Alors que les organismes des Laurentides dénoncent les limites du financement par projet, ils souhaitent profiter de l’arrivée d’un nouveau gouvernement pour obtenir des engagements à long terme et faire entendre leurs besoins.
La mobilisation, tenue à la Place des citoyens dans le cadre de la Semaine nationale de l’action communautaire autonome, s’inscrivait dans le mouvement « Communautaire à boutte ». Organisé en alliance avec le Réseau des femmes des Laurentides et le Regroupement des organismes communautaires familles des Laurentides, le rassemblement visait à rappeler la place des organismes dans le filet social.
Pour Benoît Larocque, coordonnateur du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides (ROCL), l’enjeu dépasse la capacité de financer des activités ponctuelles : il concerne la possibilité même pour les organismes de remplir durablement leur mission.
« On demande au gouvernement de cesser d’avoir du financement par projet. On veut un financement à la mission qui est indexé », affirme-t-il.

Plus de 250 personnes ont participé au rassemblement du mouvement « Communautaire à boutte » à Sainte-Adèle afin de réclamer un financement à la mission plus stable et une meilleure reconnaissance du rôle des organismes communautaires dans les Laurentides.
La stabilité des équipes en jeu
Le financement à la mission permettrait aux organismes de planifier leurs activités en fonction de leurs besoins réels, plutôt que de dépendre de programmes limités dans le temps. Selon Benoît Larocque, l’incertitude financière complique également la rétention du personnel et le maintien de conditions de travail attrayantes.
« Avec un financement qui est boiteux, qui est long, c’est bien difficile d’avoir de la stabilité dans les équipes et d’avoir des conditions de travail attrayantes », soutient-il.
La revendication concerne donc autant la continuité des services que les conditions dans lesquelles ils sont offerts.
Le regroupement souhaite aussi que le gouvernement s’engage dans un dialogue formel avec le milieu communautaire. Il réclame au moins cinq rencontres pour présenter ses besoins et ses demandes.
« On veut pouvoir rencontrer le nouveau gouvernement pour au moins cinq rencontres, qu’on puisse s’asseoir avec eux autres, leur expliquer c’est quoi nos besoins, c’est quoi nos demandes », indique Benoît Larocque.
Une ouverture à construire avec les élus
Au moment de l’entrevue, le ROCL n’avait pas encore demandé de rencontre avec le caucus des députés des Laurentides. Il entend toutefois entreprendre cette démarche prochainement, après avoir rencontré certaines candidates pendant la campagne électorale.
Le coordonnateur souligne que le renouvellement politique pourrait permettre d’établir de nouveaux échanges. Il cite notamment Catherine Drouin, élue dans la région de Mont-Laurier, qui a déjà travaillé au sein d’un organisme membre du regroupement.
« Elle vient du milieu communautaire. Elle a l’expérience du milieu communautaire. Je pense que ça, c’est vraiment intéressant pour nous autres », affirme-t-il.
Benoît Larocque se montre également critique à l’égard des relations entretenues avec le précédent gouvernement. Il décrit les échanges avec l’ancienne ministre responsable de l’Action communautaire, Chantal Rouleau, comme une « fin de non-recevoir ».
« Pour nous autres, c’est une bonne nouvelle. C’est une bouffée d’air. Ça peut permettre d’avoir d’autres interlocuteurs qui vont peut-être être plus à l’écoute », dit-il à propos de la possibilité de dialoguer avec de nouveaux responsables.
Cette ouverture reste toutefois à concrétiser. Le regroupement souhaite maintenant passer des représentations aux discussions formelles afin de faire valoir les réalités du terrain.
La prévention comme investissement
Au-delà du financement, le ROCL défend une conception du rôle communautaire qui mise sur la prévention, la participation citoyenne et le développement de l’autonomie. Les organismes constituent, selon Benoît Larocque, des milieux de vie où les personnes peuvent tisser des liens, renforcer leur confiance et prendre part à la collectivité.
« Le communautaire, ce n’est pas une dépense sociale, c’est un investissement », insiste-t-il.
Il estime que les interventions préventives peuvent éviter que certaines situations nécessitent plus tard des interventions plus lourdes et coûteuses. Il souligne aussi l’importance de pratiques qui permettent aux personnes concernées de participer activement à la vie des organismes, plutôt que de simplement exécuter des décisions prises par d’autres.
Pour le coordonnateur, cette contribution doit se traduire par une reconnaissance qui ne soit pas seulement symbolique. Des remerciements ou des subventions temporaires ne répondent pas, selon lui, au besoin de sécurité financière des organisations.
« C’est sûr que ça va ensemble. Je pense que si on a du financement, on a la reconnaissance », affirme-t-il.
Le rassemblement du 21 octobre marque ainsi une nouvelle étape dans les revendications du milieu communautaire des Laurentides. Le ROCL espère maintenant que la mobilisation se traduira par des rencontres avec les élus et, surtout, par des engagements en faveur d’un financement à la mission, indexé et récurrent.

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