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Saint-Hippolyte veut mieux comprendre sa nappe phréatique

Photo Marie-Pier Lafleur – Depuis plusieurs années, les citoyens de Saint-Hippolyte ont rencontré plusieurs problématiques d’accès une quantité d’eau suffisante pour leur domicile, dû à l’épuisement de la nappe phréatique.

Saint-Hippolyte veut mieux comprendre sa nappe phréatique

Publié le 20/03/2026

La Ville de Saint-Hippolyte participe à un projet scientifique visant à suivre en temps réel l’état de sa nappe phréatique afin de mieux comprendre la disponibilité de l’eau potable sur son territoire.

À Saint-Hippolyte, la gestion de l’eau souterraine fait l’objet d’une attention particulière. Dans une municipalité où la grande majorité des résidences dépend de puits privés et où la population est en croissance, la Ville s’est engagée dans un projet scientifique afin de mieux comprendre l’état et le comportement de sa nappe phréatique.

Mené en partenariat avec Polytechnique Montréal et l’organisme Iveo, le projet vise à suivre en temps réel les fluctuations de l’eau souterraine et à modéliser sa capacité de fournir de l’eau potable à long terme.

Un suivi à la minute près

Concrètement, le projet repose sur l’installation de capteurs dans plusieurs puits résidentiels. Ces sondes enregistrent et transmettent des données sur l’état de la nappe phréatique plusieurs fois par minute.

« On a mis en place un projet où des capteurs sont installés directement dans les puits des résidents, avec un volet de modélisation pour permettre la planification à long terme de la nappe phréatique », explique la chercheuse Dominique Claveau.

Ce suivi à très haute résolution permettra de modéliser le comportement de la nappe en fonction des usages quotidiens des citoyens — un exercice encore relativement rare dans le domaine de l’hydrogéologie.

« Habituellement, on travaille à des échelles régionales ou saisonnières. Ici, on est à l’échelle de maisons très rapprochées, avec des pompages quotidiens. C’est un défi scientifique important », souligne la chercheuse.

Les premières installations ont été réalisées à l’été et à l’automne 2025. Le projet se trouve actuellement dans une phase cruciale d’accumulation de données, et les premiers résultats sont attendus d’ici un à un an et demi.

Une ressource collective, des usages privés

À Saint-Hippolyte, environ 95 % des résidences ne sont pas reliées à un réseau d’aqueduc municipal et dépendent plutôt de puits individuels. Avec l’augmentation de la population et des projets de développement, « la question de la quantité d’eau disponible devient un enjeu important », comme l’explique le biologiste Sébastien Dupuis. Toutefois, des enjeux climatiques viennent aussi accentuer la situation.

Pour les chercheurs, l’un des défis consiste à rappeler que l’eau souterraine demeure une ressource partagée, même si les puits sont privés.

« Il faut voir la nappe phréatique comme étant en vase communicant d’une maison à l’autre. Les usages d’un citoyen peuvent avoir un impact sur les puits voisins », précise Dominique Claveau.

Deux avenues sont envisagées pour la suite : la sensibilisation du public et, éventuellement, une approche plus réglementaire. L’installation de compteurs d’eau pourrait notamment être envisagée dans l’avenir, même si la question soulève des préoccupations liées à la vie privée.

Des études hydrogéologiques parfois divergentes

Dans le contexte de nouveaux projets immobiliers, les promoteurs doivent réaliser des études hydrogéologiques afin de démontrer que la nappe phréatique peut fournir suffisamment d’eau pour les nouvelles résidences. M. Dupuis explique que ces études servent à déterminer si la quantité d’eau disponible est suffisante pour soutenir de nouveaux projets résidentiels. Toutefois, ces analyses peuvent parfois mener à des conclusions différentes.

« Les méthodes d’analyse peuvent varier d’une étude à l’autre, notamment dans la façon de calculer la recharge des eaux souterraines. Cela peut expliquer pourquoi certaines études arrivent à des résultats différents », précise-t-il. « Le règlement municipal prévoit un suivi d’au moins deux ans avec des puits instrumentés afin de vérifier s’il y a des impacts sur les nappes phréatiques avant de poursuivre un projet de développement ».

Selon les données recueillies jusqu’à présent dans le cadre du projet du Domaine de la Colline, les variations observées dans les puits seraient surtout liées aux conditions climatiques.

« Les suivis réalisés jusqu’à présent montrent que les variations observées dans les puits sont surtout liées aux conditions climatiques et non aux activités humaines », affirme Sébastien Dupuis.

Un laboratoire municipal pour l’avenir

Au total, le projet bénéficie d’une subvention de 144 000 $ accordée par Iveo, pour un coût global de 289 165 $. À terme, l’objectif est que la Ville de Saint-Hippolyte hérite de l’outil de suivi afin d’éclairer ses décisions, notamment en matière de développement du territoire.

« Le but de l’instrumentation des puits est justement d’avoir davantage de données pour mieux gérer la ressource et, au besoin, adapter les décisions concernant le développement du territoire », souligne Sébastien Dupuis.

Dans un contexte de pressions croissantes sur les ressources en eau et d’incertitudes climatiques, Saint-Hippolyte pourrait ainsi devenir un véritable laboratoire municipal pour une gestion plus fine et plus transparente de l’eau souterraine — une ressource invisible, mais essentielle.