Cette tournée, organisée par la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ) et le Syndicat du personnel de soutien en éducation de la Rivière-du-Nord (SPSERN-CSQ), porte sur la violence en milieu scolaire et les congés liés à la CNESST. Pour le président de la FPSS-CSQ, Éric Pronovost, le constat est sans équivoque : la situation se détériore.
« C’est le début d’une tournée en lien avec la violence et tous les congés de CNESST parce qu’il y en a de plus en plus », a-t-il expliqué.
Le point de presse survient au lendemain de l’élection d’un nouveau gouvernement, alors que certains discours évoquent une réduction du nombre d’employés de l’État. Une idée que les syndicats jugent irréaliste.
Selon M. Pronovost, les compressions cumulées des dernières années ont lourdement frappé l’éducation. « Quand on additionne les libéraux et les caquistes, c’est 4,4 milliards de coupés… Il n’y a jamais eu un ministère qui en a eu autant. »

M. Éric Pronovost et Mme Stéphanie Tremblay demandent des actions concrètes pour freiner la hausse de la violence et soutenir le personnel du CSSRDN de la Rivière-du-Nord.
Une hausse marquée des cas de violence dans les écoles
La présidente du SPSERN-CSQ, Stéphanie Tremblay, fait état d’une augmentation des incidents violents au CSSRDN.
« En 2018, on avait environ 558 cas de violence. Ça a augmenté de 140 % en septembre. » Les écoles débordent, les nouvelles constructions se remplissent avant même leur ouverture, et la densité des élèves complexifie la gestion quotidienne. « Plus il y a de monde dans l’école, plus on vit des comportements… c’est difficile. »
Entre 2021 et 2026, le CSSRDN est passé de 24 528 à 28 137 élèves. Le nombre d’élèves HDAA (élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) est passé de 5 040 à 7 372.
Cette pression se traduit par des départs. « On perd des membres… des employés de longue date qui ont subi longtemps de la violence. Là, c’est fini. Les gens ne peuvent plus en donner. »
Des employés épuisés, blessés et trop souvent laissés seuls
Les syndicats dénoncent la normalisation de la violence envers le personnel de soutien. « Arrêter aussi de la normaliser… c’est pas normal. » Les TES, éducatrices, préposés et autres intervenants sont exposés quotidiennement à des gestes agressifs.
Pour illustrer la situation, M. Pronovost a posé une question : « Qui accepterait de se faire tirer une chaise, se faire mordre, se faire cracher dessus? » Selon lui, aucun autre secteur ne tolérerait de telles conditions.
Les conséquences sont lourdes : épuisement, congés prolongés, départs vers d’autres milieux. « Les gens sont tannés. Ce qu’ils font, c’est qu’ils s’en vont travailler ailleurs. »
Le manque de personnel formé accentue ces difficultés. Mme Tremblay décrit des situations où du personnel de remplacement est envoyé dans des classes sans préparation.
Certaines classes sont confiées à des enseignants non habilités à gérer des élèves en difficulté. « Il n’y a pas de suivi… c’est système D. » Plusieurs jeunes finissent par quitter le milieu scolaire pour se tourner vers le réseau de la santé. « Quand ils arrivent avec cette réalité-là, ça fait peur. »
La prévention au cœur des demandes syndicales
Pour les syndicats, la clé se trouve dans la prévention. « On n’a plus le temps; on est toujours à éteindre des feux », déplore M. Pronovost. Ils réclament des interventions en amont, pendant et après les incidents.
Il cite le rôle essentiel des techniciennes en travail social, qui pourraient agir comme pont entre l’école, les familles, la communauté et les services publics. « L’école, ce n’est pas la piste d’atterrissage à la violence. »
Selon lui, une TTS pourrait intervenir dans des milieux familiaux fragiles avant que les tensions ne se transportent à l’école. « On va pouvoir voir venir la situation, développer la stratégie et donner un suivi après. »
Le CSSRDN anticipe une pénurie dans deux classes d’emploi essentielles : les secrétaires d’école et les concierges. Les secrétaires, en particulier, portent une charge de travail importante, selon les représentants syndicaux.
Les syndicats interpellent le nouveau gouvernement
Interrogés sur leurs attentes envers les nouveaux députés, les syndicats ont été clairs : ils réclament un virage politique. « Les Québécois ont parlé… nous autres aussi, on a besoin de changement. »
M. Pronovost appelle à un « courage politique » pour poser des gestes concrets et assurer un environnement sain et sécuritaire pour les élèves et le personnel. Il réclame aussi la tenue d’états généraux en éducation. « Il faut ramener des gens au travail. »
Les syndicats demandent un réinvestissement massif, des équipes complètes, de la prévention structurée et une reconnaissance du personnel de soutien. « Cessons de voir l’éducation comme une règle budgétaire… voyons plutôt des besoins humains. »
Selon eux, chaque geste de violence évité est « une victoire au quotidien ».

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