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Sous-traitance et transport en commun : un pari risqué, selon l’IRIS

Photo Site Web de la société exo – Une étude menée par l’IRIS suggère que la sous-traitance fait plus de mal que de bien aux sociétés de transport, réduisant la qualité du service.

Sous-traitance et transport en commun : un pari risqué, selon l’IRIS

Publié le 27/02/2026

Une étude publiée par l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) met en lumière les effets de la sous-traitance dans les services de transport en commun.

L’étude présente exo comme le seul organisme public de transport en commun qui sous-traite l’entièreté de ses services et comme celui qui affiche le pire bilan en matière de qualité du service. Selon l’IRIS, cette stratégie risquerait même de réduire la fiabilité des réseaux.

L’étude révèle qu’entre 2022 et 2024, le réseau d’exo a affiché un taux de bris de service moyen deux fois plus élevé que celui des sociétés de transport en commun du Grand Montréal. Le taux moyen de plaintes par 100 000 déplacements d’exo a été plus de quatre fois supérieur à celui des sociétés de transport du Grand Montréal dans la dernière année. L’étude souligne également que la Société de transport de Lévis, qui sous-traite en partie ses services, affiche, elle aussi, l’un des taux de plaintes les plus élevés parmi les dix principales sociétés de transport du Québec.

« On a comparé la performance des sociétés de transport du Québec sur le plan de la qualité du service et on a découvert que la société de transport qui sous-traite entièrement ses services de transport, la seule à le faire, exo, est aussi la société qui affiche le pire bilan en matière de qualité du service », indique Colin Pratte, chercheur à l’IRIS et responsable de l’étude.

Crise de fiabilité

Le chercheur met en cause les conditions de travail moins avantageuses qu’offre exo par rapport aux sociétés publiques, comme la STM ou la STL, ce qui aurait engendré une pénurie de personnel à la base des bris de service. « Les coupures annoncées chez exo sont préoccupantes dans un contexte où il s’agissait déjà d’un réseau qui battait de l’aile », a déclaré M. Pratte, estimant que ces coupures n’aident en rien la fiabilité et la qualité du service d’exo. Se fier davantage au privé pour réduire les dépenses ne ferait que diminuer la satisfaction des usagers ainsi que la qualité des services, mentionne-t-il.

La qualité du transport en commun est déterminante, particulièrement dans les couronnes nord et sud du Grand Montréal, indique M. Pratte. « La qualité du transport en commun est particulièrement critique […] dans les banlieues parce que la concurrence de la voiture est importante. Mais c’est actuellement à l’inverse qu’on assiste, c’est-à-dire que ce sont les banlieues qui sont les moins bien desservies en transport en commun, ce qui renforce la dépendance à la voiture des ménages qui habitent les couronnes », précise Colin Pratte.

Pour un transport de qualité

En octobre 2024, la firme Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT) a réalisé, à la demande du ministère des Transports du Québec (MTQ), un audit de performance des principales sociétés de transport en commun du Québec. Près de la moitié des économies identifiées dans cet audit découlent du recours intensif à la sous-traitance.

M. Pratte souligne que la mise en œuvre de cette recommandation pourrait entraîner une détérioration des services offerts par les réseaux de transport en commun et forcerait les usagers à se motoriser davantage. Or, l’enjeu est précisément de convaincre le plus grand nombre de ménages et d’automobilistes de délaisser la voiture au profit du transport collectif, souligne Colin Pratte. La condition « incontournable » demeure un service de qualité, plaide le chercheur.

Il recommande l’augmentation du financement public du transport collectif, notamment par l’impôt. Une approche qui, selon lui, serait bénéfique non seulement sur le plan écologique, mais aussi pour les ménages. Il rappelle qu’en moyenne, les ménages consacrent 15 % de leur budget à la voiture, et qu’une offre de transport en commun de qualité constituerait une réponse à la crise du coût de la vie.

Exo se défend

La société de transport desservant les couronnes nord et sud affirme, dans un communiqué, que son modèle d’affaires demeure adapté aux réalités des territoires qu’elle dessert. Elle rappelle qu’elle couvre un territoire trois fois plus vaste que ceux de Laval, Longueuil et Montréal, regroupant 84 municipalités, ce qui rendrait toute comparaison directe avec les autres sociétés de transport difficile, soutient-elle.

Concernant la pénurie de main-d’œuvre de 2022-2023, le transporteur exo fait valoir que les mesures déployées ont permis d’améliorer significativement la fiabilité de ses services. La société indique que son taux de livraison de service serait passé de 97 % à 99,6 %, que les annulations auraient diminué de moitié et que le manque d’effectifs ne représenterait plus que 2,1 % des perturbations, contre 37 % en 2022.

« Ces données confirment la capacité d’exo, à travers son modèle d’affaires, à répondre efficacement aux enjeux qui affectent ses opérations et à garantir des services fiables à ses usagers », lit-on dans le communiqué.