Ayant obtenu copie avant le lancement, voici quelques commentaires sur cet ouvrage qui offre une perspective unique sur les combats politiques, passés et à venir relatifs aux gens du bel âge.
« Il n’y a pas de plus grande souffrance que de porter en soi une histoire non racontée. » Cette citation de Maya Angelou, qu’on retrouve à la page 206 du livre Au nom des aînés, est probablement la plus révélatrice quant aux raisons qui expliquent la publication — ou la nécessité — de cet ouvrage dans lequel l’ancienne ministre caquiste et libérale revient sur un parcours politique de 12 ans, entièrement dédié aux aînés et aux proches aidants.
Dans ce livre, Marguerite Blais partage ses pages avec son ancien collègue et ami Guillaume Nadon, dans une rédaction qui se rapproche parfois de l’entrevue écrite. Le tout est fait habilement et n’encombre pas la lecture. Il en émane une aura de main tendue entre générations, M. Nadon étant de plusieurs décennies le cadet de Mme Blais. Il semble parfois servir de moteur à la rédaction. Les échanges entre les deux révèlent une belle complicité, et les interventions de Guillaume viennent donner un second souffle ou permettre d’approfondir une perspective, grâce à des anecdotes que les deux partagent.
Les nostalgiques seront heureux de retrouver, dès les premières pages, des protagonistes bien connus, tels que Jean Charest, Philippe Couillard et François Legault. Même Robert Bourassa, qui — certains l’apprendront — fut le premier à solliciter la défenderesse des aînés pour qu’elle « fasse le saut » en politique, dans les années 1980.
Pas de règlement de comptes
Ceux qui se rappellent les derniers pas douloureux de Marguerite Blais en politique et qui souhaitent la voir régler ses comptes ne seront pas exaucés par Au nom des aînés. Le livre offre plutôt une incursion privilégiée dans l’appareil démocratique québécois, avec sensibilité et sans exagération. Il faut d’ailleurs attendre le dernier tiers pour plonger dans l’épisode le plus dur de la carrière de Marguerite Blais : la pandémie de Covid-19.
Elle nous fait revivre, de sa perspective, le tsunami que furent les premières semaines de la crise sanitaire, montrant au lecteur les chemins décisionnels et les limites de son influence, malgré son rôle de ministre.
Les passages sur ses relations avec ses gardes du corps, ses collègues et les journalistes montrent la grande humanité de la politicienne, et sa compréhension aiguë de « la game ».
Ce qui frappe dans le livre, c’est la proximité chronologique du sujet. La majorité des faits relatés se sont déroulés dans la dernière décennie, et parfois même dans les derniers mois, voire les dernières semaines. Malgré tout, on ne sent aucune urgence dans la rédaction — plutôt un besoin de nommer pour mieux comprendre, à travers une simple conversation entre amis.
Le livre se lit bien, même s’il évoque certaines périodes douloureuses. Cette visite dans les pensées de Marguerite Blais laisse toutefois le lecteur avec ses propres questionnements, notamment sur la réelle expression du pouvoir politique, sur le besoin d’imputabilité et sur le droit de se montrer fragile, même quand on porte sur soi la défense des éléments les plus vulnérables de la société.

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