En quelques mois, environ 90 personnes différentes ont fréquenté les lieux pour un total d’environ 1 200 visites — dans une MRC où les services de ce type étaient quasi inexistants.
Un service né d’un vide régional
Entre Mont-Laurier et Saint-Jérôme, aucun endroit sécuritaire n’existait pour les personnes sans filet social. L’Escale est née de ce constat partagé par plusieurs intervenants du milieu communautaire.
« On a trouvé les installations de la Maison Lise Beauchamp à Mont-Laurier très inspirantes et on s’est dit qu’il fallait développer quelque chose dans la MRC des Pays-d’en-Haut », explique Élise Gauthier, chargée de projet.
Le financement provient du Programme de réponse communautaire au campement, un fonds fédéral administré par le CISSS des Laurentides. Le service dispose de dix places, extensibles à quatorze lors des grands froids. Depuis l’ouverture, aucune personne n’a été refusée.

Un lieu pour souffler et se reconstruire
L’Escale n’est pas un refuge traditionnel avec lits. Les usagers peuvent s’y reposer sur des chaises zéro gravité, prendre une douche, utiliser une laveuse-sécheuse, manger, téléphoner, accéder à un ordinateur et disposer d’une adresse postale. L’équipe accompagne aussi les démarches administratives, les recherches de logement et le remplacement de documents perdus.
« Chaque personne a son histoire, ses besoins, ses objectifs. On essaie d’avoir une approche personnalisée », souligne Élise Gauthier.
La majorité des usagers viennent du territoire. Plusieurs ont perdu leur logement dans un marché où les loyers dépassent leurs capacités. D’autres vivent chez des proches, en chambre temporaire ou dans leur voiture. L’itinérance dans les Laurentides est souvent invisible — mais en forte progression, selon les intervenants.
« Si je n’avais pas été accueilli, j’étais mort »
Marc André illustre ce que peut représenter un passage à l’Escale. Après une séparation, plusieurs déménagements, la perte de son véhicule et l’accumulation de dettes, il s’est retrouvé sans solution. « J’ai dit à la policière : soit vous m’aidez, soit je me tire une balle. »
Un policier l’a d’abord invité à prendre un café. « Il m’a vu démoli. Il m’a dit : veux-tu un café. Ça m’a fait du bien », raconte Marc André. Le policier l’a ensuite conduit à l’Escale.
« Ils m’ont donné à manger, une douche, et surtout une semaine pour me déposer. Ici, t’es pas jugé. T’es pas un itinérant, t’es un humain. »
Son témoignage rappelle que l’itinérance dépasse la photo instantanée d’un dénombrement. « Le dénombrement, c’est une photo d’un jour. L’itinérance, c’est mille réalités », dit Élise Gauthier.

Une pression grandissante dans la MRC
La mairesse de Sainte-Adèle, Nadine Brière, reconnaît que l’Escale répond à un besoin devenu incontournable. « Le vrai mot, je pense que ça comble un besoin », affirme-t-elle. Mais elle situe le problème en amont : la MRC compte environ 31 000 logements, dont seulement 377 sont sociaux ou communautaires.
« On n’a jamais travaillé en amont. Ça fait 20 ans qu’on voit venir cette crise-là. » Une séparation, une perte d’emploi, un problème de santé — le basculement vers la précarité peut être rapide pour des gens qui, jusque-là, tenaient le coup.
Si la mairesse accueille favorablement l’arrivée prochaine de la Hutte à Sainte-Agathe, elle insiste sur l’importance des ressources locales. « Peu importe d’où ils viennent, en ce moment, ils sont chez nous. » L’Escale, pour sa part, maintient un objectif simple : « On ne veut laisser personne dehors », résume Élise Gauthier.

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