logo journal infos-laurentides
icon journal
featuredImage

Photo : Hugo Bisson – Un cimetière nouveau genre où la mort trouve un sens.

La forêt de la seconde vie à Sainte-Sophie

Publié le 01/04/2025

Sur l’ancien terrain du golf New Glasgow, à Sainte-Sophie, s’enracine un projet unique au Québec : La forêt de la seconde vie. Il s’agit d’un cimetière écoforestier où l’on peut reposer au pied d’un arbre choisi de son vivant, dans une optique de commémoration, d’écologie et de transmission.

Ce projet propose une façon nouvelle de célébrer la vie, de préserver la nature et de bâtir une mémoire collective en harmonie avec l’environnement.

« Ici, on enracine les gens, on enracine les familles, on ne les enterre pas », résume Guillaume Marcoux, promoteur immobilier et fondateur du projet. L’objectif est de créer une destination funéraire où la forêt remplace la pierre tombale, et où chaque arbre devient porteur de mémoire et d’espoir. Pour lui, la forêt devient le théâtre d’une continuité, d’un lien qui perdure au fil des saisons et des générations.

Cinq zones thématiques

Les visiteurs peuvent choisir parmi 25 essences d’arbres, regroupées en cinq zones symboliques, toutes conçues en collaboration avec Table-Forêt Laurentides. Chaque section propose une ambiance particulière.

1. Le boisé des soupirs : arbres aux branches tombantes, atmosphère paisible propice au recueillement.

2. La forêt des baumes : arbres parfumés associés à la guérison du corps et du cœur.

3. La futaie des couleurs : jeux lumineux et palettes feuillues qui invitent à la contemplation.

4. La forêt nourricière : arbres fruitiers qui nourrissent oiseaux et petits animaux, rappelant le cycle de la vie.

5. Les jardins perpétuels : arbres de jouvence, immortels et vétérans, axés sur la résilience et la transmission des forces.

« Il y a tout un travail d’introspection dans le choix de la concession. Parfois, ça provoque même de belles discussions familiales, » souligne M. Marcoux.

Un lieu vivant

La forêt est bordée par la rivière de l’Achigan, et les sentiers — 3,5 km en tout — sont agrémentés de balançoires, de hamacs, de tables à pique-nique, de boîtes à livres et de chaises Adirondack. Tout est pensé pour favoriser la reconnexion. On y vient autant pour marcher que pour se poser, autant pour pleurer que pour se réjouir de la vie qui continue.

« On invite les gens à venir prendre le temps de prendre le temps », dit Guillaume Marcoux, qui croit profondément aux bienfaits d’une marche en forêt, surtout en période de deuil.

Photo : Hugo Bisson
Stéphane Chouinard, conseiller aux familles, Nathalie Théberge, directrice générale et Guil-aume Marcoux, propriétaire de la forêt de la seconde vie.

Un cimetière sans pierre tombale

Ici, pas de pierre ni de monument, chaque arbre est géolocalisé dans une application conviviale où les proches peuvent retrouver des photos, vidéos, messages d’espoir et même des questionnaires biographiques préparés de leur vivant. La technologie y est mise au service du souvenir et du lien intergénérationnel.

« Quand les gens viennent, ils ne se sentent pas dans un cimetière », affirme M. Marcoux. Pourtant, le lieu conserve une grande portée symbolique et affective. Il accueille également des cérémonies personnalisées, et même, parfois, des mariages ou des baptêmes. C’est un lieu où les étapes de la vie peuvent se célébrer dans un cadre paisible et enveloppant.

Une protection perpétuelle

Avec une superficie de 2,5 millions de pieds carrés, le site est clôturé et protégé par une servitude de conservation. Philanthropie Laurentides gère un fonds de dotation pour assurer sa pérennité, et l’Institut des territoires de Saint-Jérôme effectue un suivi annuel pour garantir le respect des engagements environnementaux. Cette double protection, physique et financière, vient ancrer le projet dans la durée et la rigueur.

« On ne se voit pas juste comme un cimetière ou un service funéraire, mais comme une destination. Un legs pour les générations futures », souligne Nathalie Théberge, directrice générale. La forêt est appelée à grandir, à s’étoffer, à devenir un espace patrimonial végétal au même titre qu’un parc national.

La forêt de la seconde vie connaît un tel engouement que d’autres projets du genre pourraient voir le jour ailleurs au Québec. « La demande est forte, autant du milieu funéraire que des citoyens », confirme M. Marcoux, qui espère essaimer cette vision humaine et écologique. L’idée fait son chemin dans plusieurs régions, et des discussions sont en cours pour adapter le concept à différents territoires. Ce modèle, qui marie mémoire, nature et communauté, pourrait bien redéfinir nos rituels de fin de vie pour les décennies à venir.

Photo Hugo Bisson