Elle devrait pourtant ajouter le terme « authentique », car c’est sans fausse pudeur que s’est livrée la grande artiste devant un public conquis lors d’un entretien de près d’une heure avec Michèle Sirois au Salon des aînés de Saint-Jérôme, le 12 septembre dernier.
Il y avait foule pour assister à ce grand rendez-vous tenu dans l’après-midi lors de l’événement annuel. Dehors, des gens attendaient depuis au moins une bonne heure pour mettre la main sur un billet leur permettant de prendre siège dans la salle et d’écouter la chanteuse la plus populaire du Québec de tous les temps – pardon Céline.
D’ailleurs, les organisateurs avaient pris soin d’inclure à l’entretien quelques extraits musicaux du répertoire de l’artiste, au grand plaisir des spectateurs.
Tête-à-tête avec Suzanne
Mais avant de se laisser raconter, une courte visite fort appréciée de Suzanne Clément s’est glissée au programme. Bien aimée des téléspectateurs, celle-ci a profité de son passage pour raconter à Marina Bastarache sa récente aventure cinématographique avec Anaïs Barbeau-Lavalette, qui lui a confié le rôle principal de Pauline Julien dans son tout récent film « Pauline Julien : femme pays », lequel prendra l’affiche sur grand écran le 25 septembre, un peu partout au Québec.
Comment s’est-elle glissée dans la peau de cette artiste iconique dans le paysage identitaire québécois? « Peut-être qu’il faut trouver sa flamboyance intérieure », explique la comédienne, en avouant avoir été fort impressionnée par tout ce qu’elle a découvert sur l’artiste, sur la femme.
La comédienne a perçu en Pauline une femme éprouvant un « phénoménal » amour pour son Gérald, « mais elle n’a jamais laissé ça prendre la place de son centre, qui était : “de quoi je veux parler, qu’est-ce que je veux chanter, avec qui je veux m’associer, c’est quoi le sens de ce que je dis”. Et ça, moi je vais m’en rappeler », a confié Suzanne Clément.
Le tournage a aussi offert à la comédienne une occasion de pousser la chanson, elle qui ne se reconnaît pas comme chanteuse. Or, c’est sa propre voix que l’on entendra tout au long du film et même dans la bande-annonce, qui donne le goût de découvrir ce biopic, qui s’annonce fort prometteur.

Ginette, enfin
L’arrivée de Ginette sur la petite scène s’est déroulée sous un tonnerre d’applaudissements. Ce n’était pourtant pas la première invitée de prestige qui y passait, mais Ginette, c’est Ginette. L’unique Ginette Reno, qui a foulé plus d’une scène hors Québec en 67 ans de carrière. Pensez donc, elle a enregistré 42 albums et en a vendu plus de deux millions!
Assister à un entretien avec Ginette Reno, c’est comme écouter une amie parler. Elle se raconte avec franchise et émotion, avec autant de profondeur que de légèreté.
Certains ont peut-être été surpris d’apprendre que dame Ginette est une grande lectrice : sa bibliothèque personnelle – sans doute plus qu’une – contient 6 000 bouquins. Elle a lu toute sa vie et dit aimer continuer d’apprendre régulièrement. « Plus on vieillit, plus le moment présent devient précieux », confie-t-elle.
Sur sa longue carrière, qu’elle a amorcée à l’âge de 13 ans alors qu’elle se produisait déjà dans les cabarets, elle retient évidemment le succès de grands titres écrits par une foule d’auteurs, notamment Diane Juster, qui lui a offert « Je ne suis qu’une chanson », et Charles Aznavour pour « L’Essentiel ». Entre autres.
Prestation historique
Il y a aussi eu de grands moments dans sa carrière : celui de sa prestation historique de la chanson de Jean-Pierre Ferland « Un peu plus haut, un peu plus loin » au spectacle de la Saint-Jean de 1975, sur le Mont-Royal. Son interprétation a été si spectaculaire et remarquée par l’ensemble des médias qu’elle est allée jusqu’à refuser une somme de 750 000 $ pour revivre l’expérience l’année suivante, jugeant d’instinct qu’une prestation unique s’inscrirait dans les annales avec le temps.
« Le lendemain matin (de sa prestation du 24 juin) dans La Presse, il y avait d’un côté Lise Payette et de l’autre, Ginette Reno. C’est le plus beau cadeau que j’ai eu, de reconnaissance, que j’ai vécu », avoue-t-elle, encore émue.
Cette intuition qu’elle associe à l’instinct lui a souvent réussi, selon elle. Du moins, professionnellement. De son propre aveu, elle explique avoir développé un côté plus masculin et pourvoyeur dans sa vie affective. Son côté femme, c’est sur scène qu’elle le vit, se livrant entièrement et avec émotion.
Et la solitude
De ses blessures, elle retient ce sentiment de solitude qu’elle éprouvait même à l’intérieur de relations, ce qui l’a poussée à chercher un auteur pour une chanson qu’elle souhaitait nommer « Être seule ». Quelle ne fut pas sa surprise, un jour qu’elle séjournait à Paris, de recevoir un appel téléphonique du réputé Francis Lai, qui lui proposait une chanson avec ce titre. Un grand moment pour elle.
Le plus grand sentiment de solitude, c’est ce que l’on ressent lorsqu’on voit dans le regard de celui avec lequel on vit qu’il ne nous aime plus, glisse-t-elle sur le sujet.
Et pour revenir à notre Jean-Pierre Ferland national, avec lequel elle a interprété « T’es mon amour, de la tête aux fesses », « sachez, dit-elle, que je n’ai jamais couché avec lui, même s’il avait voulu », a-t-elle lancé badinement à la foule, qui a bien rigolé.
Avant de terminer ce grand entretien, l’artiste a gentiment accepté de répondre aux questions du public, et ce, en toute simplicité.
Une heure en présence de Ginette Reno passe vite. Difficile d’en résumer les confidences, mais s’il y a un point à retenir de cette grande artiste, c’est peut-être son rapport à la foi – elle se dit connectée à quelque chose de plus grand qu’elle – et sa volonté de rester elle-même, peu importe qu’elle chante ou se confie publiquement.

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