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Calacs L’Ancrage : un soutien si nécessaire pour les femmes

Photo courtoisie CALACS L’Ancrage – Calacs L’Ancrage, un organisme qui regroupe une équipe d’intervenantes souhaitant apporter un réel soutien aux femmes victimes d’agression à caractère sexuel.

Calacs L’Ancrage : un soutien si nécessaire pour les femmes

Publié le 08/03/2026

Depuis le phénomène Metoo, les dénonciations d’agressions sexuelles se multiplient au Québec, si bien que le service d’accompagnement de Calacs L’Ancrage, sur le territoire des Laurentides, joue un rôle de plus en plus essentiel à Saint-Jérôme.

Le CALACS, ce n’est pas le CAVAC spécifie d’entrée de jeu Nathalie Esain, la coordonnatrice générale de l’organisme de Saint-Jérôme, qui s’occupe de personnes victimes d’agression à caractère sexuel, à la différence des Cavacs qui déploient leurs services à l’endroit des victimes d’actes criminels.

À L’Ancrage, on offre essentiellement du soutien. On propose aux personnes agressées de venir cheminer à l’intérieur de groupes de partage, mais surtout on leur permet de reprendre leur vie en main et de mettre fin au sentiment de honte que bon nombre d’entre elles éprouvent à la suite de leur agression. « Pour que la honte change de camp », comme l’ont répété les Françaises Gisèle Hamili et Gisèle Pélicot.

« Les agressions suscitent énormément d’émotions comme la honte, la colère, mais surtout la honte fait qu’elles auront du mal à vivre normalement, ce qui a un impact dans différentes sphères de leur vie. Pour que la honte change de camp, c’est une expression vraiment centrale parce que le problème des agressions à caractère sexuel, comme d’autres traumas, vont créer énormément de honte et qu’en plus, on est dans une société qui cautionne encore beaucoup trop l’idée que la victime est responsable de sa situation », explique Mme Esain.

Or ce sentiment de honte pèse lourd dans la reconstruction psychologique des victimes. « C’est important parce qu’en fait il va y avoir une impunité du côté des agresseurs, parce que c’est ce qu’une société patriarcale va conforter. Donc, ce sont les victimes qui se retrouvent avec un sentiment de honte. Et c’est là que « la honte doit changer de camp » est une phrase très importante car la victime doit se libérer de sa honte pour continuer de vivre pleinement dans sa liberté et dans ce qu’elle est. Si l’agresseur, lui, avait honte, ça l’empêcherait peut-être de continuer ses agressions », fait valoir Mme Esain.

Bien que les dénonciations publiques aient fait évoluer les mentalités, celle-ci estime qu’il reste du travail à faire.

Montée du masculinisme

Depuis qu’elle est à la tête de l’organisme, la coordonnatrice générale dit avoir été surprise de constater la montée du masculinisme dans les écoles secondaires. Et même de la perception de ce qu’est une agression sexuelle de la part des professionnels du milieu de l’éducation.

L’organisme met donc le cap aussi sur la prévention, surtout dans les écoles secondaires, où les jeunes garçons sont surexposés aux discours masculinistes sur les réseaux sociaux, influencés par leurs algorithmes. Bien que le masculinisme ne mène pas forcément à l’agression sexuelle, l’agression sexuelle part d’une mentalité certainement masculiniste, fait remarquer Mme Esain.

« Le masculinisme est un grand danger pour les droits des femmes. Ce modèle, c’est une société dans laquelle l’homme domine la femme. Donc, ça légitimise le fait que la femme soit la propriété de l’homme et ça a un impact dans toutes les sphères de la vie et dans la sphère sexuelle », souligne la coordonnatrice générale de Calacs L’Ancrage.

Parmi les services dispensés par L’Ancrage, il y a aussi l’accompagnement. Celui offert aux proches des victimes, qui ne savent pas toujours comment réagir à un dévoilement d’agression sexuelle, et bien sûr aux femmes qui vont vivre un procès. « Beaucoup de cas (d’agresseurs) restent sans accusation, aussi la femme va passer au rouleau compresseur lors du procès. C’est extrêmement [important] que la personne se sente solide, d’autant plus que le système judiciaire va être beaucoup plus dur avec une femme qui n’est pas une bonne victime (qui ne reflète pas un profil de victime) », affirme Nathalie Esain.

Pour sensibiliser le grand public aux conséquences des agressions sexuelles, L’Ancrage mise sur des activités récurrentes : la célébration de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, les 12 jours du Mouvement national préventif précédant l’anniversaire du drame de Polytechnique, la Journée d’action contre les agressions sexuelles faites aux femmes – tenue le 3e vendredi de septembre. Tout cela en plus des ateliers de sensibilisation présentés aux organismes et entreprises.