En entrevue exclusive avec Infos Laurentides, le maire Luc Martel affirme que ces décisions découlent d’un contexte financier serré et d’une volonté de protéger la capacité de payer des citoyens.
Pour équilibrer son budget 2026, la Ville devait retrancher environ 750 000 $. L’administration municipale explique que la hausse marquée de la valeur foncière, combinée à l’augmentation des coûts d’opération, aurait entraîné une hausse de taxes plus élevée sans intervention. « On ne pouvait pas demander davantage aux contribuables. Il fallait faire des choix difficiles », résume Luc Martel. Selon lui, plusieurs résidents exprimaient déjà un essoufflement face aux hausses successives des dernières années.
Des compressions qui frappent fort
Les décisions touchent plusieurs secteurs, mais les organismes culturels et événementiels sont parmi les plus affectés. Le Festival des Arts voit son financement réduit de moitié. Le Musée du ski, qui reçoit habituellement 70 000 $ par année, n’obtient que 10 000 $ en 2026, puisque la Ville lui avait déjà accordé une aide exceptionnelle de 70 000 $ supplémentaire en 2025 pour stabiliser ses opérations. La Chambre de commerce subit une réduction de 200 000 $, en plus de perdre l’accès à certains services municipaux gratuits. La Ville rappelle que ces compressions ne visent pas à diminuer l’importance de la culture, mais à rétablir un équilibre budgétaire dans un contexte financier exigeant.

Un protocole à revoir
Le protocole conclu avant les élections prévoyait un financement annuel de 525 000 $ pour la Chambre de commerce, auquel s’ajoutaient environ 125 000 $ en services municipaux non facturés. La Ville souhaite désormais clarifier ce cadre, notamment parce que la Chambre ne réalise pas de développement commercial, un volet pourtant prévu au protocole. L’administration municipale estime que certaines responsabilités doivent être mieux définies afin d’assurer une utilisation optimale des fonds publics. Elle rappelle également que le Festival des Arts ainsi que la Chambre de commerce et de tourisme de la Vallée de Saint‑Sauveur / Piedmont bénéficient depuis 2006 d’un hébergement gratuit dans un bâtiment municipal, en plus du chauffage, de l’éclairage et de l’Internet, ce qui représente un soutien important, rarement visible dans les chiffres. Selon Luc Martel, la direction générale aurait évalué ces gratuités à environ 969 000 $. « Ce sont des fonds publics qui s’élèvent à près d’un million de dollars », dit‑il.
Une portée régionale qui soulève des questions
Plusieurs événements attirent une clientèle provenant de l’ensemble des municipalités environnantes, alors que le financement repose principalement sur Saint‑Sauveur et Piedmont. Cette situation soulève, selon la Ville, un enjeu d’équité. « Quand un événement attire des milliers de visiteurs de toute la région, il faut se demander si le financement doit reposer uniquement sur nos contribuables », affirme Luc Martel. L’administration note également que la MRC des Pays‑d’en‑Haut finance déjà du développement culturel et économique, ce qui crée un risque de dédoublement. Une réflexion régionale est souhaitée afin de mieux répartir les responsabilités et les coûts associés aux activités qui dépassent le cadre local.
Lors de la dernière campagne électorale, de nombreux citoyens ont exprimé le souhait d’un meilleur équilibre entre attractivité touristique et qualité de vie. L’accès au village les fins de semaine, la gestion de l’achalandage et le manque de sentiers ont été largement évoqués. Avec seulement 4,5 kilomètres de sentiers municipaux, Saint‑Sauveur se situe loin derrière plusieurs municipalités voisines. Le maire affirme vouloir répondre à ces préoccupations. « Les gens nous ont demandé de réinvestir dans la nature et les infrastructures de plein air. On doit écouter ce message », dit‑il.
Malgré les tensions suscitées par les compressions, la Ville assure vouloir travailler avec les organismes concernés pour revoir certains projets et explorer d’autres sources de financement. L’administration affirme maintenir une ouverture à la collaboration et souhaite que les discussions se poursuivent au cours des prochains mois. Selon le maire, l’objectif est de trouver un modèle plus durable, mieux adapté aux besoins actuels et à la réalité financière de la municipalité.

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