Dans les Laurentides, la Maison Oxygène offre un espace rare où ces hommes peuvent reprendre pied tout en continuant d’exercer leur rôle parental.
Située à Saint-Jérôme, la ressource accueille des pères en situation de vulnérabilité et leurs enfants pour une période pouvant aller jusqu’à trois mois. Au-delà de l’hébergement, c’est un accompagnement global qui leur est proposé afin de préserver ou reconstruire une relation souvent mise à rude épreuve par les aléas de la vie.
Un toit pour préserver le lien père-enfant
La Maison Oxygène Laurentides fait partie d’un réseau de 26 maisons réparties à travers le Québec. Celle des Laurentides dispose de seulement quatre places pour les pères et peut accueillir jusqu’à douze enfants à la fois.
Les hommes qui franchissent ses portes arrivent avec des parcours marqués par les ruptures, les pertes d’emploi, les difficultés financières ou l’instabilité résidentielle. Certains ont dormi dans leur véhicule. D’autres ont multiplié les séjours temporaires chez des proches, sans véritable point d’ancrage.
« Notre mission, c’est vraiment de travailler le lien père enfant », explique Jean Stéphan Gendron, psychosociologue et responsable clinique de la Maison Oxygène.
Pour être hébergés, les pères doivent toutefois avoir accès à leurs enfants. Ceux qui ne disposent pas encore de droits de visite peuvent recevoir un accompagnement externe en attendant que leur situation évolue.
L’objectif demeure le même : offrir aux pères les conditions nécessaires pour maintenir une présence significative dans la vie de leurs enfants malgré les difficultés qu’ils traversent.

Redonner confiance aux pères
Au fil des années, les intervenants ont observé une transformation des rôles parentaux. Malgré cette évolution, plusieurs hommes arrivent encore avec le sentiment que leur place auprès de leurs enfants est secondaire.
« On déconstruit encore l’idée que le père est en deuxième ligne », souligne M. Gendron.
Pour Marie-Thérèse Audet, intervenante et animatrice de groupes, une partie du travail consiste à aider les hommes à prendre conscience de l’importance qu’ils ont dans le développement de leurs enfants.
« Quand on leur dit qu’ils ont un impact réel sur leur enfant, ça change leur regard sur eux-mêmes », explique Marie-Thérèse Audet, intervenante et animatrice de groupes.
Nombreux sont ceux qui ont appris à taire leurs émotions ou à ignorer leurs propres besoins. Certains peinent à reconnaître les signes de stress ou de détresse qui se manifestent pourtant dans leur corps et leur comportement.
Les ateliers offerts par l’organisme visent justement à développer ce vocabulaire émotionnel souvent absent, tout en fournissant des outils concrets pour mieux gérer les conflits, les séparations ou les défis du quotidien familial.
Un espace pour apprendre et se reconstruire
L’hébergement n’est qu’une partie du travail réalisé par l’équipe. Des suivis individuels, des rencontres de couple et des ateliers thématiques sont également proposés.
Les sujets abordés vont de la coparentalité à la gestion des émotions, en passant par la prévention des comportements violents.
« Le groupe devient un miroir, on apporte une vision différente aux pères. », explique Mme Audet.
Dans cet espace sécuritaire, les participants peuvent échanger avec d’autres pères vivant des réalités semblables. Ils prennent conscience de certaines dynamiques, réfléchissent à leurs comportements et découvrent de nouvelles façons d’interagir avec leurs enfants.
Lorsque possible, les groupes sont animés conjointement par un homme et une femme.
« Ça projette l’image d’un travail d’équipe, comme celui que les parents doivent faire pour leurs enfants », précise M. Gendron.
Cette approche permet également de rappeler que, malgré les séparations ou les conflits, la coparentalité demeure un élément essentiel du développement de l’enfant.

Une ressource débordée par les besoins
Plusieurs vivent une forme d’itinérance discrète. Ils alternent entre le canapé d’un ami, une chambre temporaire ou leur véhicule, sans toujours reconnaître eux-mêmes qu’ils sont en situation d’itinérance.
« On voit des pères qui travaillent, mais qui n’arrivent pas à se loger », observe M. Gendron.
Des collaborations ponctuelles avec d’autres organismes permettent parfois de trouver des solutions temporaires. Toutefois, aucune autre ressource de la région ne peut accueillir à la fois les pères et leurs enfants, ce qui limite considérablement les options disponibles.
La liste d’attente peut atteindre deux ou trois mois.
Une mission essentielle à financer
Comme bien des organismes communautaires, la Maison Oxygène doit composer avec un financement qui ne suit pas toujours l’ampleur des besoins.
Le budget annuel de fonctionnement dépasse les 800 000 dollars, notamment en raison d’une présence assurée en continu, 24 heures sur 24 et sept jours sur sept.
« Il faut être créatif pour aller chercher l’argent nécessaire », reconnaît M. Gendron.
L’équipe multiplie les démarches afin de maintenir les services offerts. Des fondations contribuent parfois à répondre à certains besoins précis, notamment l’achat de vêtements d’hiver ou de fournitures scolaires pour les enfants.
Ces aides font une différence concrète dans le quotidien des familles, mais elles ne règlent pas les défis liés au financement à long terme.
Permettre aux enfants de rester des enfants
Derrière chaque dossier se cache une réalité souvent complexe. Dépendances, problèmes de santé mentale, conflits familiaux, démarches judiciaires ou interventions de la DPJ s’entrecroisent fréquemment.
Pour répondre à ces situations, la Maison Oxygène travaille en collaboration avec différents partenaires, notamment la DPJ, le CISSS et plusieurs organismes communautaires.
Au terme du séjour, les pères sont accompagnés dans leur recherche de logement, leur organisation personnelle et la consolidation de leur rôle parental. Un suivi post-hébergement est également offert à ceux qui souhaitent poursuivre leur démarche.
Pour Marie-Thérèse Audet, la mission de l’organisme se résume à une idée simple, mais fondamentale.
« Notre travail, c’est de permettre aux enfants d’être des enfants, et aux pères de retrouver leur place. »
Dans un contexte où l’itinérance, la crise du logement et les ruptures familiales fragilisent de plus en plus de familles, cette place peut parfois faire toute la différence.
Pour joindre la Maison Oxygène Laurentides
Les pères qui souhaitent obtenir du soutien peuvent joindre la Maison Oxygène Laurentides au 5798878843 ou visiter maisonoxygenelaurentides.org. La population peut également contribuer à la mission de l’organisme en faisant un don via leur site internet.
Jean Stéphan Gendron, psychosociologue et responsable clinique, et Marie-Thérèse Audet, intervenante et animatrice de groupes de la Maison Oxygène.
La Maison Oxygène Laurentides offre un hébergement et un accompagnement aux pères en situation de vulnérabilité afin de préserver le lien avec leurs enfants.
Le slogan “Toujours debout, ensemble pour eux” affiché à la Maison Oxygène Laurentides, rappelant la mission de soutenir les pères et leurs enfants en période de vulnérabilité.

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