Une omission qui soulève colère et incompréhension dans une région où les besoins explosent depuis plusieurs années.
Pour les élus municipaux, les organismes communautaires et plusieurs intervenants du milieu, cette décision envoie un message difficile à accepter : celui d’une région qui continue de gérer seule une crise grandissante.
Pourtant, les chiffres démontrent une réalité préoccupante. Selon le dénombrement de 2022, l’itinérance a bondi de 74 % dans les Laurentides, bien au-delà de la moyenne québécoise estimée à environ 20 %. Le Parti québécois avance même une augmentation de 114 %, en se basant sur ses propres données régionales.
Derrière ces statistiques, il y a des visages. Des personnes qui dorment dans leur voiture, qui passent d’un sofa à l’autre ou qui fréquentent les haltes de répit pour simplement trouver un peu de chaleur, un repas ou une écoute.
Saint-Jérôme sous pression
Le maire Rémi Barbeau affirme avoir accueilli l’annonce gouvernementale « avec une grande déception ». Selon lui, la réalité vécue dans la ville est connue depuis longtemps, mais les ressources demeurent insuffisantes.
Au fil des derniers mois, les campements se sont multipliés et les organismes peinent à suivre la cadence. Les équipes d’intervention doivent répondre à des besoins de plus en plus complexes, souvent liés à la santé mentale, aux dépendances et à la crise du logement.
Dans plusieurs cas, les travailleurs de rue deviennent les premiers points de repère pour des personnes complètement désorganisées ou isolées.
Les besoins sont nombreux : hébergement d’urgence, logements transitoires, accompagnement psychosocial et soutien en santé mentale. Pour le maire, la prévention demeure essentielle afin d’éviter que des situations déjà fragiles dégénèrent davantage.
« Nous souhaiterions être proactifs plutôt qu’en réaction », souligne-t-il.
La Ville confirme avoir récemment discuté avec le ministre responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, dans l’espoir d’obtenir une aide adaptée à la réalité régionale. Pour l’instant, aucune annonce concrète n’a toutefois été faite.
Une itinérance moins visible, mais bien réelle
Dans les Laurentides, l’itinérance ne ressemble pas toujours aux images associées aux grands centres urbains.
Dans plusieurs municipalités, le phénomène demeure discret, parfois caché derrière des situations temporaires qui finissent par s’installer durablement. Des familles vivent dans des motels, des travailleurs dorment chez des proches et des aînés doivent choisir entre payer leur logement ou se nourrir correctement.
À Sainte-Adèle, la mairesse Nadine Brière se dit peu surprise que la région ait été exclue de l’annonce gouvernementale. Elle rappelle que Québec a récemment soutenu la Hutte, qui s’installera à Sainte-Agathe-des-Monts en 2027.
Elle mentionne également le travail réalisé par l’Escale, une halte climatique ouverte depuis novembre dernier grâce au soutien du CISSS des Laurentides et inspiré par la Maison Lyse Beauchamp présente à Mont-Laurier dans les Hautes-Laurentides, où l’itinérance est en progression.
Même si l’itinérance y est moins visible qu’à Saint-Jérôme, plusieurs intervenants observent une hausse des demandes d’aide. La pression immobilière, la rareté des logements et l’augmentation du coût de la vie fragilisent un nombre grandissant de personnes.
À Saint-Sauveur, à Mont-Tremblant et dans d’autres municipalités touristiques, des organismes parlent désormais d’itinérance cachée. Une réalité plus difficile à quantifier, mais tout aussi préoccupante.
Les organismes au bout de leurs capacités
Sur le terrain, plusieurs ressources communautaires fonctionnent déjà à pleine capacité.
Selon plusieurs intervenants du milieu, le manque de financement oblige certaines équipes à concentrer leurs efforts sur les personnes ayant les meilleures chances de réintégrer rapidement un logement ou un emploi.
Les intervenants parlent d’épuisement. Malgré leur volonté d’aider, ils doivent composer avec un manque chronique de places, de personnel et de financement récurrent.
Pour plusieurs personnes en situation d’itinérance, le soutien communautaire devient pourtant la seule stabilité dans un quotidien marqué par l’incertitude.
« Ce sont eux qui tiennent à bout de bras la réinsertion actuellement », affirme Sandrine Michon, candidate du Parti québécois dans les Laurentides.
Le Parti québécois réclame un soutien équitable
Le Parti québécois dénonce ouvertement l’exclusion des Laurentides du récent financement provincial.
Pour Sandrine Michon, candidate du Parti québécois dans les Laurentides, il est incompréhensible qu’une région où l’itinérance augmente aussi rapidement ne bénéficie d’aucune aide supplémentaire.
« Ce n’est pas seulement trois grandes villes du Québec qui ont des besoins, mais vraiment l’ensemble du Québec », soutient-elle.
Le parti propose notamment un plan visant à réduire de moitié l’itinérance d’ici 2030 grâce à des investissements en logement social, en santé mentale, en toxicomanie et en réinsertion sociale.
Pendant ce temps, les ressources communautaires et les municipalités poursuivent leurs démarches afin d’obtenir un soutien supplémentaire pour répondre aux besoins grandissants observés dans la région.

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