Cette décision ravive immédiatement la colère du mouvement Le Communautaire à boutte et du Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), qui réclamaient sa démission à la suite de ce qu’ils décrivent comme des appels répétés ignorés sur les conditions des travailleurs et travailleuses des groupes communautaires.
Pour les deux organisations, cette reconduction envoie un signal de fermeture envers un secteur déjà en crise. Près de 1 900 organismes communautaires ont récemment participé à une vaste mobilisation à travers le Québec pour réclamer un meilleur financement, davantage de reconnaissance et une réelle écoute gouvernementale.
Une confiance fragilisée
« Ça nous a vraiment déçus, ça nous a mis aussi en colère, parce que c’était une des demandes qu’on avait faites durant nos deux semaines de mobilisation du 23 mars au 2 avril. On voyait en fait que Mme Rouleau n’entendait pas. C’était une ministre totalement déconnectée de la réalité du milieu communautaire », affirme Sophie Tétrault-Martel, porte-parole du mouvement.
Pour le coordonnateur du Regroupement des organismes communautaires des Laurentides, Benoit Larocque, le constat est le même. « Quand j’ai vu que Chantal Rouleau était reconduite, j’étais abasourdi, très cynique. Elle vient de passer des semaines à ne pas nous écouter », a-t-il affirmé en entrevue.
Selon lui, les dernières semaines ont profondément ébranlé le lien de confiance. M. Larocque reproche notamment à la ministre d’avoir orienté les discussions vers la philanthropie et l’économie sociale plutôt que vers les besoins urgents en financement à la mission. « Elle n’a plus la confiance du milieu communautaire comme interlocutrice », ajoute-t-il.
Une mobilisation loin d’être terminée
De son côté, Chantal Rouleau dit suivre les mesures actuelles du Plan d’action gouvernemental en action communautaire 2022-2027. « Au cours des prochaines semaines et des prochains mois, je continuerai d’être sur le terrain, à l’écoute de nos organismes, et à l’œuvre pour améliorer leurs conditions de travail », assure-t-elle.
Toutefois, cette phrase ne rassure pas M. Larocque. Même si l’intensité des actions a diminué depuis la manifestation du 2 avril devant l’Assemblée nationale, la mobilisation se poursuit, assure-t-il. Des rencontres hebdomadaires entre représentants régionaux et nationaux ont toujours lieu afin de préparer leurs revendications lors de la prochaine campagne électorale.
« On veut que les demandes du milieu communautaire deviennent un enjeu discuté par tous les partis », insiste le coordonnateur.
Peu d’espoir envers le nouveau gouvernement
L’arrivée de la première ministre Christine Fréchette n’a pas ravivé les attentes du milieu communautaire. Aux yeux des groupes, le remaniement ressemble davantage à une opération d’image qu’à un véritable renouveau politique.
« Un nouveau souffle, on ne le sent pas. Le cabinet est sensiblement le même et, pour le communautaire, il n’y a eu aucun changement […] La CAQ n’est pas intéressée par le communautaire », tranche Benoit Larocque.
Les organismes demandent maintenant à la cheffe du gouvernement d’intervenir directement auprès de sa ministre afin d’obtenir « un changement d’attitude immédiat » et l’ouverture d’un dialogue réel.
« On a l’espoir quand même de pouvoir avoir une discussion. Après, de savoir si cette discussion-là va être satisfaisante pour le mouvement, ça reste à voir », a dit Mme Tétrault-Martel.
Parmi leurs principales revendications figurent une rencontre rapide avec la première ministre, un réinvestissement majeur dans les programmes de soutien, un plan de rattrapage financier pour assurer la pérennité des organismes et la reconnaissance pleine et entière du rôle du communautaire autonome.

MOTS-CLÉS
Saint-Jérôme
Le communautaire à boutte
Chantal Rouleau
Sophie Tétrault-Martel
Benoit Larocque