Quand elle apprend qu’elle figure au palmarès des femmes les plus influentes des Laurentides, publié récemment, Sonia Bélanger sourit avec retenue. Elle remercie, bien sûr, mais dévie aussitôt la lumière vers les femmes qui l’entourent.
« Je le partage avec mon équipe, avec les femmes de mon cabinet, avec les femmes qui sont autour de moi », dit-elle simplement. Pour elle, l’influence n’est pas un statut, mais une capacité d’agir, de rassembler et de transformer des idées en actions concrètes.
Une carrière façonnée par le soin
Avant d’être ministre, Sonia Bélanger a été infirmière. Une vocation qui a façonné sa manière d’être et de travailler. Elle parle encore de cette profession comme de son premier « coffre à outils » : l’empathie, l’écoute et la relation d’aide.
Ces valeurs l’ont suivie lorsqu’elle est devenue gestionnaire, puis PDG d’un CIUSSS, et elles teintent aujourd’hui sa pratique politique.
« Je n’ai jamais décroché de ma fonction de soignante », confie-t-elle.
Cette trajectoire explique sans doute pourquoi elle se sent en terrain connu depuis qu’elle a hérité de trois missions majeures : les Aînés, les Services sociaux et la Santé. Là où d’autres voient un ministère tentaculaire, elle voit un ensemble cohérent qu’elle connaît intimement.
Elle parle du réseau avec précision, chiffres à l’appui, mais toujours en revenant à l’humain. « On a un bon système de santé, malgré les enjeux », dit-elle, évoquant aussi les témoignages qu’elle reçoit chaque semaine : une chirurgie rapide, un soutien à domicile apprécié, un personnel bienveillant.
Une présence constante dans la communauté
Sur le terrain, sa proximité est remarquée. On la voit dans les petits événements, les clubs d’aînés ou les inaugurations locales. Elle y va parce qu’elle aime rencontrer les gens, mais aussi parce qu’elle considère que son rôle de députée est indissociable de sa présence dans la communauté.
« On ne peut pas être députée si on n’est pas près de sa population », dit-elle.
Cette accessibilité crée parfois des moments inattendus, comme cette médecin qui lui a demandé un câlin lors d’une rencontre tendue. « C’était un moment très humain », se souvient-elle.
Une nomination inattendue
Le 8 décembre dernier, elle n’était pas du tout dans un contexte politique lorsqu’elle a appris qu’elle devenait ministre de la Santé.
« Le matin, j’étais à Prévost, à l’Entraide de Prévost, en train de faire des paniers de Noël », raconte-t-elle. Elle devait ensuite se rendre à Saint-Hippolyte pour poursuivre la distribution.
« J’entrais dans la période des fêtes, on avait fini de siéger à l’Assemblée nationale et je faisais des paniers de Noël. »
C’est à ce moment qu’elle apprend la démission de Christian Dubé.
« Une demi-heure après, j’ai reçu un appel pour me dire que le premier ministre voulait me voir. Tout a déboulé. »
Elle dit avoir accueilli ce changement avec calme. « Honnêtement, je n’étais vraiment pas là. Je me concentrais sur ce que j’avais à faire. Je suis en paix avec moi-même dans ce changement. »
Des chantiers lourds, mais portés par l’humain
Les défis sont nombreux. L’accès à un médecin de famille demeure sa priorité. Elle suit de près la mise en œuvre de l’entente avec la FMOQ, avec un objectif clair : rattacher des centaines de milliers de personnes d’ici l’été.
Elle dit avoir voulu aborder ce dossier autrement, notamment en réécrivant la loi 2 afin de retirer certains irritants et de rétablir un climat de collaboration avec les médecins. Elle mise aussi sur les infirmières praticiennes spécialisées et les pharmaciens pour alléger la première ligne.
Elle reconnaît les difficultés dans les urgences, notamment dans les Laurentides, où certains hôpitaux dépassent largement leur capacité. Elle évoque aussi la santé mentale, l’itinérance, les dépendances, les maisons des aînés et le soutien à domicile.
Autant d’enjeux qui s’inscrivent dans les trois grands domaines qu’elle pilote : la Santé, les Services sociaux et les Aînés. Trois missions qui avancent en parallèle et qui exigent une attention constante.
Continuité plutôt qu’ambition personnelle
À l’approche des élections de 2026, elle reste prudente. Elle reconnaît que le deuxième mandat du gouvernement a été difficile, mais met de l’avant les réformes structurantes réalisées.
Elle confirme qu’elle se représentera, motivée par la volonté de poursuivre ce qu’elle a amorcé. Elle refuse toutefois de s’engager dans la course à la chefferie, estimant que ce n’est pas son moment.
« Chaque chose a son temps », dit-elle en citant son père. Elle ajoute qu’elle ne voulait pas laisser de côté les dossiers qu’elle juge essentiels ni abandonner les chantiers amorcés en santé, en services sociaux et auprès des aînés.
À travers l’entretien, une chose ressort : Sonia Bélanger ne cherche pas à se définir par ses titres, mais par son engagement. Elle parle de son équipe, de sa communauté, des citoyens qu’elle rencontre et des professionnels qu’elle écoute.

MOTS-CLÉS
Sonia Bélanger
Cahier de la femme 2026