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Saint-Jérôme: L’itinérance au centre des préoccupations

Photo : Marie Pier Lafleur –

Stéphane Parent, porte-parole de Lignes de Front Laurentides, lors de son passage à la première séance de la nouvelle administration de la ville de Saint-Jérôme.

Saint-Jérôme: L’itinérance au centre des préoccupations

Publié le 25/11/2025

Le premier conseil de la nouvelle administration a fait salle comble le 18 novembre et a offert une tribune aux citoyens venus partager leurs inquiétudes.

La salle du conseil municipal de Saint-Jérôme affichait complet pour la première séance de la nouvelle administration, Mouvement Jérômien — Équipe Rémi Barbeau. Familles, amis et curieux s’étaient déplacés pour assister à ce moment inaugural.

Au-delà des félicitations adressées au nouveau conseil, la période de questions a révélé une préoccupation majeure : l’itinérance. Six intervenants ont pris la parole pour aborder ce sujet sensible.

L’appel pressant de Lignes de Front

L’intervention de Stéphane Parent, porte-parole de Lignes de Front Laurentides, a donné le ton. L’organisme, actif depuis trois ans, multiplie les distributions alimentaires à l’église Sainte-Paule, les paniers de Noël et les épiceries d’urgence. M. Parent a rappelé qu’il y a environ 150 personnes en situation d’itinérance à Saint-Jérôme, alors que la Hutte ne dispose que d’une soixantaine de places, dénonçant des ressources insuffisantes. Il a interpellé directement le maire : allait-il suivre l’exemple de Montréal et Longueuil en cessant de démanteler les campements, ou poursuivre la politique de son prédécesseur et accuser les groupes citoyens qui donnent de la nourriture de nourrir l’itinérance ?

Le maire Rémi Barbeau a répondu en insistant sur la volonté de son administration de « lutter contre la pauvreté » plutôt que contre les personnes en situation d’itinérance. Il a évoqué des rencontres prévues avec divers intervenants et la mise en place d’une « cellule choc sur l’habitation » pour développer des initiatives de logement abordable. Concernant les campements, il a rappelé que le dossier juridique en cours pourrait faire jurisprudence à l’échelle canadienne, l’empêchant de commenter davantage.

M. Parent a insisté sur la réalité vécue par ceux qui ne cadrent pas dans les structures existantes, notamment les personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de toxicomanie. Il a demandé un soutien accru pour les organismes « qui en ont plein les bras et qui sont à bout de souffle », comme Lignes de Front Laurentides et les Gardiens de la rue, qui peinent à trouver des locaux. Le maire a reconnu la nécessité de soutenir ces groupes, évoquant des partenariats et un meilleur accompagnement administratif, tout en invitant la population à privilégier les ressourceries locales pour renforcer le financement communautaire. M. Parent a conclu en invitant le maire à venir constater la situation sur le terrain.

Patrice Joannette, représentant de la fraternité Veterani Patriae, a ouvert la discussion en rappelant les actions de son organisme. « Notre mission, c’est de sortir les gens de l’isolement et de faire participer les citoyens à aider leur communauté », a-t-il déclaré, évoquant les distributions de nourriture et de vêtements organisées au parc Labelle.

Mélanie Poirier, vice-présidente des Gardiens de la rue, a quant à elle exprimé son inquiétude face aux campements délogés et aux pertes subies par les personnes en situation d’itinérance. « Les objets qui s’y trouvent, c’est ce qui leur appartient, c’est leur vie qui est là », a-t-elle rappelé.

Elle a aussi annoncé une journée porte ouverte de son organisme, le 29 novembre, de 11 h à 15 h, à l’église Ecclésia, rue Saint-Georges. L’événement vise à sensibiliser la population et à mobiliser de nouveaux bénévoles autour de la cause.

Une administration qui promet d’agir

Le maire a reconnu la gravité de la situation et assure que « personne ne devrait vivre à la rue ». Il a promis de vérifier les pratiques dénoncées et de travailler rapidement sur des offres de logements abordables et supervisés. « Merci de ce que vous faites, merci de votre travail, de tout le monde qui fait quelque chose pour les personnes itinérantes. Merci sincèrement. C’est ensemble qu’on trouve des solutions », a-t-il ajouté.

Serge Leblanc, bénévole pour Lignes de Front Laurentides, a interpellé le maire sur la tolérance hivernale. « Est-ce que la Ville va augmenter une tolérance pour les gens qui vont dormir dehors ou ça va être comme les hivers précédents, une intolérance totale ? » a-t-il demandé. Le maire a reconnu la sensibilité du dossier et assuré qu’une flexibilité existait déjà au niveau du service de police lors de grands froids, tout en promettant une réponse plus complète au prochain conseil.

Allyson Reid, bénévole au Book Humanitaire et aux Gardiens de la rue, a complété en racontant ses distributions de nourriture et de vêtements. « L’an passé, j’ai fait la distribution avec le Book et on allait les rejoindre à plusieurs endroits, cachés, puis chaque fois on était obligé de les chercher parce qu’ils sont toujours délogés […] Ils ont peur de l’autorité. Ils ont peur des policiers, des pompiers, de se faire déloger. Alors ils se cachent. »

Ce premier conseil de ville aura donc été marqué par une forte mobilisation autour de l’itinérance. Les interventions ont mis en lumière la fragilité des ressources existantes et la détermination des organismes communautaires. Pour la nouvelle administration, le défi est clair : transformer les promesses de concertation en actions concrètes.