Après s’être déroulé à Shawinigan les années précédentes, pour une première fois, l’événement se tenait dans les Laurentides, une décision qui n’est pas anodine selon Pier-Luc Laurin, directeur général de l’Institut du véhicule innovant (IVI), organisateur du sommet.
« Les Laurentides ont été très actives dans les dernières années, mais rarement mentionnées lorsqu’on parle de la filière batterie, souligne-t-il. Saint-Jérôme possède pourtant un rôle historique dans l’électrification et il nous semblait naturel d’accueillir l’événement ici ».
Le sommet a permis d’aborder autant les défis économiques que les enjeux environnementaux liés au développement rapide de la filière batterie.

Des batteries recyclées trop tôt
Le format du Sommet s’axe principalement sur une série de conférences, dans lesquelles, des entrepreneurs et chercheurs issus du transport, de l’aéronautique et de milieux divers pouvaient discuter des enjeux en lien avec la transition énergétique. Parmi ces conférences, on aborde les enjeux actuels des développements technologiques autour du recyclage des batteries et d’innovation, de véhicules indépendants et de la performance énergétique autour des voitures électriques.
Par exemple, lors de la conférence 2e vie, 3 vie, Recyclage : Où investir et comment passer à l’échelle maintenant?, l’un des constats en ce qui concerne les défis du recyclage des batteries est que de nombreuses batteries sont aujourd’hui envoyées au recyclage alors qu’elles pourraient être réparées ou réutilisées.
« Le principal problème demeure le diagnostic. On recycle souvent des batteries sans savoir réellement si elles ont atteint leur fin de vie », a expliqué Arthur Fink, scientifique et directeur à Voltrinov.
Les assureurs figurent parmi les acteurs pointés du doigt. Selon les conférenciers, il n’est pas rare qu’un véhicule électrique soit déclaré perte totale après un accident mineur, entraînant du même coup le retrait prématuré de sa batterie.
« Si le toit d’une maison est endommagé, on ne détruit pas toute la maison. Pourtant, c’est parfois ce qui arrive avec certaines batteries de véhicules électriques », a illustré Guillaume André, co-fondateur et directeur des opérations chez Ingenext.
Pour les spécialistes, la priorité doit être donnée à la réparation et au reconditionnement avant le recyclage.
« Le recyclage doit demeurer la dernière étape, a insisté M. André. Il faut développer davantage d’expertise et d’infrastructures de réparation au Québec ».

Miser sur l’éco-conception
Toutefois, la conception même des batteries constitue également un obstacle majeur à leur réutilisation, où l’on doit remplacer certaines composantes plutôt que le changement complet des systèmes.
« Une conception pensée pour le démontage facilite énormément la réparation et améliore aussi l’efficacité du recyclage », a souligné la chercheuse Nancy Déziel.
La normalisation des formats et des protocoles pourrait également contribuer à simplifier le travail des recycleurs et des réparateurs, bien que plusieurs participants aient mis en garde contre une standardisation excessive qui risquerait de freiner l’innovation.
Transformer les déchets en richesse
Parallèlement, Geneviève Mathieu, présidente-directrice générale de CRIBIQ, a profité du sommet pour présenter les 5 projets sortants d’un appel à projets soutenu par le gouvernement du Québec grâce à une enveloppe de 4,1 millions de dollars, visant à transformer les sous-produits de l’industrie des batteries en matériaux à valeur ajoutée.
« Notre objectif est de réduire les déchets tout en créant de nouvelles occasions d’affaires grâce à l’économie circulaire », explique-t-elle.
Les cinq projets innovants concernent les entreprises Sycle, Tessart, Nouveau monde graphite, Pulrtechnologie et Aepnus, qui portent sur la valorisation du sulfate de sodium, des résidus minéraux et des sous-produits issus de la purification du graphite.
« Nous voulons démontrer qu’il est possible de transformer des passifs environnementaux en actifs économiques, affirme Mme Mathieu. Notre rôle est de faire le pont entre la recherche scientifique et l’industrie afin que les innovations puissent être commercialisées et générer des retombées concrètes pour le Québec ».
Au terme des deux journées de discussions, un constat s’est imposé : la filière batterie québécoise dispose des compétences nécessaires pour devenir un chef de file de l’économie circulaire, mais plusieurs maillons de la chaîne demeurent à consolider.

MOTS-CLÉS
Saint-Jérôme
Théâtre Gilles-Vigneault
Sommet Énergie & Transport