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Sylvie et son diplôme

Mathieu Locas

Le 17 juin 2020, je vous parlais de Sylvie (nom fictif). Une femme d’affaires qui a vu son secteur d’activités anéanti par la Covid-19. Elle avait répondu à l’appel de François Legault d’aller donner un coup de main dans les résidences pour personnes âgées où c’était l’hécatombe. Après quatre jours de formation, Sylvie se trouvait en charge d’une section en plus de devoir laver des personnes âgées, elle qui n’avait jamais eu à laver ses propres parents. À ce moment, j’avais été scandalisé puisqu’aucun cadre, sous cadre, gestionnaire, sous gestionnaire, superviseur ou peu importe le sous fifre, n’avait donné à Sylvie une rétroaction sur son travail. Pendant qu’elle faisait œuvre utile, les grands patrons ne sortaient pas de leur bureau en coin pour aller donner une tape dans le dos de ceux qui avaient osé risquer leur vie pour aider les ainés du Québec.

Environ 15 mois après cet entretien, je voulais vous donner de ses nouvelles. Après s’être promenée à travers quelques Ressources intermédiaires (genre de CHSLD privés, pas toujours bien gérés), Sylvie a abouti dans un CHSLD, sous le joug du CISSS des Laurentides, tout en poursuivant ses études pour décrocher son diplôme de préposée aux bénéficiaires. Pas question de retourner à son ancien secteur d’activités. Après un quart de siècle dans le même domaine, un changement s’imposait. Y’a quelques années, elle avait d’ailleurs songé à devenir préposée aux bénéficiaires. Les salaires merdiques de l’époque, environ 13$ l’heure, avaient quelque peu freiné son élan.

Elle aime son travail et souhaite éventuellement sortir des CHSLD. Prendre le temps nécessaire pour avoir de l’interaction avec ses patients, voilà ce qui la fait pencher vers les services à domicile.

La réalité de la vie a récemment frappé Sylvie en plein visage. Elle a vécu sa première expérience d’aide médicale à mourir. La bénéficiaire était prête. Pas Sylvie. «J’ai tellement braillé ma vie. Imagine, c’est la bénéficiaire qui me consolait quand je rentrais dans sa chambre. Je souhaitais ne pas travailler cette journée là mais j’étais à l’horaire. Quand je l’ai quittée la dernière fois, elle m’a dit : «Tu vas vivre longtemps avec tout le bien que tu fais aux gens»». Cette expérience demeure sa plus difficile. Les semaines ont passé et elle en parle encore avec le «moton» dans la gorge.

En vrac

-Dès que ses études se terminent, son salaire va baisser autour de 21$ l’heure (elle était à 26$, en raison de la promesse de François Legault).

-Après une année de travail, les préposées auront 4 semaines de vacances payées.

-Depuis la première vague, Sylvie a vu très peu de cas de Covid dans les résidences de personnes âgées.

-Les «antivaxx» sont aussi présents dans les centres pour personnes âgées. Pas nombreux mais comme partout ailleurs, il y en a.

-Les préposées aux bénéficiaires formées par le gouvernement depuis l’été 2020 (appelées les PAB Legault) ne sont pas très bien vues dans le réseau de la santé en raison de leur salaire plus élevé que celles formées avant la pandémie.

-Le CISSS des Laurentides devait ouvrir environ 400 postes de PAB le 12 septembre prochain.

-Il y a encore plusieurs préposées en provenance des agences privées. Sylvie estime que plusieurs de ces personnes sont incompétentes et débarquent dans des établissements sans aucune formation.

-Il y a quelques années, des femmes enceintes de certaines communautés religieuses refusaient de se faire traiter par des médecins masculins. Le sujet avait fait l’objet de débat en commission parlementaire à Québec. Évidemment, il n’y a pas de cas de femmes enceintes dans les CHSLD. Par contre, certains bénéficiaires refusent de se faire soigner par des personnes de couleur.

 

Je demeure disponible à mathieu.locas@hotmail.com.

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