Organisée par le CALACS L’Ancrage dans le cadre de la 45e Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes, la mobilisation s’est déroulée sous le thème « Sans entrave(s) ».
Escorté par la police municipale, le cortège a voulu mettre en lumière des entraves sociales, institutionnelles et judiciaires qui, selon les organisateurs, peuvent s’ajouter aux conséquences d’une agression et rendre les démarches particulièrement difficiles pour les survivantes.
« Les violences ne s’arrêtent pas après l’agression »
Le message porté lors de la marche dépassait donc la seule dénonciation des agressions sexuelles. « Les violences ne s’arrêtent pas après l’agression », rappelait le discours prononcé avant le départ.
Selon la campagne « Sans entrave(s) », les démarches à entreprendre, les préjugés, les délais ou encore le manque de ressources « compliquent un parcours déjà difficile ». Le « s » entre parenthèses traduit cette volonté de rendre visibles les différentes barrières pouvant se dresser sur le chemin des survivantes.
Pour Nathalie Esain, coordonnatrice générale du CALACS L’Ancrage, cette mobilisation s’inscrit directement dans l’histoire des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel.
« Aujourd’hui, c’est la 45e journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes. C’est un mouvement qui est porté par les CALACS », souligne-t-elle.
Le parcours judiciaire, une autre épreuve
Parmi les entraves dénoncées lors de la marche figurent également celles qui peuvent survenir lorsqu’une survivante entreprend des démarches auprès des institutions ou du système judiciaire.
Nathalie Esain évoque notamment le poids de devoir répéter son récit. « Rien que de devoir dire et redire exactement la même chose […] ça peut se retourner contre elle », explique-t-elle.
Elle ajoute : « Il existe encore des avocats de la défense qui essayent de décrédibiliser la victime. »
Le CALACS L’Ancrage décrit ainsi la revictimisation comme un enjeu pouvant s’ajouter au traumatisme initial : « La revictimisation, c’est une violence en soi. Parce que lorsqu’une victime trouve la force de dénoncer ou de demander de l’aide, les obstacles, les préjugés et les défaillances du système peuvent raviver son traumatisme. »
Lorsqu’une femme accompagnée par le CALACS est engagée dans une démarche judiciaire, l’organisme peut également l’aider à se préparer aux différentes étapes.
« Quand, dans le cadre de leur reprise de pouvoir, il y a une implication avec le système judiciaire, on les aide à mettre en pratique ce qu’elles ont appris pour qu’elles puissent affronter la revictimisation éventuelle qu’elles peuvent subir, que ce soit lors de la déposition ou lors du procès », explique Nathalie Esain.
Elle reconnaît que des efforts de formation sont réalisés auprès des corps policiers et dans le système judiciaire, mais que certaines situations peuvent demeurer difficiles à vivre pour les survivantes.
« Ça peut être hyper déstabilisant », dit-elle.
Briser le silence et reprendre du pouvoir
Le CALACS L’Ancrage accompagne les femmes et les adolescentes de plus de 12 ans ayant vécu des violences sexuelles.
L’organisme offre notamment de l’accompagnement individuel et des groupes de cheminement. « On a des groupes de cheminement pour que les femmes puissent briser le silence, se reconnaître entre elles, travailler sur différents thèmes qui leur permettent de reprendre leur pouvoir », explique Nathalie Esain.
La prévention occupe également une place importante, notamment dans les écoles secondaires. Les ateliers abordent le consentement, les limites et les réalités liées aux violences sexuelles dans l’univers numérique.
« Les garçons et les filles ne savent pas forcément ce qu’est une agression à caractère sexuel », affirme-t-elle.
Le CALACS offre par ailleurs de la formation à des intervenants du réseau de la santé et du milieu communautaire. L’objectif est notamment « qu’ils sachent quelles sont les bonnes pratiques pour accueillir un dévoilement ».
Les violences prennent plusieurs formes
Pour Nathalie Esain, les violences sexuelles peuvent s’inscrire dans différentes formes de violence. « Il va y avoir la violence physique, la violence psychologique et la violence sexuelle, ça peut prendre ces trois formes-là », explique-t-elle.
Chez les jeunes, elle cite notamment la diffusion non consentie d’images intimes. « Une jeune fille qui n’ose pas refuser à un garçon de faire un “nude” […] Si le garçon diffuse la photo ailleurs, c’est une agression à caractère sexuel. »
Elle souligne les conséquences que peuvent entraîner de telles situations. « Une fois qu’une jeune fille est affichée et montrée nue […] c’est des dommages très difficiles », dit-elle.
Des signes d’évolution
Malgré les obstacles soulevés par la campagne, Nathalie Esain observe certains changements dans le parcours des femmes qui consultent le CALACS.
« On a des personnes qui viennent pour des faits de plus en plus récents », constate-t-elle.
Elle associe notamment cette évolution au travail de prévention et à une plus grande ouverture à la parole entourant les violences sexuelles. Pour le CALACS, la possibilité de demander de l’aide plus rapidement constitue un élément important dans le parcours de reprise de pouvoir.
« Parce que les violences sexuelles sont systémiques, les réponses doivent l’être aussi », a-t-on rappelé.

MOTS-CLÉS
CALACS L’Ancrage
Violences sexuelles
Saint-Jérôme
Nathalie Esain