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La Fédération de la santé sonne l’alarme dans les Laurentides

Photo Marie Pier Lafleur –

Urgences sous pression à Sainte-Agathe-des-Monts

La Fédération de la santé sonne l’alarme dans les Laurentides

Publié le 05/02/2026

Le 8 janvier dernier, la Fédération de la santé du Québec (FSQ-CSQ) a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des services d’urgence dans les hôpitaux.

En effet, le syndicat condamne depuis une situation intenable, selon elle, autant pour le personnel des urgences que pour les patients.

À la suite d’un décès survenu à l’urgence de l’Hôpital de la Cité-de-la-Santé de Laval, le syndicat relève un portrait problématique de la surcharge dans la prise de patients dans le réseau de la santé. Cette situation pourrait s’appliquer, selon Déreck Cyr, président de la FSQ-CSQ, dans l’ensemble de la région des Laurentides. « On travaille sous pression en situation de débordement, souvent épuisés par le temps supplémentaire obligatoire et par le manque de personnel avec lequel on doit composer. On manque de locaux, de chambres, de lits. Or, le travail de nos membres consiste à sauver des vies humaines », explique M. Cyr, par voie de communiqué.

Le CISSS des Laurentides nuance le portrait

D’après les dires du Centre intégré de santé et de services sociaux des Laurentides (CISSS des Laurentides), on reconnaît que les urgences de la région des Basses-Laurentides, notamment celles de Saint-Eustache et de Saint-Jérôme, ont connu une forte pression depuis la mi-décembre, principalement en raison de la circulation accrue des virus respiratoires. « La recrudescence des virus respiratoires explique le nombre élevé d’usagers dont les besoins de santé nécessitent une prise en charge par nos équipes soignantes », indique Valérie Maynard, conseillère en communication du CISSS des Laurentides, en précisant que la période hivernale, traditionnellement achalandée, a débuté plus tôt qu’à l’habitude cette année.

Toutefois, Mme Maynard indique que la situation est en amélioration. « La pression est à la baisse depuis environ une semaine, ce qui correspond à une diminution de la transmission des virus. Nous demeurons toutefois très vigilants », précise le CISSS, qui remercie le personnel et les médecins pour leur travail soutenu.

L’organisation affirme avoir mis en place plusieurs mesures pour faire face à l’achalandage hivernal, dont l’ouverture de lits supplémentaires et la réorientation systématique des patients dont l’état de santé ne nécessite pas une prise en charge à l’urgence. Concernant les transferts en provenance des CHSLD et des maisons des aînés, le CISSS des Laurentides soutient que cette situation « ne s’applique pas dans les Laurentides », précise le CISSS. Sur environ 2 500 résidents hébergés, moins de cinq par jour seraient hospitalisés en moyenne.

Le CISSS souligne également des améliorations dans la gestion des lits hospitaliers et met de l’avant des actions visant à réduire les transferts à l’urgence, telles que la formation du personnel, la téléconsultation médicale en CHSLD, la vaccination et l’utilisation de corridors de services.

Photo iStock
Partout dans les Laurentides, les urgences sont sous pression. Les équipes tiennent le fort malgré l’épuisement, le manque de personnel et une demande qui dépasse largement les capacité.

Le syndicat CSN décrit une pression généralisée dans la région

Alors que le CISSS des Laurentides rapporte une amélioration récente de la situation dans certaines installations, le syndicat dresse pour sa part un portrait marqué par une pression toujours importante sur les équipes. Geneviève Viau, responsable des communications du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux (CSN), décrit la réalité vécue par le personnel des urgences de la région. Elle indique fournir un portrait qui reflète fidèlement ce que vivent les équipes sur le terrain.

Dans le sud du territoire, l’Hôpital de Saint‑Eustache fait face à un achalandage soutenu. Selon les données publiées le 29 janvier par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le temps d’attente estimé pour un cas non prioritaire y atteignait 9 h 30, alors que 81 personnes se trouvaient à l’urgence. Le taux d’occupation des civières s’élevait à 134 %, et la durée moyenne de séjour sur civière dépassait 23 h. À Saint‑Jérôme, la situation était comparable, avec un temps d’attente de 10 h 33, 102 personnes à l’urgence et un taux d’occupation des civières de 136 %. Ces données varient d’une journée à l’autre, mais elles illustrent la pression actuelle dans les installations les plus achalandées.

Depuis le 12 décembre 2025, l’unité des naissances de l’Hôpital de Saint-Eustache est temporairement transférée à l’Hôpital de Saint-Jérôme pour une période d’environ trois mois, en raison d’une pénurie de médecins. Ce déplacement ajoute une pression supplémentaire sur les équipes de Saint‑Jérôme, déjà sollicitées par un achalandage élevé.

Plus au nord

Plus au nord, le Centre multiservices de santé et de services sociaux de Sainte-Agathe-des-Monts enregistre également une forte affluence. Le 29 janvier, le taux d’occupation des civières y atteignait 117 %, avec un temps d’attente estimé à plus de six heures pour un cas non prioritaire. L’installation reçoit par ailleurs certains patients en provenance de Rivière-Rouge, où la réduction d’accès à l’imagerie médicale entraîne des transferts vers d’autres hôpitaux.

La pression se répercute aussi sur les services préhospitaliers. Dans les dernières semaines, jusqu’à 13 ambulances ont été retenues à l’Hôpital de Saint-Eustache, incapables de retourner sur le territoire. Cette situation retarde l’accès aux soins pour d’autres patients et accentue l’engorgement dans les urgences avoisinantes.

Dans le nord de la région, l’Hôpital de Mont-Laurier affiche l’un des taux d’occupation les plus élevés des Laurentides. Le 29 janvier, il atteignait 240 %, alors que l’établissement reçoit non seulement des patients de son territoire, mais aussi des usagers de Maniwaki, en Outaouais, pour qui Mont-Laurier demeure l’hôpital le plus proche. Certains patients de Rivière-Rouge y sont également dirigés lorsque les services ne peuvent être offerts localement.

Selon Geneviève Viau, « Les équipes travaillent dans un contexte de surcharge chronique qui met à la fois le personnel et les patients à risque. » Elle souligne que la région croît rapidement, mais que les investissements nécessaires pour adapter les infrastructures tardent à venir, ce qui force les équipes à composer avec des espaces inadéquats et des ressources limitées.

En collaboration avec Marie Pier Lafleur, journaliste