Il s’agit de la première fois en près de 200 ans d’existence que l’institution offre un tel honneur lors d’une cérémonie d’investiture réunissant collègues, proches et dignitaires autour d’un homme reconnu pour son parcours et son héritage dans la culture policière québécoise.
« Je n’ai jamais vu ça venir », confie Jacques Duchesneau lors d’une entrevue accordée à la suite de l’événement. Visiblement touché, il souligne le caractère unique de cet honneur.
« Cette reconnaissance hautement symbolique souligne le parcours d’un homme qui incarne, depuis toujours, l’engagement, l’intégrité et un leadership profondément humain », a souligné par écrit sur ses réseaux sociaux Caroline Bernard, directrice du Service de police de la Ville de Saint-Jérôme. « Un chef d’exception, dont l’influence dépasse largement les fonctions qu’il a occupées et qui demeure une source d’inspiration pour plusieurs générations de policiers et de policières ».
Un parcours façonné par le terrain
Entré dans la police en 1968, Jacques Duchesneau a construit sa carrière au contact direct de la réalité : criminalité, pauvreté, crises sociales. Rapidement, il se distingue par une approche rigoureuse et humaine du métier, où l’éthique n’est pas un principe abstrait, mais une ligne de conduite quotidienne.
Son passage à la direction du SPVM de 1994 à 1998 s’inscrit dans un contexte particulièrement turbulent, marqué notamment par la guerre des motards criminalisés. Face à une violence organisée sans précédent, il mise sur la coordination, la fermeté et une vision renouvelée du rôle policier.
C’est sous sa gouverne que prend forme l’un des virages les plus marquants de l’approche policière montréalaise : l’implantation de la police de quartier, une approche centrée sur la proximité avec les citoyens, la prévention et la compréhension des réalités locales.

« Oser, risquer, agir »
Trois mots résument la philosophie qui a guidé ses décisions : oser, risquer, agir. Une devise qui s’est traduite par des choix parfois impopulaires, mais toujours assumés dans l’intérêt public.
« Le rôle d’un dirigeant policier ne se limite pas à appliquer la loi. Il faut aussi gérer l’humain, protéger les équipes et maintenir la confiance », rappelle-t-il.
Cette vision du leadership s’est également manifestée lors de crises majeures, comme la crise du verglas de 1998, où la capacité à maintenir la cohésion sociale s’est révélée aussi essentielle que la gestion opérationnelle.
Une vie consacrée au service
Après avoir quitté la police en 1998, Jacques Duchesneau n’a jamais réellement pris sa retraite. De la sécurité nationale après les attentats du 11 septembre à la lutte contre la corruption, en passant par un passage en politique comme député de Saint-Jérôme entre 2012 et 2014, puis comme inspecteur général en 2017 au Bureau de l’intégrité professionnelle et administrative de la Ville de Saint-Jérôme (BIPA), il a poursuivi son engagement sous différentes formes.
« Mon objectif, dès le départ, c’était d’aider les gens », résume-t-il. Une motivation profondément enracinée dans son histoire personnelle, marquée par une enfance dans la précarité.
Interrogé sur l’évolution de la criminalité, notamment chez les jeunes, Duchesneau pose un regard lucide. Il évoque une transformation des repères sociaux et des structures d’encadrement, qui délimitent moins clairement les bons et les mauvais comportements.
Face à cette réalité, il insiste sur l’importance d’une responsabilité collective ainsi que sur le rôle des cadres de référence pour les plus jeunes.
« La police ne peut pas tout faire seule : la société doit aussi jouer son rôle. […] Il faut se souvenir d’où on vient pour savoir où on s’en va ».
Plus qu’une carrière, c’est une trajectoire de vie que vient consacrer le titre de chef émérite. Un parcours marqué par l’engagement, les risques assumés et une volonté constante de servir.

MOTS-CLÉS
SPVSJ
Jacques Duchesneau
SPVM
Saint-Jérôme