Pendant dix jours, micro ouvert, piquetage, die-in, tintamarre et prises de parole publiques ont rythmé les actions. Les travailleuses et travailleurs ont cherché à rendre visibles leurs conditions de travail et la fragilité des services. À Saint-Jérôme, un moment marquant a été le tintamarre organisé à la place du Curé-Labelle par l’Antre-Jeunes, avant la conclusion de la grève à Québec, devant le parlement.
Un financement jugé insuffisant et instable
Sur le terrain, les intervenantes ont insisté sur l’importance d’un financement à la mission pour assurer la continuité des services. Coordonnatrice à l’Antre-Jeunes, Stéphanie Gaussirand résume : « On veut se faire voir et entendre. Là, on est à boutte, pis on veut que ça se sache. »
Elle souligne que le financement par projet entretient une instabilité constante. « Ce sont des subventions d’un an, deux ans, trois ans, qui ne sont pas reconduites. Tu crées quelque chose pour les gens que tu aides, puis au bout de trois ans, qu’est-ce que tu fais? Tu arrêtes. »
Cette précarité a des effets concrets. Deux organismes d’aide alimentaire ont fermé à Saint-Jérôme au cours de la dernière année. « Ils n’étaient plus en mesure d’offrir leur service », indique Stéphanie Gaussirand. D’autres organisations ont dû absorber la demande, accentuant la pression sur des équipes déjà fragilisées.
Un milieu à la limite de ses capacités
Une prise de parole à la vieille gare de Saint-Jérôme a rassemblé travailleuses, citoyens et élus municipaux. Une intervenante de la Corporation de développement communautaire de la Rivière-du-Nord, également conseillère municipale, a décrit un milieu sous tension : « Je vois des intervenantes et intervenants qui donnent sans compter. Je vois des équipes qui sont fatiguées, mais qui continuent quand même. Je vois des gens qui font des miracles avec trop peu. »
Elle a rappelé le rôle des municipalités dans la reconnaissance du filet social local. Des élus de Sainte-Sophie, Saint-Colomban, Prévost, Saint-Jérôme et Saint-Hippolyte étaient présents, signe d’un appui politique notable. Une conseillère municipale de Sainte-Paule a ajouté que « derrière chaque organisme, il y a des personnes engagées, qui soutiennent, accompagnent et tissent des liens là où peu d’organisations le font ».
Un système dénoncé comme à bout de souffle
Un extrait du manifeste du mouvement a été lu publiquement : « le communautaire refuse de se taire plus longtemps » et dénonce un tissu social qui « se détériore autant que nos conditions de travail ». Le texte insiste sur le rôle structurant des organismes et sur la nécessité d’un financement stable.
Les intervenantes rappellent que le communautaire constitue un pilier du filet social québécois. « On ne demande pas la charité, on exige la justice sociale », a-t-on entendu.

La réponse du ministère
Interrogé par Infos Laurentides, le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale affirme reconnaître « le rôle essentiel des travailleuses et des travailleurs du milieu communautaire » et dit comprendre leurs préoccupations.
Il souligne qu’un montant de 257,1 M$ sur cinq ans est prévu dans le Budget 2026-2027 pour renforcer les services destinés aux personnes vulnérables. Le financement annuel du secteur « a doublé depuis 2018, passant de 1,1 G$ à 2,2 G$ en 2026-2027 ». Le Plan d’action gouvernemental en matière d’action communautaire 2022-2027 prévoit aussi une augmentation de 888,1 M$ du soutien à la mission globale sur cinq ans.
Le ministère reconnaît toutefois que « les besoins des organismes communautaires demeurent importants » et indique suivre les impacts de la grève. À court terme, il mise sur les services existants, notamment ceux du réseau de la santé et des services sociaux. Il confirme aussi que des travaux sont en cours pour élaborer un nouveau plan d’action avec les partenaires du milieu.
Une pression appelée à se maintenir
Pour plusieurs organismes, la grève constitue une première étape. « La mobilisation ne s’arrête pas après le 2 avril. Tant qu’il n’y aura pas un engagement réel de l’État, on va être là », affirme Stéphanie Gaussirand.
Avec des élections prévues à l’automne, les acteurs du milieu entendent maintenir la pression. Ils espèrent avoir rendu visible un travail essentiel, mais souvent discret. « Derrière chaque organisme, il y a des vies qui dépendent de ce travail », a rappelé une participante.

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