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Le maire Xavier-Antoine Lalande. Photo Mychel Lapointe

La CMM et l’étalement urbain: «Cessez de blâmer les villes de banlieue pour le manque d’attractivité de Montréal» – Paul Germain

«Vous adoptez maintenant la posture de défenseur de l’environnement pour contrer l’étalement urbain, mais je me permets de penser que l’enjeu pour votre organisation en est d’abord un de rétention de population et non d’environnement», considère Xavier-Antoine Lalande.
Piqué au vif par une «note» de l’Observateur Grand Montréal publié la semaine dernière pour le compte de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et visant notamment sa municipalité, le maire de Saint-Colomban a riposté dans une lettre ouverte adressée au directeur général de la CMM, Massimo Iezzoni, dont Infos Laurentides a eu copie.
Choix des familles
Entre autres choses, la «note» en question fait référence au fait que Saint-Colomban prend le premier rang des villes ou municipalités citées pour Part des maisons individuelles dans l’ensemble des mises en chantier résidentielles entre 2013 et 2018.
À cet égard, M. Lalande a son point de vue sur la question.
«Difficile de nier que les familles quittent Montréal au profit des couronnes, et honnêtement, qui pourrait les blâmer alors que le coût des maisons y est deux fois plus élevé qu’à Saint-Colomban avec en prime de grands terrains boisés. Peut-être que le modèle de densification élevée préconisé n’atteint pas les objectifs de qualité de vie que poursuivent les familles, du moins il ne correspond manifestement pas aux aspirations de toutes les familles.»
Navetteurs
En outre, le maire Lalande apporte des précisions importantes quant à l’aspect des navetteurs traité par l’Observatoire.
«Le territoire de la CMM se termine au sud de notre territoire, à la frontière avec la ville de Mirabel. Vous incluez les 6 000 emplois disponibles sur le territoire de l’aéroport de Mirabel dans vos statistiques de transport, si bien que ces emplois à seulement 10 minutes de plusieurs résidences de Saint-Colomban vous permettent d’affirmer que plusieurs travailleurs d’ici empruntent le réseau routier du MTQ pour se rendre travailler sur le territoire de la CMM, soit à Mirabel. Bien que ce ne soit pas faux, cela m’apparaît intellectuellement discutable comme analyse.»
Qui plus est, «votre analyse tourne également les coins ronds quant à la destination de travail. En effet, selon la dernière enquête origine-destination, 70 % de la population active de Saint-Colomban travaille sur le territoire des villes de Saint-Jérôme et Mirabel. Oui, il est possible d’habiter en territoire “étalé” ET d’y travailler. Les 30 % restants se répartissent entre les villes plus au nord, Lachute et les villes qui jouxtent Mirabel au sud jusqu’à Montréal. Non, nos travailleurs ne prennent pas massivement d’assaut les routes provinciales pour aller travailler dans le noyau central du Grand Montréal. […] Permettez-moi ici une parenthèse sur la zone aéroportuaire de Mirabel. Saviez-vous qu’un grand nombre des employés qui y travaillent provient de la région métropolitaine et effectuent donc le trajet en sens inverse en partance de Montréal, Laval et parfois même la Rive-Sud?»
Le maire Germain
Le maire de Prévost, Paul Germain, en est un autre qui ne la trouve pas drôle, allant jusqu’à parler de «raccourcis intellectuels plus que discutables».
M. Germain en a notamment concernant les conséquences de l’orientation 10 (qui impose des règles strictes de développement) à laquelle se soumet la MRC de La Rivière-du-Nord et qui cause des maux de tête aux administrateurs municipaux.
«Beaucoup de villes de banlieue bouclaient leur budget avec les revenus que la croissance immobilière apportait. Il s’agit d’un manque à gagner qui peut représenter facilement 3 à 5 % du budget annuel qu’il faudra tous les ans compenser», note-t-il.
D’ailleurs, aux yeux du maire Germain «la vision montréalocentriste du Québec doit céder la place à une vision polycentrique où chaque communauté tire son épingle du jeu à travers des principes de développement durable. Les principes que l’on veut appliquer pour la métropole doivent aussi s’appliquer dans nos pôles régionaux existants. Prétendre le contraire serait malhonnête.»
Si bien que le premier magistrat prévostois a ce message pour les gens de la CMM et de Montréal en particulier.
«S’il vous plaît, cessez de blâmer les villes de banlieue pour le manque d’attractivité de Montréal. Ce problème se règle chez vous, pas chez nous.»
Saint-Jérôme
L’approche est quelque peu différente du côté de la Ville de Saint-Jérôme.
Sans être membre de la CMM, Saint-Jérôme contribue au financement du transport en commun de la région métropolitaine et «porte une attention rigide à la façon dont elle déploie son cadre urbanistique».
«Saint-Jérôme fait déjà sa part pour freiner l’étalement urbain ainsi que pour financer le transport collectif de la grande région métropolitaine et j’apprécie que M. Iezzoni, directeur général de la CMM, reconnaisse notre contribution. Notre ville, tout comme la métropole, est confrontée à ses propres enjeux d’étalement urbain et de mobilité et est motivée à trouver des pistes de solution», souligne le maire Stéphane Maher.
Le premier magistrat profite d’ailleurs de l’occasion pour revenir à la charge avec un dossier qui lui tient à cœur.
«Pour travailler à réduire le nombre de navetteurs automobiles, Saint-Jérôme désire rapatrier la gouvernance du transport collectif sur son territoire et offrir la gratuité aux aînés et aux étudiants. […] Pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et corriger les enjeux de mobilité, les capitales régionales comme Saint-Jérôme doivent posséder les outils stratégiques nécessaires à leur propre développement», ajoute-t-il en précisant (élément significatif dans le présent débat) que «selon un rapport de Raymond Chabot Grant Thornton, 20 des 82 villes de la CMM envoient chaque jour des travailleurs à Saint-Jérôme».
«La Ville étant un pôle de services, Statistique Canada recense que 31 165 navetteurs y entrent quotidiennement pour y travailler, ce qui apporte manifestement son lot d’enjeux, notamment en ce qui a trait à la congestion routière», rapporte-t-on du côté des autorités municipales jérômiennes.
Examen de conscience
En outre, M. Maher se dit d’avis qu’en matière de développement «il est important que les maires et mairesses aient un examen de conscience et se penchent sérieusement sur leurs méthodes de planification urbanistique. La solution passe peut-être par une décision gouvernementale qui viendrait permettre aux MRC de mieux encadrer les projets de développement sur leur territoire».
Voir l’intégralité des lettres ouvertes de Xavier-Antoine Lalande et Paul Germain ailleurs sur notre site Web [www.journalinfoslaurentides.com] sous «Société».

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