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Le parc du lac Jérôme. Photo Mychel Lapointe

Des Jérômiens dénoncent un projet résidentiel foresticide

Alex Beauvais

Fondateur du groupe SOS Forêt du lac Jérôme

Il semble de plus en plus dans l’air du temps que des groupes citoyens se portent à la défense des rares espaces verts qui restent dans leur ville. À cet égard, un regroupement de quelque 500 personnes, SOS Forêt du lac Jérôme, s’efforce de préserver un milieu naturel urbain d’une superficie de plus de 9 millions de pieds carrés, soit l’équivalent d’environ 140 terrains de football. En effet, lors de la séance du conseil municipal du 19 janvier dernier, la Ville de Saint-Jérôme a annoncé la conclusion d’un accord de principe avec trois promoteurs (9067-3823 Québec Inc., Trémä Signature Inc. et la Société en commandite le Boisé) pour la construction d’un soi-disant « écoquartier » d’environ 4 200 logements dans un grand secteur boisé de la ville. Des Jérômiens refusent d’adhérer à ce projet controversé, puisqu’il entraînera la disparition de nombreux milieux humides et le déboisement excessif de plus de 85 hectares de forêt. En somme, il n’y a aucune acceptabilité sociale pour le projet. Une pétition à ce sujet, accessible à change.org, compte déjà quelque 3 000 signatures.

Selon la mairesse, MmeSophie St-Gelais, le Parc naturel du Lac-Jérôme, qui s’étend sur une superficie de 10 millions de pieds carrés, serait actuellement protégé. Or, lors de la séance du 16 février dernier, cette dernière s’est engagée à en changer le zonage pour en faire une zone parc, car il est toujours zoné habitation, ce qui est en soi très préoccupant. Les lots de forêt concernés par le projet résidentiel, eux, sont adjacents au Parc naturel du Lac-Jérôme et font partie de la même étendue boisée. En plus des nombreux arbres que les promoteurs devront couper sur leurs lots, des routes seront prolongées en passant à travers la forêt afin de relier des quartiers entre eux. L’accroissement du trafic automobile fera sans contredit augmenter la pollution atmosphérique et sonore dans ce secteur, sans parler de la pollution des milieux humides et des cours d’eau. Qui plus est, nous savons maintenant que la destruction des milieux naturels menace la santé physique et mentale de toute la population.

Plusieurs éléments justifient notre volonté de préserver cette forêt située à quelques minutes du centre-ville de Saint-Jérôme. Véritable poumon vert et sanctuaire de sportifs et d’amateurs de plein air, la forêt compte un merveilleux réseau de sentiers, où on peut y pratiquer notamment la marche, la raquette, le ski de fond et le vélo de montagne. Elle compte aussi un grand nombre de ruisseaux et de zones marécageuses et abrite une flore et une faune variées. Fait intéressant : des mycologues viennent même y cueillir des champignons. Mylène Laframboise, conseillère mandataire à l’environnement et au développement durable de Saint-Jérôme, a elle-même déclaré : « Nous considérons que la beauté de notre nature est un atout indéniable qui contribue à faire en sorte que de nouvelles familles nous choisissent. Il nous semble également important de veiller à bien aménager ces espaces verts afin qu’ils demeurent des endroits privilégiés pour la population de Saint-Jérôme. » À la lumière de cette déclaration, il nous semble paradoxal que la Ville veuille aller de l’avant avec un tel projet. N’est-il pas aussi paradoxal de raser autant d’arbres alors que le fédéral s’est engagé à en planter 2 milliards pour lutter contre les changements climatiques?

Depuis l’aménagement officiel du Parc par la Ville, celui-ci et la forêt attenante où se trouvent les sentiers sont devenus un parc naturel très achalandé et prisé tant par la population locale que par les touristes. Réduire autant la superficie de la forêt diminuera sans conteste son attrait touristique et limitera grandement sa vocation sportive. La Ville a manqué totalement d’imagination en faisant fi de cet aspect et n’a pas tenu compte de la valeur ajoutée de ce territoire, qui est situé en plein centre-ville et à proximité d’un complexe sportif d’envergure. S’ils avaient un peu de vision, les promoteurs et la Ville s’inspireraient du Parc du Domaine Vert, à Mirabel, et ils transformeraient ce grand territoire en parc forestier en milieu urbain, ce qui ferait le bonheur de la population et permettrait d’attirer de nombreux touristes tout en protégeant l’environnement. Étant donné qu’aucune infrastructure humaine ne peut compenser la perte d’un milieu naturel, il est aberrant qu’en 2021 on envisage encore de détruire sans discernement forêts et milieux humides dans un contexte de crise climatique. Pour la Ville de Saint-Jérôme, l’appât du gain, soit des revenus récurrents de 15 millions de dollars en impôt foncier, a été plus fort que l’acceptabilité sociale et le développement durable. La préservation des milieux naturels doit passer avant l’impôt foncier et les profits des entrepreneurs.

D’ailleurs, à ce jour, la Ville de Saint-Jérôme n’a pas fait preuve de la plus grande transparence dans la gestion de ce dossier. Plusieurs questions demeurent sans réponse, soit :

  • –  Le projet a-t-il fait l’objet d’une étude indépendante d’impact sur l’environnement? Dans la négative, selon quels critères le projet a-t-il été accepté?
  • –  Comment la Ville s’assure-t-elle que les promoteurs respectent leurs engagements en ce qui a trait aux mesures d’atténuation (création d’espaces verts, bassins, reboisement)?
  • –  Dans quelle mesure peut-on qualifier le projet présenté par les promoteurs « d’écoquartier », compte tenu de l’ampleur de la déforestation nécessaire à sa réalisation?

Le mouvement SOS Forêt du lac Jérôme exige une consultation citoyenne dans les meilleurs délais et demande à la Ville de Saint-Jérôme de modifier sur-le-champ le zonage de l’actuel Parc naturel du Lac-Jérôme et des lots de forêt adjacents afin que cette aire soit protégée de façon définitive et irrévocable contre tout autre projet immobilier. À la lumière des plans de développement soumis par les promoteurs, qui ont été obtenus en présentant une demande d’accès à l’information, les citoyens ne font pas confiance à la mairesse St-Gelais pour préserver l’entièreté de la forêt du lac Jérôme. Par ailleurs, les membres du groupe demandent l’imposition d’un moratoire national sur la construction de projets résidentiels dans les milieux naturels urbains pour laisser le temps au gouvernement de mener une vaste consultation sur l’aménagement du territoire et d’entreprendre une refonte complète de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme, qui a 40 ans et qui ne répond plus aux besoins de la population et des municipalités à cause de sa désuétude.

Nous sollicitons l’appui de la population de Saint-Jérôme, des Laurentides et du Québec, des organismes de protection de l’environnement, d’experts et de décideurs pour sauvegarder ce patrimoine naturel, si cher aux habitants de Saint-Jérôme. En tant que capitale des Laurentides, Saint-Jérôme se doit de proposer un milieu de vie sain développé en respectant l’environnement et les pratiques exemplaires de développement durable. #sosforetdulacjerome

Faites entendre votre voix. Protégez la forêt du lac Jérôme : signez la pétition!

 

 

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