Si la récupération gagne du terrain, leur remise en circulation demeure un défi. Pour Tricentris, la solution passe notamment par le développement d’un marché capable d’absorber cette abondance.
L’organisation prépare ainsi l’ouverture, en 2027, d’un centre commercial consacré à la seconde main à Saint-Jérôme, avec l’ambition de faire évoluer les habitudes de consommation.
Selon Dany Dumont, directeur général de Tricentris, les quantités de biens reçus par les écocentres, les ressourceries et les organismes communautaires témoignent d’un problème qui dépasse la capacité de récupération : encore faut-il trouver des acheteurs pour donner une deuxième vie à ces objets.
L’enjeu est donc d’élargir la clientèle des commerces de seconde main et de faire de ce mode d’approvisionnement un réflexe plutôt qu’une tendance passagère.
« Il faut trouver des façons d’augmenter les débouchés, d’augmenter le nombre de personnes qui s’intéressent à ça, que ce ne soit pas juste un trend, que ça devienne une habitude de consommation normale, d’aller chercher ce qu’on a de besoin en premier, dans une seconde main », explique-t-il.
Dépasser les préjugés
Pour Dany Dumont, le développement de ce marché passe aussi par un changement de perception. Les commerces de seconde main sont encore trop souvent associés, selon lui, aux personnes en situation de vulnérabilité, ce qui peut dissuader une partie de la population de les fréquenter.
« Arrêtons de nous imaginer que ces commerces-là sont destinés seulement à des gens vulnérables », lance-t-il.
« Il y a des gens qui se disent : “Moi, j’irais, mais je ne veux pas aller acheter ça parce que je vais le prendre à quelqu’un qui en a plus besoin que moi.” Ça n’a pas de bon sens, il y en a trop. »
Le futur complexe devra donc offrir un environnement attrayant, où les consommateurs pourront magasiner sans associer systématiquement la seconde main à une démarche d’aide communautaire.
« L’objectif du Centre commercial, c’est d’arriver à avoir un lieu qui fait que c’est beau, c’est bien, c’est agréable, on a le goût d’y aller, puis qu’on a accès à toutes les formes d’achats potentiels », résume le directeur général.
De 20 à 30 commerces attendus
Le projet devrait réunir entre 20 et 30 commerces, selon Éric Dépôt, directeur de la division Réduction, Réemploi et Écocentres chez Tricentris, qui en assure le développement.
L’offre pourrait comprendre des boutiques de vêtements pour hommes, femmes et enfants, des commerces de meubles et d’électroménagers, mais également des services spécialisés, notamment en réparation de chaussures et en entretien d’objets.
La sélection des futurs occupants passera par un appel de projets qui doit être lancé dans les prochaines semaines. Les organismes à but non lucratif comme les entreprises privées intéressées par l’économie circulaire pourront soumettre leur candidature. Des conditions d’admissibilité devront toutefois être respectées afin d’assurer la cohérence des activités avec la mission du complexe.
Le projet ne se limitera pas aux espaces commerciaux. Une partie du bâtiment accueillera également des bureaux destinés à des organismes souhaitant se regrouper et collaborer sur différents projets. Cet espace, baptisé la Maison de l’écocitoyenneté, vise à favoriser les échanges entre les acteurs du milieu.
Des dons dirigés vers les bons commerces
Le centre prévoit aussi une formule de récupération des dons directement auprès des commerçants. Plutôt que de centraliser tous les objets, chaque entreprise intéressée pourra accepter les biens correspondant à sa spécialité : vêtements, meubles ou autres articles.
Le complexe accueillera par ailleurs des activités liées aux opérations de Tricentris, dont l’entretien de sa flotte de camions. Une autre partie du bâtiment sera consacrée au développement de solutions pour les matières difficiles à valoriser.
« Chez Tricentris, on a trois divisions, la collecte et le tri. On a la Réduction, Réemploi et Écocentre, mais on a aussi une division d’innovation où on va travailler à développer des débouchés pour les matières qu’on a de la difficulté à trouver une seconde vie », précise Éric Dépôt.
Le réemploi déjà à l’œuvre
Cette volonté de prolonger la vie des objets se concrétise déjà dans les boutiques de réemploi aménagées dans les écocentres de Tricentris. On y trouve notamment des matériaux de construction, des articles de quincaillerie, des livres, de la vaisselle, des meubles et des équipements sportifs.
Certains objets sont également transformés sur place. Dany Dumont donne en exemple un sapin de Noël fabriqué à partir de matériaux récupérés, auquel des lumières ont été ajoutées.
Les articles destinés à la revente sont vérifiés avant d’être remis en circulation, et les prix sont établis pour demeurer accessibles.
« L’idée, c’est s’assurer qu’on ne mette pas ça dans des sites d’enfouissement. C’est donner une deuxième vie pour des choses qui sont en très bonnes conditions », rappelle Éric Dépôt.
Avec son projet de Saint-Jérôme, Tricentris souhaite maintenant passer à une autre échelle. Au-delà de l’ouverture de nouveaux commerces, le défi sera de convaincre davantage de consommateurs de commencer leurs achats par la seconde main et, surtout, de créer suffisamment de demande pour que les objets récupérés puissent réellement trouver preneur.

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