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Le maire Xavier-Antoine Lalande. Photo Mychel Lapointe

Lettre ouverte du maire Xavier-Antoine Lalande en réponse à la note de l’Observatoire du Grand Montréal

Xavier-Antoine Lalande, maire de Saint-Colomban

Cher Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal,
Je tiens à rectifier certains faits et perceptions en lien avec votre sortie publique au sujet de la note de l’Observatoire du Grand Montréal diffusée le 6 janvier dernier. Entre nous, j’aurais préféré que mon année 2020 débute autrement que par une sortie médiatique de la CMM critiquant le modèle de développement d’une ville comme Saint-Colomban. Certes, la CMM a des idées de grandeur pour les années futures et cette ambition n’est pas cachée, je me serais toutefois attendu à davantage de rigueur dans l’analyse effectuée, particulièrement en regard de l’espace médiatique qu’elle occupe depuis les derniers jours.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de me présenter pour que vous compreniez mieux quel type de vision j’incarne en matière d’aménagement. Originaire de Saint-Colomban, politologue diplômé de l’Université Laval, je suis, outre ma tâche de maire, entrepreneur en écosystèmes aquatiques. Mon implication politique municipale est née en réaction au développement rapide et non planifié de ma ville entre 2009 et 2013. À ce titre, nous partageons, je le crois, les mêmes objectifs, c’est-à-dire un aménagement du territoire durable au bénéfice de la protection de l’environnement ainsi que de la santé et du bien-être de nos populations. À la différence de la CMM, nous vivons ici « dans » la nature et non à distance de celle-ci.
Depuis plusieurs années, l’étalement urbain est montré du doigt comme l’ennemi à abattre. Plusieurs orientations politiques et règlements d’aménagement ont été adoptés par la CMM afin de tenter de « garder » les gens en ville, mais manifestement avec un succès mitigé. Vos 18 années à la direction générale de cette organisation vous ont permis d’être un témoin privilégié de l’étalement urbain sur le territoire métropolitain au détriment de terres agricoles, de milieux humides et autres joyaux naturels dans le cadre de projets développés par les administrations qui se sont succédé dans les villes du Grand Montréal. Le saccage de ces terres a été si important et irresponsable que de nouveaux règlements ont dû été adoptés pour freiner ce phénomène qui dépasse maintenant les limites de votre territoire. Vous adoptez maintenant la posture de défenseur de l’environnement pour contrer l’étalement urbain, mais je me permets de penser que l’enjeu pour votre organisation en est d’abord un de rétention de population et non d’environnement. Difficile de nier que les familles quittent Montréal au profit des couronnes, et honnêtement, qui pourrait les blâmer alors que le coût des maisons y est deux fois plus élevé qu’à Saint-Colomban avec en prime de grands terrains boisés. Peut-être le modèle de densification élevée préconisé n’atteint pas les objectifs de qualité de vie que poursuivent les familles, du moins il ne correspond manifestement pas aux aspirations de toutes les familles.
Ces années de développement effréné, voire anarchique, dans le Grand Montréal nous ont été précieuses pour comprendre l’ampleur des problèmes générés par une croissance mal planifiée. Ces contre-exemples nous ont permis de nous doter d’outils pour mieux planifier l’aménagement du territoire colombanois. Saint-Colomban est une ville qui se développe en forêt et dans le respect de celle-ci, et cette identité nous est très chère.

