Au-delà de la sensibilisation, l’événement a mis en lumière les obstacles qui compliquent l’accès aux ressources et la sortie de l’itinérance, tout en donnant une place centrale aux personnes qui en ont fait l’expérience.
Sous le thème national « Rendre visible l’invisible », le comité organisateur avait préparé des mises en situation immersives. Les participants étaient invités à suivre le parcours fictif d’une personne en situation de précarité afin de mieux comprendre les difficultés rencontrées lorsqu’elle cherche de l’aide.
Pour Geneviève Chabot, directrice générale de la CDC Rivière-du-Nord et membre du comité organisateur, l’objectif était de montrer les limites et la complémentarité des ressources.
« On ne voulait pas que ce soit à connotation négative, de dire qu’il n’y a jamais de ressources ou qu’il n’y a pas de services, mais de démontrer que ce n’est pas nécessairement facile », a-t-elle expliqué. « Ça se peut que tu te rendes dans une ressource qui peut t’aider sur certains aspects, mais qui ne peut pas t’aider sur d’autres aspects. »
Les conditions météorologiques ont aussi donné une dimension concrète à l’activité, les participants ayant effectué leur parcours sous la pluie.
« Aujourd’hui, c’est plate, il ne faisait pas beau, mais ça démontrait encore plus la réalité », a souligné Geneviève Chabot.

Les personnes concernées au cœur de l’organisation
L’implication de personnes ayant vécu l’itinérance constitue un élément central de l’organisation locale. Leur expérience contribue à orienter les activités et les messages transmis au public.
« C’est eux qui nous disent comment ils veulent sensibiliser les gens et à quoi ils veulent sensibiliser les gens », a indiqué Geneviève Chabot, précisant que certaines personnes ayant connu la rue siègent au comité tout au long de l’année.
C’est notamment le cas de Sylvie Larose, qui est sortie de l’itinérance il y a près d’un an. Maintenant logée, elle souhaite mettre son vécu au service des autres.
« Pour avoir la chance et l’expérience acquise de ce qu’est la rue, de pouvoir m’exprimer avec eux, de pouvoir donner mon opinion et de pouvoir redonner ce que j’ai reçu », a-t-elle expliqué pour décrire les raisons de son engagement.
Après avoir perdu son logement pendant la pandémie, Sylvie Larose a traversé une période difficile avant de retrouver un toit grâce à l’appui de plusieurs organismes et ressources communautaires. Son parcours rappelle que retrouver un logement ne signifie pas nécessairement que toutes les difficultés sont derrière soi.
« Je suis fière de moi », a-t-elle confié. « Ce n’est pas parce que je suis sortie de la rue que mes épreuves sont terminées. J’en vis encore plein. Ça me prend du temps de tout régler. Un pas à la fois. »

Des participants à la Nuit des sans-abri ont défilé dans les rues de Saint-Jérôme pour sensibiliser la population aux réalités de l’itinérance.
Rapprocher deux mondes
Pour Julie Charette, agente de plateaux chez TAPAJ et membre du comité organisateur, la sensibilisation passe aussi par une meilleure compréhension des personnes qui vivent dans la rue.
« Je vois tellement de belles choses parce que dans la rue, tu vois plein de talents, tu vois l’humanité, tu vois la fraternité, tu vois la solidarité », a-t-elle affirmé.
Elle estime que les préjugés peuvent entretenir une distance entre les personnes en situation d’itinérance et le reste de la population.
« Je trouve vraiment que c’est comme s’il y a un fossé entre deux mondes. Mais au final, on fait partie du même monde », a-t-elle ajouté.
Des étudiants du Cégep de Saint-Jérôme ont également participé à la journée dans le cadre de leur formation, une occasion de se familiariser avec les réalités de l’itinérance et du milieu communautaire.
Les élus appelés à agir
La soirée a réuni plusieurs élus, dont la nouvelle députée de Saint-Jérôme, Sandrine Michon. Rappelant son parcours en intervention sociale, celle-ci a insisté sur la dimension humaine de l’itinérance et sur l’urgence d’agir avant l’arrivée de l’hiver.
« On parle souvent des chiffres, j’ai envie de vous parler aujourd’hui d’humain », a-t-elle déclaré. « Soyons solidaires. Soyons ensemble. »
Elle a également qualifié l’itinérance de « notre priorité sociale numéro un ».
Le maire de Saint-Jérôme, Rémi Barbeau, a pour sa part indiqué que la Ville consulte actuellement des personnes vivant ou ayant vécu l’itinérance afin d’orienter ses actions futures.
« Personne ne devrait vivre dehors. C’est un problème humain, c’est une crise sociale », a-t-il affirmé.
Selon lui, les premières mesures découlant de la commission municipale sur l’itinérance pourraient être présentées au cours de l’hiver.
Pour les organismes, les personnes concernées et les décideurs, l’enjeu dépasse toutefois l’accès à un logement. La nourriture, les soins, l’accompagnement social et le maintien d’un réseau de soutien font aussi partie des besoins à considérer.
Comme le résume Geneviève Chabot, « il n’y a pas une solution. Il y en a autant qu’il y a d’individus ».
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