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Informatique en santé : Des coûts qui explosent, des systèmes qui peinent à communiquer

Photo Iona Mousli – Le coût du projet SIFA est maintenant estimé à 329,4 M$, jusqu’à un risque pouvant aller jusqu’à plus de 1 G$ de dépassements de coût.

Informatique en santé : Des coûts qui explosent, des systèmes qui peinent à communiquer

Publié le 22/09/2026

Depuis 2023, les dépassements de coûts des projets informatiques en santé soulèvent des questions sur la gouvernance, la planification et l’interopérabilité, notamment le projet SIFA, dont le coût initial était évalué à 99,5 M$, est maintenant estimé à 329,4 M$, jusqu’à un risque pouvant aller jusqu’à plus de 1 G$ de dépassements de coût.

L’orchestrateur de rendez-vous est, quant à lui, passé d’une facture de 18 M$ à 126 M$. Le Dossier santé numérique (DSN) entraîne par ailleurs des coûts d’exploitation annuels qui atteignent environ 100 M$.

Une réévaluation après le transfert à Santé Québec

Questionnée sur ces importantes augmentations, Sonia Bélanger reconnaît explicitement que les coûts initiaux de SIFA avaient été sous-évalués. Elle explique que, lorsque le dossier a été transféré à Santé Québec, certains éléments n’avaient pas été suffisamment comptabilisés, notamment la formation du personnel et le remplacement de certains équipements.

Selon elle, le projet est particulièrement complexe parce qu’il doit remplacer et harmoniser des systèmes informatiques différents utilisés dans les établissements de santé québécois.

Elle insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas simplement d’implanter un logiciel :

« Ce n’est pas juste des ordonnances, explique-t-elle. Quand on dit un système, ce n’est pas juste un système avec deux-trois ordonnances, c’est à l’échelle du Québec, dans tous les systèmes, et ce qu’on veut, c’est un processus intégré. »

Mme Bélanger explique également que SIFA a été mis sur pause après son transfert à Santé Québec afin de réévaluer le dossier et son financement.

« Ça a été mis sur pause à Santé Québec parce que SIFA, c’est long, puis c’est octroyer le contrat, mettre en place tous les comités d’évaluation, tout ça. »

Elle présente cette réévaluation comme une décision responsable, puisque Santé Québec devait s’assurer que le budget disponible correspondait réellement aux besoins du projet.

« C’est une décision responsable qui a été prise par Santé Québec, soutien-t-elle. Ils ont fait des recommandations pour améliorer la gestion, comment on va gérer le système, comment on va rendre compte de ça, comment on peut éviter les changements de coûts ».

Des systèmes complexes et un déploiement sur plusieurs années

Pour Anne Nguyen, candidate du Parti québécois dans Prévost et spécialiste de l’intelligence artificielle ayant travaillé pendant 18 ans dans le réseau de la santé, le problème dépasse largement la question des factures.

« Le nerf de la guerre, c’est la donnée, dit-elle. Si on ne règle pas l’interopérabilité de la donnée, on va sans cesse mettre de l’argent dans des systèmes de plus sans corriger ce qui fait en sorte que nos systèmes fonctionnent mieux ».

Selon elle, l’un des problèmes fondamentaux réside dans la multiplication des systèmes utilisés au sein du réseau.

« Un patient ne devrait jamais [répéter] plus que deux fois pour valider une information », soutient-elle, faisant valoir qu’un même patient peut devoir répéter les mêmes renseignements à différents professionnels parce que les systèmes ne communiquent pas entre eux.

Pour la candidate péquiste, le Québec aurait donc dû commencer par cartographier les données plutôt que de multiplier les applications.

De son côté, Sébastien Daoust, candidat du Parti Libéral du Québec, rejoint également Nguyen sur la nécessité de réparer les dégâts de ces dépassements de coûts sur les finances publiques.

Alors que les factures du SIFA, de l’orchestrateur de rendez-vous et du Dossier santé numérique continuent de susciter des critiques, le prochain gouvernement devra donc non seulement décider combien investir dans l’informatisation du réseau, mais surtout comment éviter que les mêmes problèmes de planification et de gouvernance se reproduisent.

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