La note publiée par l’Observatoire fait quelques raccourcis que j’aimerais corriger. Le territoire de la CMM se termine au sud de notre territoire, à la frontière avec la ville de Mirabel. Vous incluez les 6000 emplois disponibles sur le territoire de l’aéroport de Mirabel dans vos statistiques de transport, si bien que ces emplois à seulement 10 minutes de plusieurs résidences de Saint-Colomban vous permettent d’affirmer que plusieurs travailleurs d’ici empruntent le réseau routier du MTQ pour se rendre travailler sur le territoire de la CMM, soit à Mirabel. Bien que ce ne soit pas faux, cela m’apparaît intellectuellement discutable comme analyse. Quant aux navetteurs provenant des couronnes de la CMM se rendant travailler au centre-ville de Montréal, leur temps de trajet est sans aucune commune mesure comparable.
Votre analyse tourne également les coins ronds quant à la destination de travail. En effet, selon la dernière enquête origine-destination, 70 % de la population active de Saint-Colomban travaille sur le territoire des villes de Saint-Jérôme et Mirabel. Oui, il est possible d’habiter en territoire « étalé » ET d’y travailler. Les 30 % restants se répartissent entre les villes plus au nord, Lachute et les villes qui jouxtent Mirabel au sud jusqu’à Montréal. Non, nos travailleurs ne prennent pas massivement d’assaut les routes provinciales pour aller travailler dans le noyau central du Grand Montréal.
Permettez-moi ici une parenthèse sur la zone aéroportuaire de Mirabel. Saviez-vous qu’un grand nombre des employés qui y travaillent provient de la région métropolitaine et effectuent donc le trajet en sens inverse en partance de Montréal, Laval et parfois même la Rive-Sud ? Je suis par ailleurs en faveur d’une responsabilisation de ces grandes entreprises que le transport en commun classique dessert souvent mal. À mon sens, il est temps de penser autrement et de faire en sorte que celles-ci et les quartiers industriels contribuent au déploiement d’une offre de transport collectif moderne pour leurs employés. Petite idée lancée ici.
En prenant soin d’analyser votre étude, nous y avons noté un autre fait particulièrement intéressant concernant Saint-Colomban : le pourcentage de travailleurs d’ici empruntant « votre » réseau routier pour se rendre au travail a diminué depuis 2006 malgré une forte croissance de la population entre 2006 et 2020. Malheureusement, cette anomalie – ou plutôt ce tour de force – a été omise dans la couverture médiatique du dossier.
Je comprends des sorties publiques des derniers jours que la CMM cherche de nouveaux payeurs pour les infrastructures detransport collectif. Je n’y suis pas opposé, mais toutefois pas dans le contexte de la vision de développement qui prévaut actuellement. Des projets comme la « ligne rose » et une partie du REM sont voués à augmenter l’offre à des endroits où celle-ci est déjà présente. Je ne dis pas que ces projets ne répondent pas à des besoins réels, mais toutefois qu’il y a aussi d’autres besoins qui passent sous le radar. En effet, il serait temps de proposer des solutions pour répondre aux mouvements de masse à venir. Les Laurentides subiront le plus haut taux de croissance démographique au cours de la prochaine décennie. Et ce, ne vous en déplaise, même si le PMAD s’étendait demain jusqu’à Mont-Laurier ! Toutes les analyses pointent dans la même direction depuis les dix dernières années, malheureusement je ne vois rien sur la table afin de planifier une mobilité optimale de la population actuelle et future de notre région. Lorsque les projets de transport collectifs prendront en compte les besoins grandissants des Laurentides, par exemple en proposant un prolongement du REM jusqu’à Mirabel, je serai le premier à mettre l’épaule à la roue pour qu’ils se concrétisent et que ma population délaisse l’automobile au profit des transports en commun.
Revenons aux incongruités de développement sur le territoire même de la CMM. Imbriqué au territoire de Saint-Colomban se trouve le secteur « Mirabel-en-Haut », celui-ci a étonnamment été ajouté au périmètre d’urbanisation et donc voué à la densification. Pourtant, celui-ci n’est lié à aucun ensemble urbanisé : par quelle logique la CMM en est-elle arrivée à ce résultat ? Ce faisant, son développement entraînera une destruction totale d’une forêt sur le Bouclier canadien essentielle à la régulation de la rivière du Nord, une rivière soumise à d’importantes inondations depuis les dernières années. En passant, tout ce secteur doit emprunter le réseau routier hors CMM, notamment à travers Saint-Colomban, pour accéder au réseau métropolitain.
