Selon les informations ayant filtré dans le milieu collégial, de nouvelles coupures budgétaires seraient imposées au réseau collégial, venant ainsi s’ajouter à celles de l’an dernier. Et ce n’est pas une bonne nouvelle.
C’est que l’établissement collégial de Saint-Jérôme, qui déploie ses programmes sur trois campus, souffre déjà d’un manque à gagner de 3,8 millions de dollars et ce, malgré une hausse de sa population étudiante, qui s’est gonflée de 500 nouvelles admissions à la rentrée d’août 2025. Si l’on tient compte des trois campus, le nombre d’étudiants se chiffre à 5 600 inscrits.
Patricia Tremblay, qui est à la tête de l’établissement depuis le récent départ de Nadine Le Gal, se retrouve donc avec d’énormes défis à relever dans les circonstances.
« Pour nous, cette hausse de restrictions budgétaires est catastrophique. C’est la première fois que le Cégep de Saint-Jérôme va faire un déficit », déplore Mme Tremblay, qui assure que son établissement a été en mesure de maintenir sa mission éducative… jusqu’à maintenant.
Reste que le cégep a dû assumer les augmentations salariales des employés, ce que ne finance pas le gouvernement. « On doit donc piger dans notre bas de laine, ce qui augmente facilement notre déficit », explique la directrice générale de l’établissement collégial
Besoins infrastructurels
Avec la population étudiante qui augmente, les besoins augmentent également en services et en infrastructures. L’établissement doit agrandir sa bibliothèque, sa cafétéria, ses espaces sportifs, ses locaux adaptés pour besoins particuliers, et surtout, disposer de locaux d’enseignement pouvant accueillir tous les étudiants.
Dans ses projets d’infrastructures, la direction a l’agrandissement d’un pavillon officiellement inscrit sur sa liste. « On a la chance que le Ministère ait accepté que l’on agrandisse le pavillon des programmes de génie, ce qui nous permettra de répondre aux besoins d’autres programmes avec les classes supplémentaires. Si tout va bien, cet agrandissement verra le jour en 2028. Notre objectif est que les compressions ne nous obligent pas à limiter nos inscriptions. »
Mais les besoins d’espaces supplémentaires demeurent un réel défi.
« Il nous faut trouver des locaux car, à un moment donné, on n’aura plus de solutions », martèle Mme Tremblay, en précisant que le cégep compte en réalité quelque 7 000 étudiants, si l’on tient compte de la Formation continue et des cours de francisation, qui accueillent une clientèle adulte. Pour ceux en formation continue, l’établissement dispense maintenant ses cours en ligne, faute de locaux suffisants. « L’enseignement à distance, c’est l’une des solutions qu’on a mises en place. Ça répond à une demande des étudiants adultes et nous, en locaux. »
Écoute ministérielle
Mme Tremblay affirme que la nouvelle ministre attitrée à l’Enseignement supérieur, Martine Biron, semble démontrer davantage de sensibilité que sa prédécesseure aux besoins des cégeps. « Oui, elle est à l’écoute et les équipes ministérielles aussi. On sent qu’elle soutient la mission des collèges, mais va-t-elle être capable de convaincre le Conseil du Trésor ? On travaille dans le même sens, mais on est tributaires du Conseil du Trésor », souligne la directrice générale du Cégep de Saint-Jérôme.
D’où la multiplication des représentations auprès des instances gouvernementales. « Malgré nos multiples tours de roue, on a dû mettre des projets sur pause. On a dû prioriser. Jusqu’à maintenant, on a limité les impacts sur les étudiants, mais avec des restrictions supplémentaires, on craint de toucher aux services aux étudiants », prévient-elle.
Les impacts se ressentent tout de même
Des postes n’étant pas liés aux services directs aux étudiants ne sont pas remplacés, l’absentéisme augmente chez les employés. Dans ce contexte, la direction doit opter pour une gestion faite d’acrobaties et de créativité. « Mais on est chanceux de voir nos employés prêts à faire des efforts, mais on est en train d’épuiser nos ressources. »
Du côté des besoins infrastructurels, le cégep a besoin d’au moins une centaine d’appartements en résidences étudiantes, rien qu’à Saint-Jérôme, où l’on ne retrouve actuellement que 36 appartements de quatre chambres et 21 logements de six chambres pour étudiants. Sans parler du campus de Mont-Tremblant, qui ne dispose d’aucune résidence étudiante.
Dans son plan stratégique, le Cégep de Saint-Jérôme met l’accent sur « les priorités des priorités », comme le note Mme Tremblay. Il se décline en trois grandes orientations : rendre le parcours étudiant plus simple, plus accessible – offrir un milieu de vie humain pour les employés et les étudiants – favoriser les idées créatives et innovatrices des employés et des étudiants.
Au terme de l’entrevue accordée à Infos Laurentides, Mme Tremblay insiste sur le succès des programmes offerts en soins de santé et déployés dans ses trois campus, Saint-Jérôme, Mont-Tremblant et Mont-Laurier : physiothérapie, inhalothérapie, soins préhospitaliers et soins infirmiers.
Le Cégep de Saint-Jérôme détient la première place à l’examen de l’Ordre des Infirmières et infirmiers du Québec, soit celui où les étudiants réussissent le mieux dans ce programme. D’ailleurs, les étudiantes de l’étranger inscrites pour l’AEC au campus de Mont-Laurier détiennent un taux de réussite de 100 % et 80 % d’entre elles s’y établissent, signale fièrement la directrice générale.
« Et ça, ça participe au succès régional », conclut-elle.

MOTS-CLÉS
Cégep de Saint-Jérôme
Nadine Le Gal
Martine Biron
Patricia Tremblay
éric girard