortel survenu le 20 août à Sainte-Adèle. « On ne se le cachera pas, les routes sont plus que maganées », a-t-elle dit.
Les secteurs de Mont-Gabriel, de Val-Morin et de Sainte-Anne-des-Lacs sont particulièrement évoqués pour l’état de la chaussée et les accidents. La route 364 préoccupe également les élus. « Sur la 364, c’est rendu un problème. On a de plus en plus d’accidents », a mentionné Mme Hamé.

Un enjeu qui dépasse les Laurentides
Les élus veulent aussi rappeler que ces routes jouent un rôle économique qui dépasse la région. « On a quand même une petite industrie qui dessert l’ensemble du Québec », a expliqué Catherine Hamé, citant notamment les sablières, la foresterie et le transport alimentaire.
« Les camions lourds dégradent énormément nos routes », a-t-elle souligné. Pour les MRC, l’état du réseau routier est donc à la fois une question de sécurité et de mobilité économique.
Les élus ont par ailleurs critiqué la lenteur des interventions du ministère des Transports et de la Mobilité durable. Xavier-Antoine Lalande, préfet de la MRC de La Rivière-du-Nord, a énuméré les cinq critères qu’il attribue au MTMD : « Le premier critère, d’abord, c’est le maintien des actifs. Le deuxième, c’est la programmation politique. Le troisième, c’est les rapports du coroner. Le quatrième, c’est l’accidentogène et le cinquième, c’est les changements climatiques. Vous avez bien compris, la deuxième priorité de fonctionnement du ministère actuellement, c’est la programmation politique. »
Selon lui, les Laurentides répondent déjà à plusieurs de ces critères. « Les sites accidentogènes, on en a plein », a-t-il insisté.
Un plan et des échéanciers
Malgré leurs critiques, les élus disent vouloir travailler avec Québec plutôt que simplement dénoncer la situation. « On ne vient pas ici pour pointer du doigt. On vient ici pour offrir un partenariat », a affirmé Catherine Hamé.
Les MRC souhaitent participer à l’identification des secteurs à risque et à l’élaboration d’un plan de développement assorti d’échéanciers. Daniel Bourdon a également insisté sur la connaissance fine du territoire détenue par les élus municipaux.
Xavier-Antoine Lalande a pour sa part évoqué les répercussions de l’état du réseau sur les usagers. « Les gens ne veulent même plus faire de moto dans les Laurentides parce que c’est trop dangereux », a-t-il déploré. À propos de certaines réparations temporaires observées sur les routes, il a ajouté : « C’est honteux ».
Des bilans qui alimentent les demandes
Selon les données compilées par la Sûreté du Québec et la SAAQ, la portion Labelle–Mont-Laurier de la route 117 a enregistré 26 décès et 37 accidents graves entre 2010 et 2016. Le comité SOS 117 estime toutefois que le bilan réel de ce secteur aurait dépassé 33 décès à la fin de la décennie en tenant compte des collisions mortelles survenues après 2016.
Pour l’autoroute 15, la SAAQ recense 30 décès dans la région des Laurentides en 2025, sans ventilation par axe. L’autoroute 50 aurait, pour sa part, cumulé 31 accidents mortels entre 2019 et 2025 selon la SQ.
Les cinq MRC qui se sont réunies pour l’occasion attendent maintenant des engagements des candidats provinciaux, avec un objectif commun : faire de la sécurité routière une priorité.
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