Toujours sur le territoire de Mirabel, j’ai malheureusement assisté la coupe à blanc d’une magnifique érablière mature dans le secteur Saint-Canut à Mirabel. Aucun arbre n’a été épargné : d’une tristesse infinie ! Et au nom de quoi ? Eh oui, toujours au nom de la sacro-sainte densité urbaine dans un secteur qui est pourtant celui le plus au nord de la CMM.
Revenons chez nous. Afin de prévenir de tels gestes sur notre territoire et dans le but d’offrir une alternative à un modèle de développement aseptisé, artificiel et monochrome, nous avons fait plusieurs changements réglementaires afin de préserver notre territoire malgré la pression du développement résidentiel. Nous imposons dorénavant un minimum de 65 % de couvert naturel à toute construction neuve. Nous exigeons également une bande riveraine de 10 mètres à tout milieu humide. Est-ce que la CMM peut en dire autant ?
Sachez que je travaille par ailleurs à faire augmenter notre superficie de territoire agricole dans le schéma d’aménagement. Connaissez-vous une ville parmi vos membres qui pousse dans cette direction ?
Dans les prochaines semaines, nous adopterons un règlement sur les redevances liées à la croissance afin de constituer un fonds à même les nouvelles constructions sur notre territoire. Nous serons la première ville à proposer un tel règlement suivant de nouvelles dispositions réglementaires provinciales. Ce fonds augmentera le prix de vente de maisons neuves et financera ainsi l’impact de la croissance sur nos différentes infrastructures. J’espère que la CMM que vous représentez saura nous appuyer dans cette démarche. Nous anticipons subir une pression importante de la part du lobby pro-développement à ce sujet et nous aurons besoin d’alliés, je vous tends donc la main.
Autre nuance importante : densifier implique une desserte étendue en égout et en aqueduc. Saint-Colomban ne repose pas sur de l’argile, mais bien sur le roc, c’est le début du Bouclier canadien ; le coût du dynamitage requis pour implanter ces infrastructures est majeur ici. Cette contrainte importante, nous croyons avoir réussi à la conjuguer avec un modèle de développement certes moins dense, mais néanmoins tout aussi sinon plus respectueux de l’environnement. D’où l’importance de ne pas faire du mur-à-mur dans vos analyses et de tenir compte du contexte des communautés davantage rurales comme la nôtre.
Maintenant, concernant votre avis défavorable sur l’orientation 10. Je tiens à rectifier un fait important : celui-ci ne porte pas sur le règlement que la MRC de La Rivière-du-Nord a adopté en septembre 2018, mais bien plutôt sur un document préliminaire. De nombreuses bonifications ont par la suite été apportées afin de tenir compte des critiques soulevées et de nous conformer aux orientations du MAMH, bonifications qui se trouvent aujourd’hui intégrées dans notre réglementation qui a d’ailleurs reçu l’approbation du MAMH. Cette nuance n’a pas été faite et c’est regrettable.
Nos exigences en planification du territoire sont importantes parce que nous tenons à l’intégrité de notre couvert boisé et à notre identité, les deux étant intimement liées. Les objectifs de densification dans la région métropolitaine sont louables afin de limiter la pression sur les écosystèmes, or une telle densification serait une catastrophe si elle était appliquée dogmatiquement à notre territoire. Nous partageons les mêmes objectifs, mais nos visions divergent toutefois sur la façon d’y arriver parce que nos territoires ne sont pas comparables. Je vous invite à tenir compte de la particularité des « couronnes », ce n’est pas parce que nous nous développons différemment que nous le faisons mal, bien au contraire.
En terminant, je me permettrai de m’appuyer sur les propos du cardiologue François Reeves qui remet en question la densification urbaine principalement pour des raisons de santé. Au lieu de blâmer l’étalement urbain, il est plutôt temps d’en comprendre les causes et de développer des villes complémentaires afin de répondre aux aspirations de tout un chacun. La compétition ne sert personne Monsieur Iezzoni, soyons complémentaires.

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