Une loi déposée dans un contexte d’émotion vive
Le dépôt du projet de loi à l’Assemblée nationale s’est déroulé dans une atmosphère chargée d’émotion. Des proches de Gabie Renaud, des militantes et des représentantes d’organismes de défense des femmes étaient réunis pour assister à ce moment qualifié d’important par plusieurs intervenantes. Pour la députée Ruba Ghazal, qui a porté cette demande au gouvernement, cette journée marque l’aboutissement d’une mobilisation citoyenne amorcée à la suite du féminicide survenu à Saint-Jérôme en 2025.
Elle a rappelé la marche organisée dans la ville quelques semaines après le drame, un événement qui l’a profondément marquée. « Je ne pouvais pas juste rester assise à réagir à ça. J’avais besoin d’une action, puis j’ai répondu à l’appel de Rachel », a-t-elle affirmé. Selon elle, la mobilisation populaire a joué un rôle déterminant dans l’avancement du dossier et dans la décision du gouvernement de déposer rapidement un projet de loi.
Le féminicide de Gabie Renaud, commis par un multirécidiviste de violence conjugale, avait suscité une onde de choc dans la région. La famille, les proches et de nombreux citoyens avaient alors réclamé des mesures concrètes pour prévenir de nouveaux drames. Le dépôt de la loi représente pour plusieurs une réponse directe à cet appel.
Le témoignage bouleversant de Rachel Renaud
Au cœur de cette journée, le témoignage de Rachel Renaud, sœur de la victime, a rappelé la violence du choc vécu par la famille. Elle a décrit les dernières heures avant l’annonce du décès, un moment qu’elle qualifie de rupture définitive dans sa vie. « À cet instant précis, je me suis effondrée », a-t-elle confié en évoquant l’arrivée des policiers à son domicile.
Elle a parlé de l’impact durable du féminicide sur les proches, notamment sur les enfants de sa sœur. « Derrière ce mot féminicide, il y a une femme, une mère, une sœur, une fille, une amie, une famille entière détruite », a-t-elle rappelé. Refusant que la mort de sa sœur devienne une statistique de plus, elle a choisi de médiatiser l’histoire afin de sensibiliser la population et les décideurs. « La mort de ma sœur ne pouvait pas devenir une simple statistique », a-t-elle expliqué.
Pour elle, la loi déposée représente un outil essentiel pour prévenir d’autres tragédies. « Elle représente une possibilité de prévenir, une possibilité de protéger, une possibilité de sauver des vies », a-t-elle déclaré. Elle a également lancé un appel aux partis politiques pour que le projet soit adopté avant la fin de la session parlementaire, estimant que « la sécurité des femmes ne devrait jamais être un enjeu politique ».

Une avancée saluée par les groupes de défense
Plusieurs organisations présentes ont souligné l’importance de cette nouvelle mesure législative. Pour Nancy Boucher, militante engagée dans la lutte contre la violence conjugale, le dépôt du projet de loi marque un tournant. « La loi Gabie Renaud est une avancée majeure pour mieux protéger les victimes de violences conjugales », a-t-elle affirmé.
Elle a insisté sur la portée symbolique de cette démarche, qui vise à transformer un drame en outil de prévention. « Elle devient protection. Elle devient action. Elle devient un héritage qui pourra sauver des vies », a-t-elle ajouté. Selon elle, la loi envoie un message clair : la violence conjugale est inacceptable et l’État choisit désormais d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
Des représentantes syndicales ont également pris la parole pour rappeler que l’accès à l’information sur les antécédents violents d’un partenaire peut permettre à des femmes d’évaluer leur niveau de danger et de prendre des décisions éclairées. Elles ont souligné que cette mesure s’inscrit dans une vision plus large de prévention, qui doit inclure les milieux de travail, les ressources d’aide et les maisons d’hébergement.
Des besoins toujours criants en matière d’hébergement
Si la loi est saluée comme un pas important, plusieurs intervenantes ont rappelé que les besoins demeurent immenses en matière de ressources pour les victimes. Ruba Ghazal a souligné les limites actuelles du réseau d’hébergement. « Quand une femme appelle, 50 % d’entre elles se font dire qu’il n’y a pas de place », a-t-elle indiqué, évoquant des situations encore plus critiques dans certaines régions.
Elle a insisté sur la nécessité d’un financement accru et d’un meilleur soutien aux intervenantes, estimant que les mesures annoncées récemment par le gouvernement ne suffisent pas à répondre à la demande. Selon elle, la lutte contre les féminicides doit s’appuyer sur un ensemble d’actions coordonnées, incluant la prévention, l’éducation et l’accès à des services spécialisés.
Un appel à l’unité politique pour adopter la loi rapidement
En conclusion de la conférence, Rachel Renaud a invité les élus à travailler ensemble pour assurer l’adoption rapide du projet de loi. « La sécurité des femmes ne devrait jamais être un enjeu politique », a-t-elle rappelé. Elle a insisté sur l’importance de poursuivre les efforts de prévention, notamment auprès des jeunes, afin de contrer les discours masculinistes et les comportements violents.
Elle a également précisé que, même si la famille souhaite que la loi porte officiellement le nom de sa sœur, cette appellation ne peut être confirmée tant que la procédure judiciaire entourant le meurtre n’est pas terminée. « Je respecte le processus judiciaire actuellement en cours », a-t-elle indiqué.
Pour la famille de Gabie Renaud, cette loi représente un héritage, mais aussi un engagement à ne pas détourner le regard. « Aujourd’hui, je refuse qu’on l’oublie », a affirmé Rachel Renaud. Le dépôt du projet de loi marque une étape importante, mais plusieurs intervenantes ont rappelé que la lutte contre la violence conjugale exige des actions continues, structurées et ambitieuses.
Photo [Credit] – Des proches de Gabie Renaud et des militantes ont assisté au dépôt du projet de loi à l’Assemblée nationale, un moment marqué par l’émotion et des appels à renforcer la prévention de la violence conjugale.

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