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Le Cercle des fermières : 75 ans à tisser la mémoire jérômienne

Photo Phoeby Laplante – Une conférence, animée par Linda Rivest, directrice et archiviste de HAL, et Murielle Provencher, présidente des Fermières de Saint-Jérôme, a permis de revenir aux origines du Cercle de Fermières.

Le Cercle des fermières : 75 ans à tisser la mémoire jérômienne

Publié le 07/03/2026

À l’occasion du 75e anniversaire du Cercle des fermières de Saint-Jérôme, une conférence historique a retracé plus d’un siècle d’engagement féminin au Québec, une occasion de mettre en lumière « sa double mission de sauvegarde du patrimoine artisanal et d’amélioration des conditions de vie de la femme et de la famille ».

Le président d’Histoire et Archives Laurentides, Henri Prévost, a souligné l’importance de cet anniversaire : « On souligne cette année l’anniversaire de cette organisation féminine qui, à sa façon, a marqué l’histoire de Saint-Jérôme depuis 75 ans. »

Un mouvement né en 1915

Une conférence, animée par Linda Rivest, directrice et archiviste de HAL, et Murielle Provencher, présidente des Fermières de Saint-Jérôme, a permis de revenir aux origines du mouvement. La fondation des cercles de fermières revient à deux agronomes, Alphonse Désilets et Georges Bouchard, a expliqué la conférencière, précisant que si la création des cercles relève administrativement du ministère de l’Agriculture, l’initiative réelle revient le plus souvent aux groupes de femmes.

Créés en 1915 pour contrer l’exode rural, les cercles connaissent une croissance fulgurante : en 1916, on comptait 6 cercles et 295 membres pour atteindre 877 cercles avec près de 50 000 membres en 1945.

« Les cercles de fermières, ce n’est pas juste une affaire de reprisage de bas… c’est un héritage », a lancé Mme Provencher, rappelant leur rôle dans la transmission des savoir-faire textiles, l’éducation agricole et, plus tard, la prise de position sur des enjeux sociaux. Le mouvement atteint son sommet en 1984 avec environ 870 cercles et 74 000 membres. « C’est presque la population de Saint-Jérôme », a souligné Mme Rivet.

Au fil des décennies, les cercles s’incorporent (1968), se dotent d’un siège social à Longueuil (1988) et obtiennent en 2015 une reconnaissance au registre du patrimoine culturel pour leur savoir-faire textile.

L’histoire mouvementée à Saint-Jérôme

Si l’on célèbre cette année les 75 ans du cercle actuel (fondé officiellement le 16 janvier 1951), l’histoire des Fermières à Saint-Jérôme est un peu plus vieille, alors qu’un premier cercle a été fondé le 7 novembre 1920. Celui-ci comptait alors 400 membres. Très actif, il participait à la vie communautaire, allant jusqu’à confectionner plus de 150 costumes pour la pièce La Passion, présentée en 1925, afin d’aider à résorber la dette de la cathédrale.

Puis, les traces se perdent vers 1927-1928. Il faudra attendre 1950 pour voir renaître le cercle. À la suite d’une lettre publiée dans L’Avenir du Nord, Mlle Marguerite Desjardins et Mme Pauline Fréjot-Cadieux relancent le projet. Malgré certaines réticences initiales à Québec, 65 femmes participent à l’assemblée fondatrice de janvier 1951.

Cette même année, le cercle acquiert une machine à coudre au coût de 211,65 $ — une somme importante pour l’époque. Dès 1953, il possède des métiers à tisser de 36, 60 et 90 pouces. Le ministère de l’Agriculture subventionne alors la moitié de certains achats.

Le financement repose sur les cotisations, mais aussi sur les fameuses « parties de cartes », les tirages lors des réunions et, aujourd’hui, sur l’Expo-vente annuelle, le marché de Noël et diverses subventions municipales et fédérales.

De l’éviction à la renaissance

Au fil des décennies, le cercle a déménagé à de multiples reprises — sous-sols de paroisse, locaux prêtés, espaces exigus — jusqu’à une éviction marquante à la fin des années 2010. « On avait le choix de fermer ou de trouver un local », a-t-on raconté. Grâce à une « belle solidarité » des membres, le cercle a survécu et réintégré en 2019 des locaux rénovés à la cathédrale, où il dispose aujourd’hui de trois salles, 26 métiers à tisser, plusieurs machines à coudre et à broder.

Le Cercle de Fermières de Saint-Jérôme compte actuellement 166 membres, avec une moyenne d’âge de 66 ans. On y retrouve des retraitées, des femmes actives sur le marché du travail et même des étudiantes.

« Préserver le patrimoine artisanal, c’est préserver la mémoire collective… Ce que nous enseignons aujourd’hui à nos membres sera encore vivant demain grâce à la transmission », soulignait Mme Provencher.

Dans la foulée des célébrations, une exposition consacrée à l’histoire du Cercle de Fermières de Saint-Jérôme sera présentée dans le hall des locaux d’Histoire et Archives Laurentides, à la Maison de la culture Claude-Henri-Grignon. Photos, artéfacts et pièces d’art textile y seront mis en valeur. Le vernissage aura lieu le 8 mars, lors de la Journée internationale des droits des femmes.