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Carte électorale – La contestation du projet de loi 3 ravive le débat démocratique au Québec

Photo Bureau circonscription de Saint-Jérôme – Malgré les réactions de ses collègues de l’Assemblée nationale face à son blocage du projet de Loi 3, Youri Chassin maintient que ce n’est pas aux élus de décider du nombre de circonscriptions sur la carte électorale du Québec.

Carte électorale – La contestation du projet de loi 3 ravive le débat démocratique au Québec

Publié le 20/05/2026

Alors que le gouvernement du Québec tente de récupérer les deux circonscriptions de Montréal et de Gaspésie, en souhaitant augmenter le nombre de circonscriptions à 127, le débat entourant le projet de loi 3 sur la révision de la carte électorale continue de provoquer de vives réactions sur la scène politique québécoise.

Avec l’arrivée de deux nouvelles circonscriptions à Bellefeuille et Marie Lacoste Gérin-Lajoie, le projet de loi 3 vise notamment à préserver certaines circonscriptions régionales menacées par les changements démographiques, notamment en Gaspésie et Montréal.

Dans une sortie remarquée, le maire de Saint-Colomban, Xavier-Antoine Lalande, a dénoncé ce qu’il qualifie d’« abus de pouvoir », saluant au passage les prises de position du chroniqueur Mario Dumont, de l’ancienne députée Véronique Hivon et du député indépendant Youri Chassin.

Dans une publication sur Facebook, Xavier-Antoine Lalande affirme que « les médias et les chroniqueurs semblent enfin comprendre l’ampleur de la situation », estimant que les élus ne devraient pas intervenir dans le découpage électoral. Il répète sa demande explicite de renvoyer le ministre des Institutions démocratiques, Jean-François Roberge, principal initiateur d’une contestation devant les tribunaux d’une première version de la réforme, finalement jugée inconstitutionnelle.

Une adoption accélérée dénoncée

Au cœur de la controverse, le 7 mai dernier, le gouvernement a tenté de faire adopter rapidement le projet de loi 3 à l’Assemblée nationale, avec consentement unanime des parlementaires.

En entrevue, le député indépendant Youri Chassin a expliqué avoir refusé son consentement en raison du manque de débat entourant cette réforme majeure.

« On n’a pas eu le temps d’en débattre du tout, on n’a pas eu le temps d’entendre le directeur général des élections ni la Commission de représentation électorale », a-t-il déclaré.

Selon lui, le processus proposé constitue un précédent dangereux pour les institutions démocratiques du Québec.

« Je suis opposé à ce que les partis politiques de l’Assemblée nationale, dans une négociation dont je n’étais même pas représenté comme député indépendant, imposent quelque chose sans entendre personne. »

Le député a aussi dénoncé certaines tactiques parlementaires utilisées lors de la séance, affirmant qu’une nouvelle tentative de consentement aurait pu être effectuée pendant son absence momentanée de la chambre.

« Si je sors deux minutes pour prendre un appel et qu’ils reposent la question pendant ce temps-là, ça peut passer », souligne-t-il.

La représentation régionale au centre des tensions

Youri Chassin reconnaît que l’idée d’augmenter le nombre de circonscriptions peut se défendre politiquement, mais estime qu’un véritable débat public aurait dû précéder une telle décision.

« On ne peut pas faire ça sans aucun débat. C’est un fondement de la démocratie. »

Dans sa publication, Xavier-Antoine Lalande rappelle que la Cour d’appel a déjà reconnu l’importance d’une représentation électorale équitable entre les régions du Québec. Il estime aujourd’hui que les inquiétudes exprimées par plusieurs élus municipaux étaient fondées.

Le député insiste sur l’importance de préserver l’indépendance de la Commission de représentation électorale et du Directeur général des élections.

« On doit laisser la Commission de représentation électorale faire son travail. Même avec les meilleures intentions du monde, les élus ne devraient pas commencer à modifier eux-mêmes la carte électorale. »

La prise de position du député indépendant lui a valu à la fois du soutien et de nombreuses critiques. Il affirme avoir reçu plusieurs attaques personnelles depuis le début de la controverse, notamment par M. Roberge lui-même. Toutefois, des discussions entre les deux auraient fait baisser la tension.