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Une entreprise jérômienne se démarque à l’international

Photo Mer et Monde – La délégation générale du Québec de Mer et Monde, en compagnie de Martin Lambert, président d’ÉcoSolaris, à Dakar.

Une entreprise jérômienne se démarque à l’international

Publié le 21/02/2026

Dans le cadre du projet ESSOR, financé par le Programme de coopération climatique internationale (PCCI) du gouvernement du Québec, c’est au-delà des frontières qu’ÉcoSolaris a déployé des systèmes d’énergie solaire, au Sénégal, permettant à des groupements de femmes d’améliorer durablement leurs conditions économiques et sociales.

Ce n’est pas la première fois que l’entreprise jérômienne ÉcoSolaris démontre que l’expertise québécoise en énergie renouvelable peut avoir un impact concret sur la vie des gens. Fondée dans les Laurentides par Martin Lambert, président d’ÉcoSolaris, l’entreprise est née d’un parcours atypique. Une entreprise en énergie solaire est moins productive dans un climat où il y a moins d’ensoleillement solaire, c’est une contradiction qui a poussé M. Lambert à regarder vers l’international pour développer ses projets. « C’était naturel pour moi, vu que j’avais travaillé à l’étranger, de me tourner vers l’international pour développer des projets. » Ces premières expériences hors Canada le mèneront toutefois à une réorientation stratégique : développer des projets d’énergie renouvelable capables de générer un réel impact social.

Un projet structurant pour des coopératives de femmes

Au Sénégal, ÉcoSolaris a travaillé en partenariat avec l’ONG Mer et Monde, dans la région de Thiès, auprès de trois groupements de femmes œuvrant en transformation alimentaire. L’entreprise a fait un appel à projets auprès du gouvernement du Québec, ce qui l’a amenée à pouvoir financer les projets.

Les résultats sont significatifs : grâce à l’installation de systèmes solaires autonomes, les coopératives ont réduit leurs coûts énergétiques jusqu’à 90 %, tout en sécurisant leur approvisionnement en électricité. « Même 90 %, pour eux, c’est pratiquement 100 %, souligne le président d’ÉcoSolaris. Ça leur permet d’avoir confiance en l’énergie, en laquelle ils ont besoin de croire. »

Avant le projet, les interruptions fréquentes d’électricité paralysaient les activités de transformation. Le projet, selon M. Lambert, est un moyen d’avoir « de l’électricité 100 % du temps, avec des batteries, sans dépendre du réseau ». Les installations solaires ont aussi favorisé l’émergence de nouveaux espaces économiques. « Ils ont créé un marché public les fins de semaine. C’est l’effervescence, c’est la fête, il y a du commerce qui se fait », décrit-il. « On a fourni de l’électricité, mais surtout, on a [répondu] à un besoin vital. »

Selon M. Lambert, l’énergie agit comme un catalyseur de transformation sociale. « L’énergie vient nourrir tous les autres changements qu’on essaie de faire », explique-t-il. « Les femmes reviennent à la maison avec de l’argent, la famille embarque, les enfants aussi. »

Photo Mer et Monde – Écosolaris, en partenariat avec Mer et Monde, permet d’aider l’accès à l’énergie solaire, favorisant les récoltes alimentaires.

Les effets sur le terrain

Chargée de projet chez Mer et Monde Sénégal, Alimatou Camara incarne une nouvelle génération de professionnelles engagées pour l’égalité des genres, l’autonomisation économique et la résilience climatique. Formée en sociologie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, puis spécialisée en relations internationales et diplomatie, elle travaille depuis plusieurs années au cœur des communautés rurales sénégalaises.

Sur le terrain, les effets sont pourtant rapides et tangibles. « Aujourd’hui, ils ne paient plus l’électricité, ils ont recruté de nouveaux jeunes et même un comptable », raconte Mme Camara. Dans l’un des centres, l’accès à l’énergie a permis l’aménagement d’une salle informatique où les élèves du quartier peuvent étudier gratuitement grâce à Internet. « On a dépassé la cible initiale du projet. Les retombées touchent toute la communauté », souligne-t-elle.

De plus, grâce à l’accès à Internet permis par l’électrification solaire, ÉcoSolaris assure également un suivi technique à distance des installations. « Je suis capable de superviser leur système à distance parce qu’ils ont de l’énergie, ils ont accès à Internet », explique M. Lambert. « Parfois, je leur dis : “Nettoyez les panneaux, puis demain on s’en reparle” ». Trente techniciennes et techniciens locaux ont aussi été formés dans le cadre du projet, renforçant l’autonomie des communautés et la durabilité des installations.

Au-delà de l’énergie, ces projets contribuent aussi à freiner l’exode rural. « Avant, les jeunes partaient à Dakar parce qu’il n’y avait pas de revenus ici. Maintenant, ils peuvent travailler, être rémunérés et rester dans leur localité », explique la chargée de projet.

Pour l’avenir, Alimatou Camara mise sur la pérennité et l’autonomie locale.

« Ce qui va donner de la valeur au projet, c’est sa durabilité, affirme-t-elle. L’idée, c’est que la communauté soit capable de maintenir et même de reproduire le modèle ailleurs ».

Finaliste en 2023 pour les prix MercadOr Québec, gala provincial dans le secteur de l’exportation, ÉcoSolaris poursuit aujourd’hui des projets similaires ailleurs dans le monde, notamment en République démocratique du Congo, où l’entreprise a contribué à l’électrification d’hôpitaux. De plus, des contributions ont été faites au Canada, à la Baie-James, dans une réserve autochtone où des écoles ont pu être la terre d’expérimentation d’un projet sur la climatisation solaire.