Flambant nu, c’est la nouvelle pièce de théâtre écrite par Pierre-Michel Tremblay, cofondateur de la troupe Les Éternels pigistes, première mouture, et qui réunit Isabelle Vincent, Christian Bégin, Pier Paquette et Marie Charlebois. L’auteur s’était commis à l’écriture scénique pour la troupe avec Quelques humains, Le rire de la Mer et Mille-Feuilles. Depuis, il enseigne à l’École nationale de l’humour ainsi qu’à l’Institut national de l’image et du son (INIS). Il a aussi participé à l’écriture de plusieurs séries dont Le club des 100 watts, Le Grand Blond avec un show sournois et Un gars, une fille.
Quant aux Éternels pigistes, ils ne sont plus à présenter. Depuis la formation de leur compagnie en 1996, les comédiens ont déjà présenté huit pièces de théâtre.
De la réflexion à l’humour
Connus pour leur approche théâtrale entremêlant drame et humour sur fond d’interrelations humaines de plus en plus complexes, Les Éternels osent le questionnement sur scène. Ou si l’on préfère, l’exploration des profondeurs existentielles avec légèreté.
Pour Flambant Nu, qui est en tournée au Québec depuis l’été dernier, on a souhaité présenter des personnages qui se questionnent sur différents aspects de la vie actuelle et le font sans ambages, abordant des thèmes aussi d’actualité que le rythme fou de la vie, la dépendance aux réseaux sociaux ou encore la polarisation actuelle dans le monde. Des aspects de la vie sur lesquels on se pose tous des questions.
« On retrouve le style tragicomique sketch. C’est ce qui nous interpelle, ce qu’on a envie de faire. C’est de la comédie noire, en fait. Mais on rit beaucoup, on réfléchit, on côtoie le comique et le tragique et ça, ça fait vraiment partie de notre dramaturgie en fait », assure la comédienne Marie Charlebois, en entrevue. « Moi, mon personnage n’est pas capable de dormir, elle a toujours un hamster qui spin dans sa tête, qui se questionne sur sa place dans l’univers », explique la comédienne.
Dans un premier temps, chaque personnage livre un petit monologue, parle de ses préoccupations, en séance de thérapie chez le psychologue. Après, leurs préoccupations seront déclinées dans des sketchs qui viendront appuyer ce qui a été questionné, ce qui a été dit dans le monologue, laisse savoir Marie Charlebois.
« Je pense que tout le monde s’y reconnaîtra : on se pose la question sur les choix qu’on a faits, qu’on aurait voulu ou qu’on aurait aimé ou pas faire. »
Cédrick Lapratte-Roy
Pour cette nouvelle pièce, Marie Charlebois n’a pas voulu plonger dans la mise en scène, elle qui s’y est souvent adonnée lors des pièces antérieures de la troupe. « J’avais vraiment envie de m’amuser, d’être libre comme actrice », clame-t-elle.
La troupe s’est tournée vers Cédrick Lapratte-Roy, jeune metteur en scène de la relève, mais dont la réputation se bonifie depuis sa sortie de l’école de théâtre de Saint-Hyacinthe en 2016. Son portfolio mentionne entre autres le Théâtre Denise-Pelletier et la pièce Terrain glissant qu’il y a présentée, et s’affiche actuellement avec Glissant, glissant, au Centre du Théâtre d’aujourd’hui.
Marie Charlebois affirme que les membres de la troupe ont été unanimes sur Cédrick Lapratte-Roy lors de leur rencontre. « On avait envie d’aller avec quelqu’un de plus jeune pour ne pas rester dans notre univers. C’était bien important pour nous. On s’est senti comme s’il faisait partie de la gang depuis des années. Il n’y a pas eu vraiment de clash de génération. Je pense que ce qu’il y a de beau dans la culture, dans l’art, c’est que on se rejoint par ce qu’on veut dire, ce qu’on a envie de dire, peu importe l’âge qu’on a. On passe par peut-être les mêmes chemins. Mais la rencontre a été extraordinaire. Puis Cédrick s’est aussi entouré de jeunes de sa génération », soutient la comédienne, emballée d’y voir des filles se consacrer à des tâches de production autrefois assumées par des hommes.
« Ce sont toutes des filles aux décors, aux costumes, au son, lumières. Deux filles nous accompagnent pour la tournée. C’est très drôle. Les autres sont techniciennes, elles montent le show, conduisent le camion, défont le décor, puis elles sont très bonnes », raconte avec amusement et fierté la comédienne.
Celui-ci a choisi une mise en scène simple, sans décors excessifs. Le metteur en scène a choisi de placer ses personnages sur des cubes, en vue d’évoquer des buildings, un non-lieu même, laissant le spectateur dans l’imaginaire, tout en y assurant une ambiance, une atmosphère. « Je pense que c’est beaucoup inspiré du cinéaste Anderson dans les couleurs pastelles et il a voulu créer ce monde-là par les couleurs », relève la comédienne.
Quoi qu’il en soit, un titre comme Flambant nu ne peut qu’être déconcertant, tant par son propos universel que par son traitement teinté d’humour noir et interprété par quatre comédiens dont le talent n’est plus à démontrer.

MOTS-CLÉS
INIS
Marie Charlebois
Cédrick Lapratte-Roy
Théâtre Gilles-Vigneault