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« Je parlerai pour elle » : un père transforme le deuil en mouvement collectif

Photo Marie Pier Lafleur – Féminicide : Le père de Joanie Imbeault transforme le drame en combat.

« Je parlerai pour elle » : un père transforme le deuil en mouvement collectif

Publié le 19/03/2026

Yves Imbeault, père de Joanie, assassinée en juin 2025, a créé avec ses collègues de la FTQ Laurentides–Lanaudière, un comité violence conjugale pour prévenir d’autres drames et soutenir les femmes.

« J’avais promis au décès de ma fille que je ne resterais pas les bras croisés. » Devant une salle attentive et profondément émue, Yves Imbeault ne parle pas comme représentant syndical, mais comme père. Depuis le féminicide de sa fille Joanie, en juin 2025, il a choisi de transformer sa douleur en action. L’objectif de son comité est clair : unir les milieux syndicaux, communautaires et institutionnels pour mieux protéger les femmes et intervenir plus tôt.

La soirée de lancement, organisée dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes, a réuni des dizaines de personnes issues de divers milieux au Tapis Rouge à Saint-Jérôme le 5 mars dernier. L’émotion était palpable, nourrie par les témoignages, les constats et la volonté commune de ne plus laisser la violence conjugale se répéter dans l’ombre. Le comité veut agir là où les femmes passent une grande partie de leur vie : au travail. Yves l’a rappelé : la violence ne s’arrête pas à la porte de la maison. Elle suit les victimes, affecte leur sécurité, leur santé et leur stabilité financière.

La voix bouleversante de Nancy Boucher

Le témoignage de Nancy Boucher, survivante, a été l’un des moments les plus marquants de la soirée. « Je suis avec vous, vivante, mais j’aurais pu être une photo encadrée », a-t-elle confié. Elle a décrit la peur constante, l’emprise qui s’installe lentement, les cycles de tension et d’apaisement qui brouillent les repères. Elle a rappelé que partir est un combat intérieur, souvent plus dangereux que rester, et que les victimes ont besoin d’écoute, de patience et d’un entourage qui ne juge pas. Son message s’adressait autant aux proches qu’aux institutions.

Ce témoignage trouve un écho dans l’intervention de la députée de Mercier, Ruba Ghazal, présente pour appuyer la pétition portée par Nancy à l’Assemblée nationale. « Je porte une pétition à la demande de Nancy pour que les gens dans le système soient imputables de leurs décisions, de ce qu’ils font. Ça prend aussi de la sensibilisation et de l’éducation pour nos enfants, filles et aussi garçons, dans nos écoles », a-t-elle affirmé. Elle a rappelé que les féminicides ne sont pas inévitables et que des mesures législatives, comme une loi de type Clare, pourraient mieux protéger les femmes.

Salle avec éclairage coloré; groupe réuni devant rideaux, avec affiches « Comité violence conjugale » et logo sur chevalet.
Photo Marie Pier Lafleur – Yves Imbeault, père de Joanie, entouré des membres du comité violence conjugale de la FTQ Laurentides–Lanaudière, lors d’une soirée empreinte d’émotion consacrée à la prévention de la violence conjugale.

Nommer les violences pour mieux agir

Le secrétaire général de la FTQ, Olivier Carrière, a choisi de nommer les choses sans détour. « Ça commence par le contrôle, ça s’en va vers l’isolement, après c’est l’intimidation, la violence psychologique, la violence économique. Tu deviens prisonnière de ton milieu, prisonnière de ton bourreau, puis bien sûr la violence physique qui, trop souvent, devient un meurtre », a-t-il expliqué. Pour lui, refuser la banalisation et cesser de parler de « drames familiaux » est un premier geste essentiel pour pouvoir enfin agir avec cohérence.

D’autres intervenants ont présenté des leviers d’action. Adil Archtal, de la Caisse des travailleuses et travailleurs unis, a exposé un programme d’urgence permettant aux victimes de retrouver rapidement une autonomie financière : ouverture de compte accélérée, dépôt immédiat, accompagnement personnalisé. Mike Pavant a détaillé les revendications portées par le comité et ses alliés : financement permanent des maisons d’hébergement et des CALACS, accès accéléré aux bracelets anti-rapprochement, formation obligatoire pour les intervenants et mesures de sécurité en milieu de travail.

Un manifeste pour unir les forces

Ces demandes sont rassemblées dans un manifeste d’engagement contre la violence conjugale, dévoilé au cours de la soirée. Le texte affirme que la violence conjugale est une crise sociale majeure et que le statu quo ne protège pas les femmes. Il réclame un financement récurrent des ressources, un meilleur encadrement des remises en liberté, l’adoption d’une loi de type Clare, des congés payés pour les victimes, un accès simplifié aux ressources financières et des clauses de protection dans les conventions collectives. Le manifeste invite les organisations à s’engager publiquement et durablement.

En filigrane de cette mobilisation, la mémoire de Joanie demeure présente. Yves Imbeault a brièvement rappelé l’existence de la Fondation Joanie, déjà en place, qui soutiendra des initiatives de prévention et de sensibilisation. Mais ce soir-là, ce sont surtout le comité violence conjugale et le manifeste qui ont pris le devant de la scène, comme outils concrets pour que d’autres familles n’aient pas à vivre la même douleur.