Porté par des bénévoles, le projet offre des récoltes gratuites à toute la population et demeure peu connu malgré son rôle nourricier et social.
Inspiré du mouvement mondial Incroyables comestibles, fondé sur le partage et l’accès libre aux récoltes, le projet local a pris forme grâce à l’initiative de Johanne Cadotte. Croyant d’abord que le terrain appartenait au cégep, elle a rencontré l’établissement, ce qui a permis de lancer l’idée.
Patricia Tremblay, aujourd’hui directrice générale, se souvient de cette rencontre déterminante : « J’ai rencontré Johanne, je suis tombée en amour avec le projet. » À l’époque directrice des études, elle voyait déjà l’intérêt pour les étudiants et la communauté, appuyée par deux enseignantes intéressées par l’agriculture urbaine. Dix ans plus tard, elle constate l’ampleur prise par l’initiative : « Je suis très, très, très heureuse dix ans après de voir que c’est encore là, encore plus gros qu’avant. »
Un soutien municipal essentiel
Les débuts ont été marqués par l’absence d’accès à l’eau. « Au début, on transportait ça… du Café Fougère jusqu’ici, avec des brouettes, puis des seaux », raconte Mme Cadotte. Elle a insisté pendant trois ans avant que la Ville n’installe finalement un point d’eau.
Les travaux ont été importants. Jacques Hébert se souvient : « Ils ont fait une tranchée dans la piste cyclable pour passer les tuyaux. » La Ville fournit aussi le paillis, la terre, le compost et les chapiteaux lors d’activités. Le cégep facilite l’accès au stationnement, ce qui simplifie le travail des bénévoles.
Une équipe engagée depuis dix ans
La longévité du projet repose sur la fidélité des bénévoles et des partenaires. « C’est très rare que sur dix ans, les gens demeurent… qu’ils continuent de contribuer », souligne Johanne Cadotte. Les rencontres du mercredi et du samedi, de 9 h 30 à 11 h, rassemblent une équipe soudée qui jardine, entretient les plants et accueille les passants.
Jacques Hébert résume : « Moi, j’adore jardiner… et en plus, on n’est pas seul. On fait ça en gang. »
La relève demeure toutefois un enjeu. « On commence à vieillir… je vais avoir 68 ans », dit-il. Les responsables invitent donc la population à se joindre à eux ou à communiquer avec eux par l’entremise de la page Facebook « Incroyables comestibles Rivière-du-Nord ». Le Café Fougère, situé tout près, est devenu un lieu de rassemblement après les séances. « Les gens peuvent tout simplement venir se joindre à nous », rappelle Johanne Cadotte.
Un jardin nourricier pour tous
« Tout ce qui est ici est offert gratuitement à la population », insiste Johanne Cadotte. Les bénévoles demandent simplement de ne pas arracher les plants. Le jardin soutient des familles à faible revenu, des étudiants et des personnes en situation d’itinérance.
« Si on peut permettre à certains étudiants, à certaines familles de souffler un peu… tant mieux », dit Patricia Tremblay.
Le lieu favorise aussi la découverte. Johanne Cadotte raconte avoir expliqué la rhubarbe à une nouvelle arrivante : « Elle me dit : c’est quoi ça? Ça se mange comment? On fait quoi avec ça? » Après ses conseils, la dame est revenue en chercher. Les bleuets, framboises et tomates attirent également les familles. Patricia Tremblay souligne l’importance de ces moments : « Juste de prendre le temps de faire ça… c’est du temps de qualité avec tes enfants. »
Un espace qui crée du lien et de l’espoir
Les jardins sont aussi un lieu de rencontres. « Une des choses que j’apprécie le plus de ce projet-là, c’est que ça relie les gens », affirme Johanne Cadotte.
Dans un contexte économique difficile, « on peut faire de grandes choses avec peu de moyens », souligne Patricia Tremblay.
Une bénévole résume à sa façon ce que le projet représente pour elle : « J’aime ça, ces jardins-là, parce qu’ils sèment de l’espoir. »

MOTS-CLÉS
Saint-Jérôme
Jardins incroyables comestibles
Agriculture urbaine
Johanne Cadotte