Pourtant, les 143 organismes financés dans le cadre du Programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) font face à un écart de 39 M$ entre leur financement et leurs besoins exprimés, selon le regroupement. Le ROCL réclame un financement plus stable pour consolider les emplois et assurer la continuité des services.
Le poids économique du communautaire dépasse largement les services offerts à la population. Selon Benoît Larocque, coordonnateur du ROCL, 1 600 personnes travaillaient dans les organismes communautaires des Laurentides en 2020. En tenant compte de l’évolution du secteur depuis, il estime qu’elles seraient au moins 2 000 en 2026.
« À 2 000 personnes, c’est du monde. Ça, c’est tout du monde qui vit dans les Laurentides. Il y a des taxes dans les Laurentides. Il y a des gens qui dépensent dans les Laurentides. Qui font rouler l’économie. »
Le coordonnateur souligne toutefois que les conditions salariales demeurent un défi pour le secteur.
« Le salaire dans les milieux communautaires est plus bas que la moyenne québécoise. Et pourtant, on est plus diplômés. »
Il estime qu’environ 35 % des travailleurs du milieu communautaire détiennent un baccalauréat, comparativement à 25 % dans la population québécoise. Ces proportions sont celles avancées par le ROCL, qui travaille actuellement à produire un nouveau portrait régional de la main-d’œuvre.
Le financement par projet fragilise les équipes
Au-delà des difficultés de recrutement, la précarité du financement complique la rétention du personnel. Le financement par projet permet parfois de créer des postes temporaires, mais ceux-ci peuvent disparaître lorsque les enveloppes prennent fin. Une situation qui nuit à la prévisibilité des organismes et à la continuité des services.
Le ROCL réclame plutôt une consolidation du financement à la mission, qui permettrait aux organismes de planifier leurs activités et de maintenir leurs équipes à plus long terme.
« Le 39 millions servirait principalement à consolider les conditions de travail, à consolider les horaires aussi des fois (…). Ça servirait à pérenniser des jobs, à consolider du financement, à développer aussi des nouvelles avenues et embaucher du monde principalement », explique Benoît Larocque.
Cette stabilité est également importante pour les personnes qui bénéficient des services. Lorsqu’un financement temporaire prend fin, les organismes doivent parfois revoir leur offre et redistribuer les responsabilités entre les employés qui restent. La perte d’un poste peut ainsi entraîner une surcharge de travail.
Pour le coordonnateur, les conséquences dépassent les murs des organismes. Les travailleurs qui perdent leur emploi peuvent devoir recourir à l’assurance-emploi ou à des mesures de réinsertion, tandis que les personnes accompagnées risquent de perdre un service.
« Cette instabilité-là, elle est bonne pour personne », résume-t-il.
Le mouvement Communautaire à boutte réclame notamment la fin du financement non récurrent et une plus grande part des sommes publiques consacrées au financement à la mission. L’objectif est aussi d’améliorer les conditions de travail et de faire reconnaître le rôle des organismes, qui ne se limite pas à répondre aux besoins immédiats.
Larocque rappelle que les groupes communautaires contribuent également à l’inclusion sociale, à la défense des droits et à la prévention des problèmes sociaux. Ils agissent souvent comme des sentinelles sur le terrain, capables de repérer des besoins et d’orienter les personnes vers les ressources appropriées.
Un investissement aux retombées collectives
Pour appuyer ses revendications, le ROCL met aussi de l’avant les retombées économiques du travail de prévention. Benoît Larocque cite une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), publiée à l’automne dernier, qui porte sur les économies associées aux investissements dans le milieu communautaire.
Selon le résultat qu’il rapporte, « un dollar investi dans le milieu communautaire va permettre de générer des économies de 12 dollars sur six ans dans des dépenses publiques de santé ».
Le coordonnateur estime que cet argument devrait peser dans les décisions gouvernementales.
« Mettre de l’argent dans le communautaire, c’est investir, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement », soutient-il.
Le ROCL souhaite ainsi que la contribution du communautaire soit reconnue dans son ensemble : comme secteur d’emploi, partenaire du filet social et acteur de prévention. Les regroupements nationaux auxquels il participe ont demandé des rencontres avec les nouveaux responsables gouvernementaux.
Pour Benoît Larocque, l’enjeu est de faire comprendre que le financement des organismes ne sert pas uniquement à répondre aux urgences sociales.

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Regroupement des organismes communautaires des Laurentides
Benoît Larocque