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Les rangs des paramédics se vident dans les Laurentides

Photo Marie-Pier Lafleur – Le personnel paramédic effectue en moyenne des quarts de travail de 10 à 12 heures par jour, en plus de travailler dans des conditions qui mettent en jeu la santé physique et mentale, selon M. Leggo-Beaudoin.

Les rangs des paramédics se vident dans les Laurentides

Publié le 20/03/2026

Un sondage mené auprès de paramédics des Laurentides et de Lanaudière révèle un malaise marqué dans le secteur préhospitalier, plusieurs travailleurs envisageant de quitter la profession au cours des prochaines années.

Un sondage mené auprès de paramédics des Laurentides et de Lanaudière révèle un profond malaise dans le secteur préhospitalier. Selon les résultats recueillis par la Confédération des syndicats nationaux (CSN), plusieurs paramédics de la région envisagent de quitter leur emploi au cours des prochaines années, ce qui soulève des inquiétudes quant à la rétention de la main-d’œuvre.

Au total, 181 paramédics membres de syndicats affiliés à la CSN ont répondu au questionnaire. Parmi eux, seulement 31 croient qu’ils occuperont toujours leur poste dans cinq ans. À l’inverse, 78 répondants disent envisager un retour aux études ou un changement de carrière dans un autre secteur d’ici les cinq prochaines années. Cinq autres prévoient prendre leur retraite pendant cette période.

Sans convention collective depuis trois ans

La situation est compliquée par l’absence de nouvelle convention collective. Les paramédics n’ont pas reçu d’augmentation salariale depuis le 1er avril 2022 et se trouvent sans convention collective depuis le 1er avril 2023. En grève avec maintien des services essentiels depuis le 6 juillet, ils ont participé à une cinquantaine de rencontres de négociation avec l’employeur.

Au cœur du litige figurent notamment les salaires, la surcharge de travail et l’accès à certaines mesures accordées à d’autres groupes du réseau de la santé, comme des primes ou la bonification de la rémunération des heures supplémentaires.

« Ça fait des années qu’on attend une convention collective. On a l’impression d’un manque de respect et de considération, affirme M. Leggo-Beaudoin, président du Syndicat des paramédics Laurentides–Lanaudière-CSN (SPLL–CSN). Pourtant, on est des gens qui sont sur la route pour aider la population. Plusieurs provinces, comme l’Ontario ou la Colombie-Britannique, ont investi davantage pour améliorer les conditions des paramédics afin de retenir le personnel. Nous, on veut simplement un contrat de travail et des conditions qui reflètent l’importance de notre travail ».

Des quarts de travail exigeants

Un sondage avait été réalisé par le syndicat en septembre 2025, et dressait déjà un portrait préoccupant du climat de travail. Selon cette enquête, 74 % des répondants se disaient insatisfaits ou très insatisfaits des mesures prises par leur employeur concernant le bien-être au travail, tandis que 47 % exprimaient une insatisfaction à l’égard des mesures de conciliation entre la famille et le travail.

Les horaires de travail représentent d’ailleurs l’un des principaux irritants soulevés par les paramédics. Les quarts de travail de 10 à 12 heures et le manque de personnel rendent les congés difficiles à obtenir, explique Danny Leggo-Beaudoin.

« Même pour les congés, ce n’est pas facile. Les demandes sont souvent refusées parce qu’il manque de personnel, souligne-t-il. Ça fait en sorte qu’on a très peu de temps pour être avec nos familles. On travaille une fin de semaine sur deux, souvent trois journées collées — vendredi, samedi et dimanche — avec des quarts de 10 ou 12 heures. Ça veut dire qu’on est très peu présents à la maison la fin de semaine ».

Au-delà des horaires, les conditions de travail et la charge émotionnelle du métier contribuent aussi au découragement de plusieurs travailleurs.

« Les exigences sont très élevées. On se retrouve dans des situations parfois dangereuses, avec des risques physiques et psychologiques. On ne sait jamais vraiment ce qu’on va trouver en arrivant sur un appel. Une étude montrait récemment qu’un paramédic peut être exposé, au cours de sa carrière, à des centaines d’événements traumatisants, beaucoup plus qu’un citoyen moyen. Pourtant, les programmes de soutien psychologique demeurent insuffisants, surtout en région », ajoute-t-il.

Plusieurs paramédics quittent la profession après seulement quelques années, évoquant une rémunération jugée insuffisante, la surcharge de travail et les exigences physiques et psychologiques du métier.  Une problématique que veut régler le Syndicat des paramédics Laurentides–Lanaudière–CSN, qui représente plus de 250 paramédics dans les Laurentides et le sud de Lanaudière.