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Les organismes de défense collective des droits, la tête sous l’eau

Photo courtoisie – Les organismes luttent pour préserver leurs fonds malgré une menace réelle de disparition.

Les organismes de défense collective des droits, la tête sous l’eau

Publié le 02/03/2026

Le Réseau des Femmes des Laurentides fait partie des 14 groupes communautaires œuvrant pour la défense collective des droits dans la région.

L’organisme rassemble et représente vingt-trois groupes féministes et comités de femmes aux côtés desquels il travaille à améliorer les conditions de vie des femmes dans une perspective d’égalité entre les sexes et de justice sociale, notamment en matière d’accès aux services sociaux et de santé, d’autonomie économique et de sécurité.

Même s’il n’offre pas de service direct à la population, le RFL, qui agit en tant que table de concertation a besoin du double de son budget de fonctionnement de 100 000 $ pour espérer survivre. Or, depuis 2023, l’organisme voit ses subventions stagner, et se retrouve sans accès à l’indexation annuelle, comme c’est le cas pour les quelque 350 groupes œuvrant dans ce secteur partout au Québec.

Craignant pour la survie des organismes, les responsables tirent la sonnette d’alarme en dénonçant l’inaction gouvernementale, le sous-financement chronique ainsi que l’absence d’indexation annuelle de leurs subventions.

Un projet de loi qui menace l’indépendance

Isabelle Thibault, coordonnatrice du Réseau des Femmes des Laurentides, craint que le projet de loi 7 restreigne leur droit de critiquer et de contester les décisions gouvernementales. Puisque c’est le Secrétariat à l’action communautaire qui octroie leurs subventions, les organismes craignent de ne plus pouvoir exercer leur rôle de contre-pouvoir sans risquer leur financement. « On est payé pour faire ça, mais là, ce que ça dit, c’est qu’on n’aura pas le droit de prendre cet argent-là pour pratiquer notre contre-pouvoir », explique-t-elle.

Le projet de loi 7 prévoit la fusion du Fonds d’aide à l’action communautaire autonome avec le Fonds québécois d’initiatives sociales (FQIS). Cette fusion menace l’indépendance des organismes en défense collective des droits, remettant en question trente ans de relations fondées sur le respect de l’autonomie du milieu communautaire, dénonce Mélanie Verville, cogestionnaire de l’ACEF Basses-Laurentides, dans un communiqué.

Par ailleurs, Mme Verville se dit préoccupée par le caractère dérisoire des sommes octroyées par le Plan d’action gouvernemental en action communautaire, qui prend fin en 2027 sans qu’aucune suite ne soit annoncée.

Manque criant de ressources

Les organismes dénoncent le désengagement de l’État et les attaques répétées contre le filet social, qui augmentent considérablement leur charge de travail. Ils réclament un rehaussement substantiel de leur financement dès le prochain budget.

Pour Isabelle Thibault, présentement accompagnée d’une personne embauchée sur la base d’un contrat à durée déterminée et selon la disponibilité d’un financement ponctuel, il serait idéal d’avoir au moins deux personnes permanentes. Avec un budget adéquat, elle pourrait embaucher une ressource permanente supplémentaire et assurer pleinement la mission de défense collective des droits, sans être constamment à bout de souffle. « C’est sûr qu’il y a toujours une crainte d’être dans une situation précaire », soulève-t-elle.

La coordonnatrice clinique au Mouvement Personne d’Abord de Saint-Jérôme, Stéphanie Gauthier, aimerait faire plus, mais les ressources de l’organisme sont limitées, affirme-t-elle, estimant leurs subventions insuffisantes et leurs salaires trop bas. « Notre organisme souhaite soutenir davantage de personnes vivant avec une déficience intellectuelle, les accompagner dans les aspects du quotidien et favoriser leur inclusion. Nous avons l’expertise et les pratiques, mais nos ressources sont si limitées que nous peinons à répondre aux demandes des jeunes adultes qui se présentent à nous », déplore-t-elle.

Les groupes de défense collective des droits des Laurentides ont participé du 2 au 6 février 2026 à la campagne de mobilisation Les droits, ça se défend collectivement ! organisée par le Regroupement des organismes en défense collective des droits. L’événement visait, entre autres, à exiger un rehaussement substantiel de leur financement dès le prochain budget, dans le respect de leurs missions.