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« Un budget en demi-teinte », estime l’ACQ

Photo Association de la Construction du Québec – « C’est bien, 1 000 logements, mais c’est extrêmement loin de répondre aux besoins. Il faudrait pratiquement doubler le nombre de mises en chantier pour atteindre environ 100 000 unités par année » – M. Rhéaume.

« Un budget en demi-teinte », estime l’ACQ

Publié le 01/04/2026

Suite au dépôt du budget 2026-2027, le 18 mars, l’Association de la construction du Québec (ACQ) juge le budget Girard insuffisant, malgré des efforts du gouvernement en matière d’infrastructures.

Malgré les investissements de 167 milliards en infrastructures dans le Plan québécois d’infrastructures (PQI) 2026-2036, l’ACQ s’inquiète du manque de réponse à la crise du logement et à la pénurie de main d’œuvre, dans les mesures d’un budget qualifié de « demi-teinte ».

« Le ministre Girard l’avait déjà annoncé comme un budget sobre. On est obligé d’être d’accord avec lui, parce que ça nous laisse un peu sur notre faim », résume Félix Rhéaume, directeur des affaires publiques et gouvernementales à l’ACQ.

Des investissements en infrastructures bien accueillis

Ces investissements, selon l’organisation, constituent un levier important pour l’économie et la construction. « Les investissements en infrastructures, ça stimule le secteur de la construction, ça garantit un flot de projets et ça a des répercussions positives sur l’ensemble de l’économie québécoise », explique M. Rhéaume.

L’ajout de plus de 5 milliards de dollars sur plusieurs années pour des projets structurants, notamment dans les écoles et les hôpitaux, est également perçu comme un signal encourageant.

Main-d’œuvre : un enjeu critique ignoré

« La pénurie de main-d’œuvre, c’est l’enjeu numéro un pour les entrepreneurs en construction. Et dans le budget, il n’y a pas de mesures structurantes pour accroître l’offre de formation ou le recrutement de travailleurs », déplore M. Rhéaume.

Selon lui, cette situation risque de compromettre la réalisation des nombreux projets annoncés. « On lève un drapeau jaune, mais bientôt rouge. Si on veut livrer tout ce qui est prévu, ça va prendre plus de travailleurs. »

Au-delà du recrutement, l’ACQ met aussi en lumière un problème de rétention important dans l’industrie. « Dans les cinq premières années, il y a 30 % des travailleurs qui quittent. On n’en a pas assez à l’entrée, et ceux qui sont là, on a de la misère à les garder », précise-t-il.

Pour renverser la tendance, l’organisation plaide pour une meilleure valorisation des métiers. « Les métiers de la construction sont trop souvent vus comme un plan B, alors que ça devrait être un plan A. »

Une crise du logement mal adressée

Le budget prévoit la construction de 1 000 logements abordables, une mesure jugée insuffisante par l’ACQ face à l’ampleur de la crise.

« C’est bien, 1 000 logements, mais c’est extrêmement loin de répondre aux besoins. Il faudrait pratiquement doubler le nombre de mises en chantier pour atteindre environ 100 000 unités par année », affirme M. Rhéaume.

Plus préoccupant encore, les prévisions gouvernementales anticipent une baisse des mises en chantier au cours des prochaines années. « Non seulement il n’y a pas de plan global pour s’attaquer à la crise du logement, mais on prévoit noir sur blanc une diminution. C’est très déconnecté de la réalité », ajoute-t-il.

Miser sur la densification et une vision globale

Face aux défis, l’ACQ plaide pour une approche plus cohérente et intégrée du développement.

« On milite pour un développement plus densifié. Ça permet d’éviter l’étalement urbain et de réduire les coûts d’infrastructures », explique M. Rhéaume.

Mais au-delà des mesures ponctuelles, c’est surtout une vision d’ensemble que réclame l’organisation. « Si on veut un véritable plan, il faut inclure la main-d’œuvre, le logement et les infrastructures. Tout est lié. »

À l’approche des prochaines élections, l’ACQ entend faire valoir ses priorités auprès de l’ensemble des partis politiques.

« Ce qu’on souhaite, c’est une vision globale pour permettre de construire plus, plus vite et à moindre coût », conclut M. Rhéaume.