Saint-Jérôme et la MRC de La Rivière-du-Nord lancent un projet pilote qui misera sur l’intelligence artificielle pour adapter les feux de circulation aux conditions réelles, plutôt que de faire fonctionner les feux uniquement selon des cycles préétablis.
Onze intersections stratégiques seront visées par le projet, qui doit permettre de mesurer pendant trois ans les effets de cette technologie sur les délais d’attente, la fluidité, la congestion, les émissions associées au ralentissement et certains indicateurs de sécurité routière. Le projet est porté par le Centre de formation et d’innovation en transport innovant des Laurentides (CFI), avec la participation de la Ville, de la MRC et de plusieurs partenaires.
Une circulation devenue difficile à gérer
L’enjeu s’est retrouvé au cœur de la dernière séance du conseil municipal, le 15 septembre, alors que plusieurs citoyens sont venus faire part de leurs préoccupations concernant la circulation, la vitesse et la sécurité des piétons.
Au boulevard du Grand-Héron, Lucille Guindon a notamment raconté avoir failli être happée par un véhicule le 1er septembre.
« C’est un point de rue extrêmement angoissant à traverser, d’autant plus vrai quand tu es une personne âgée », a-t-elle témoigné en demandant ce qui peut « être fait pour la protéger ».
Pour Denis Robillard, un citoyen de Station 7 qui avait déjà présenté des recommandations à la Ville concernant notamment la circulation, la sécurité et la pollution sonore, les nouvelles technologies pourraient justement contribuer à mieux synchroniser les feux.
Le maire de Saint-Jérôme, Rémi Barbeau, estime que l’achalandage du secteur dépasse aujourd’hui ce qui avait été envisagé lors de la configuration initiale des lieux.

Projet pilote de feux intelligents déployé sur onze intersections stratégiques du secteur
Grand-Héron, à Saint-Jérôme, afin d’améliorer la fluidité et la sécurité routière.
« Ici, c’est plus de 25 000 passages chaque jour. »
Les intersections ciblées s’étendent du secteur de Louis-Joliette jusqu’à l’entrée de Saint-Colomban, en passant notamment par le secteur du Costco. Pour la Ville, l’enjeu est autant lié à la fluidité qu’à la sécurité et à la qualité de vie des personnes qui empruntent quotidiennement le corridor.
« Le secteur retenu est névralgique pour la mobilité locale et régionale, particulièrement aux heures de pointe », a également fait valoir le maire dans le communiqué annonçant le projet.
Avant de modifier le fonctionnement des feux, les partenaires veulent toutefois établir une photographie précise de la situation actuelle.
« Dans les prochaines semaines ou mois, on va faire un peu une photo de la situation actuelle », a expliqué Rémi Barbeau.
Des feux qui s’adaptent à la circulation
C’est à ce niveau que la technologie doit changer la donne. Selon Hugues Michaud, d’Orange Trafic, les intersections fonctionnent actuellement avec des systèmes traditionnels, notamment des détecteurs électromagnétiques installés dans la chaussée.
Ces détecteurs permettent essentiellement de déterminer la présence d’un véhicule, sans fournir une vue d’ensemble de la circulation.
« Il y a quelque chose, il y a rien. »
Les nouveaux équipements doivent plutôt permettre d’obtenir une image plus précise de ce qui se passe à l’intersection : nombre de véhicules, vitesse, distance et mouvements. Les données recueillies serviront ensuite à établir un modèle de circulation avant l’intégration de l’intelligence artificielle.
Avec un système de suivi plus avancé, il sera possible d’obtenir une image plus précise de l’intersection, explique Michaud.
L’objectif sera notamment de donner du temps de feu vert au moment et à l’endroit où il est réellement nécessaire. Les intersections pourront aussi échanger de l’information afin de mieux coordonner les déplacements.
« Les intersections vont pouvoir se parler entre elles, détecter les pelotons de véhicules, le nombre de véhicules, leur vitesse, et pouvoir se synchroniser de façon plus intelligente pour assurer le mouvement de ces pelotons de véhicules-là. »
Pas de promesse de circulation sans arrêt
Le principe ne consiste toutefois pas à maintenir les feux verts en permanence dans une direction. Au contraire, la stratégie vise à créer des groupes de véhicules suffisamment rapprochés pour les faire progresser dans le corridor tout en limitant leur temps d’attente.
Les automobilistes devront donc toujours s’arrêter, mais l’objectif est de réduire la durée des arrêts et de leur permettre de progresser plus efficacement dans le corridor.
Laurent Laberge, chargé de projet au CFI, insiste lui aussi sur les limites de la technologie. La coordination intelligente ne doit pas être considérée comme une solution permettant d’éliminer complètement la congestion.
« La coordination intelligente ne peut pas empêcher tous les arrêts, éliminer les attentes pour tous les citoyens en tout temps et régler définitivement la congestion partout sur le territoire. »
L’objectif est plutôt d’utiliser plus efficacement les infrastructures déjà en place, sans nécessairement élargir les routes ni réaliser de travaux civils majeurs.
Des résultats à mesurer à Saint-Jérôme
Le CFI et Orange Trafic ont déjà expérimenté une technologie semblable ailleurs au Québec. À Kirkland, une diminution de 22 % du délai d’attente moyen a été observée au cours des premiers mois de suivi. À Charlemagne, Michaud rapporte une diminution de 37 %. Les configurations routières diffèrent toutefois de celle de Saint-Jérôme.
« Par contre, ici, on est très au fait que c’est beaucoup plus saturé. Donc, quand on travaille à plus haute saturation, on a déjà eu beaucoup de travail par la Ville qui a été fait pour tenter d’optimiser l’existant. »
Selon lui, l’amélioration en pourcentage pourrait donc être moindre à Saint-Jérôme, sans que cela signifie nécessairement un impact moindre à l’échelle collective, compte tenu du volume de véhicules.
Le projet doit justement permettre de vérifier cette hypothèse sur le terrain. L’installation des équipements est en cours et la collecte de données doit s’amorcer dans les prochaines semaines. L’intégration de l’intelligence artificielle est prévue à partir de 2027.
Un investissement majeur
« Les sommes identifiées lors de l’annonce comprennent 500 000 $ de la MRC par l’entremise du Fonds régions et ruralité, 450 000 $ de la Ville de Saint-Jérôme, 20 000 $ de Desjardins et 138 000 $ de Tricentris. »
Pour Dany Dumont, directeur général de Tricentris, l’intérêt du projet dépasse les enjeux de circulation. Il estime que la réduction de la congestion pourrait également contribuer à diminuer le stress et l’anxiété chez les familles, un objectif qui cadre, selon lui, avec la vision de Tricentris.
Du côté de Desjardins, Éric Gagnon, président du conseil d’administration de la Caisse Desjardins de la Rivière-du-Nord, souligne pour sa part la volonté de soutenir une expérimentation axée sur les retombées locales.
« Ce projet démontre qu’il est possible de conjuguer développement technologique, mobilité durable et qualité de vie pour les citoyens de Saint-Jérôme. »
Les données recueillies permettront de déterminer jusqu’où cette technologie peut améliorer la gestion d’un corridor fortement congestionné. Si les résultats sont concluants, l’expérience pourrait éventuellement servir de référence pour d’autres administrations municipales.

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