Certaines, prisonnières de leurs faibles revenus, acceptent à contrecœur des augmentations qui frôlent les 10 %. D’autres, au bord de l’itinérance, attendent en vain une intervention du gouvernement.
Face à cette crise, le Carrefour d’actions populaires de Saint-Jérôme, dont la mission est de prévenir l’itinérance en soutenant les locataires, se dit impuissant devant les nombreux appels de familles désespérées.
« Puis, on est un petit peu impuissant dans le sens où on ne peut pas leur dire, vous pouvez refuser parce que même si ça s’en va au TAL pour une fixation, c’est vraiment ces taux qui seront considérés », indique Jenny Maboko, coordonnatrice de l’organisme.
Les augmentations de loyer cette année atteignent des niveaux critiques, déplore la responsable, soulignant le fait que ce soit les familles à faible revenu qui soient le plus fortement touchées. Malgré les efforts d’accompagnement de l’organisme, les locataires sont visiblement épuisés par cette situation. Ils expriment leur frustration face à l’absence de mesures concrètes, rapporte-t-elle, déplorant le manque de solutions pour améliorer l’abordabilité du logement.
La crise d’abordabilité
Le dernier rapport (2025) de la Société canadienne d’hypothèques et de logement SCHL sur le marché locatif, commenté par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), montre que le coût du logement continue de grimper en flèche au Québec, malgré un taux de logement disponible de 2,7 %. Ces logements disponibles demeurent pourtant hors de prix. Le FRAPRU parle désormais d’une crise d’abordabilité, puisque, même avec un salaire moyen, l’accès au logement demeure difficile.
La réalité n’est pas différente dans la MRC Deux-Montagnes. Un loyer qui en 2010 – déjà relativement cher à 700 à 750 $ pour deux chambres à coucher – coûte en 2026 entre 1 300 à 1 400 $, déplore Serge Gilbert, coordonnateur à l’Association de promotion et d’éducation en logement. Il s’agit, selon lui, d’une augmentation supérieure à 20 %.
Citant le rapport du SCHL, M. Gilbert souligne une chute de 1 % du taux d’inoccupation dans la MRC de Deux-Montagnes. L’abordabilité des logements, croit le coordonnateur de l’organisme APEL, demeure le véritable enjeu. Le programme de logements dits abordables, mis en place par le gouvernement, ne tient pas compte de la réalité, estime-t-il.
« Le gouvernement du Québec a un programme qui s’appelle Logement abordable. Un programme pour lequel le logement à 1 600 $ est considéré comme abordable. Alors, maintenant, nous autres, on dit que ce ne sont pas des logements abordables qu’il faut. » – Serge Gilbert, coordonnateur APEL.
En 2025, la Société canadienne d’hypothèque et de logement a établi qu’un ménage locataire doit disposer d’un revenu d’au moins 49 280 $ par année pour payer un loyer de 1 232 $, sans dépasser la norme des 30 % de revenu consacrés au logement, or, près de la moitié des locataires du Québec ont un revenu inférieur, déplore pour sa part la coordonnatrice du CAP, citant la SCHL.
« Honnêtement, c’est des familles à très faible revenu parce qu’on reçoit quand même beaucoup de personnes d’un certain âge, des personnes de 50 ans et plus qui sont des fois sur leur fonds de pension », affirme-t-elle.
Il faut du logement social
Parce que le logement dit abordable ne l’est pas pour toutes les catégories de revenus, il faut davantage de logements sociaux pour améliorer la situation, martèle Serge Gilbert. Il rappelle une demande de 3 000 logements formulée en 2010 auprès du gouvernement, et qui est restée lettre morte.
Or, l’offre de logements sociaux dans la MRC demeure largement insuffisante, fait remarquer M. Gilbert. Il faut remarquer que l’Office régional d’habitation du Lac-des-Deux-Montagnes gère 543 logements HLM, dont 131 de type familial, 295 pour personnes âgées et 117 pour personnes seules. La Coopérative de solidarité du Train de la Vie met 35 logements à la disposition de familles à faible revenu. La Coopérative Le Goéland dispose de 16 unités et la Coopérative des Chênes de 12 unités.
Il souligne, par ailleurs, la croissance démographique qui s’est accompagnée d’un appauvrissement de la population, notamment en raison de l’augmentation des familles monoparentales et des personnes âgées, deux groupes particulièrement vulnérables, dit-il.
« Aujourd’hui, je pense qu’il faudrait multiplier ce nombre-là par 1,5 ou deux pour atteindre un […] équilibre au niveau des logements sociaux », soulève-t-il.
Jenny Maboko, elle, plaide pour des mesures d’urgence. Selon elle, un gel des loyers s’impose pour les prochaines années afin de permettre au marché de se stabiliser. Elle propose également de soustraire certains logements du marché spéculatif pour en garantir l’abordabilité à long terme. « Sans intervention, les loyers continueront de grimper année après année, alors que les revenus stagnent », prévient-elle.

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