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Un projet de 36 logements pourrait déclencher un référendum

Photo Marie Pier Lafleur – Le projet de 36 logements à Morin-Heights soulève des préoccupations citoyennes et pourrait être soumis à un référendum.

Un projet de 36 logements pourrait déclencher un référendum

Publié le 10/04/2026

Un projet de 36 logements à Morin-Heights pourrait se retrouver au cœur d’un référendum, alors que les inquiétudes citoyennes s’intensifient et que plusieurs étapes clés restent à franchir avant toute approbation.

La Municipalité de Morin-Heights a tenu une consultation publique sur un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI) visant l’aménagement de logements locatifs à proximité du noyau villageois.

D’entrée de jeu, la mairesse Louise Cossette a tenu à tempérer les attentes, rappelant qu’il ne s’agit que d’une étape du processus et que les discussions portent uniquement sur les dérogations au règlement.

Même son de cloche du côté de la directrice de l’urbanisme et de l’environnement, Jennifer Durand, qui a insisté sur le fait que le dossier en est encore à ses débuts.

« On est vraiment comme à la seconde ou troisième étape du processus », a-t-elle expliqué.

Avant toute approbation, le conseil municipal devra adopter un second projet de résolution. Ce n’est qu’à ce moment que les citoyens pourront officiellement demander l’ouverture d’un registre menant potentiellement à un référendum.

Pour y parvenir, au moins 12 demandes valides devront être déposées, puis 192 signatures recueillies parmi les 1 811 personnes habiles à voter dans les zones concernées. Un seuil qui, s’il est atteint, forcera les élus à choisir entre reculer ou soumettre le projet à la population.

Des dérogations qui font sourciller

Au cœur des préoccupations : cinq dérogations majeures au règlement d’urbanisme.

Le promoteur Deva6 souhaite notamment implanter un projet résidentiel intégré dans une zone réservée aux projets commerciaux, en plus d’introduire un usage multifamilial de type H4 là où seuls les usages H1 à H3 sont permis.

« La demande vise à autoriser un usage d’habitation multifamiliale H4 à l’intérieur de la zone RV 29 », a précisé Jennifer Durand.

Le projet prévoit également des bâtiments de trois étages, au-delà de la limite actuelle, ainsi que des aménagements de stationnement non conformes. À cela s’ajoute une réduction importante des espaces naturels conservés : 61 % plutôt que les 90 % exigés.

Bien que le promoteur s’engage à préserver un milieu humide de 3 800 m² et une bande de protection de 36 000 pieds carrés, la localisation du site — à proximité d’une école primaire et du cœur villageois — alimente les inquiétudes.

Un projet retravaillé, mais toujours sensible

Avant d’en arriver à cette version, le projet a été revu à quatre reprises par le comité consultatif d’urbanisme (CCU).

Les premières moutures avaient été jugées insuffisantes, forçant le promoteur à revoir l’architecture, les matériaux et l’intégration paysagère.

« Ça a pris quatre analyses avant que le CCU se dise satisfait », a indiqué Jennifer Durand.

La directrice du développement chez Deva6, Hélène Marcoux, défend pour sa part une densité cohérente avec la proximité des services. Le projet prévoit uniquement des logements locatifs, excluant la location à court terme, dont 10 % seraient abordables.

Chaque unité disposerait de deux cases de stationnement, et des bornes pour véhicules électriques sont prévues.

La pression monte chez les citoyens

C’est toutefois la possibilité d’un référendum qui cristallise désormais l’attention.

Lors de la consultation, plusieurs citoyens ont soulevé des préoccupations liées à la densité, à la circulation et à la protection du milieu naturel, des enjeux qui pourraient rapidement alimenter une mobilisation.

« La municipalité doit avoir un nombre de 192 personnes qui viennent signer le registre », a rappelé Jennifer Durand.

Un objectif atteignable si l’opposition continue de s’organiser.

Si le seuil est franchi, le conseil devra trancher : abandonner le projet ou aller au vote. Dans ce dernier scénario, un refus de la population mettrait un terme définitif au développement.

D’ici là, le promoteur pourrait encore déposer une version modifiée et tenter de rallier élus et citoyens.

Mais une chose est claire : le dossier est désormais entré dans une phase plus politique, où l’acceptabilité sociale pourrait peser aussi lourd que les critères urbanistiques.