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Une marche pour Gabie Renaud et pour toutes les femmes

Photo Marie Pier Lafleur – La marche en mémoire de Gabie Renaud a réuni proches, citoyens et survivantes, tous déterminés à dénoncer la violence conjugale et à réclamer des changements durables.

Une marche pour Gabie Renaud et pour toutes les femmes

Publié le 01/10/2026

Un an après le féminicide de Gabie Renaud, des dizaines de personnes ont marché à Saint-Jérôme pour honorer sa mémoire et réclamer une action plus ferme contre la violence conjugale.

Sa sœur Rachel, des survivantes et des policiers ont livré leurs témoignages.

Le 27 septembre, la rue s’est remplie de pas, de pancartes et de silences lourds de sens. Pour Rachel Renaud, la sœur de Gabie, la date n’a rien d’anodin. « J’ai noté le 27 septembre, c’est quelque chose qui est représentatif. C’est la journée où je l’ai appris », confie-t-elle.

Cette deuxième marche en mémoire de sa sœur est pour elle un moment « doux-amer ». « J’aurais préféré de loin être avec ma sœur aujourd’hui que de marcher pour elle », dit-elle. Malgré la douleur, elle souligne la force du soutien reçu : « Je vois tous les gens qui sont de cœur avec moi et tout l’avancement qu’on a fait dans la dernière année. »

Autour d’elle, des proches, des citoyens, des survivantes et des élus marchent pour Gabie, mais aussi pour toutes les femmes dont la vie a été volée par la violence.

Un appel à agir

Avant le départ de la marche, Rachel Renaud a raconté le moment où deux policiers lui ont annoncé la mort de sa sœur : « En quelques secondes, ma vie a basculé. »

Elle a ensuite nommé les 18 femmes assassinées cette année au Québec. « Gabie n’est pas un chiffre. Elle n’est pas une statistique. Elle est ma sœur. » Elle a aussi rappelé que la violence conjugale n’est pas toujours physique : « Une personne peut être blessée sans avoir une seule marque sur le corps. »

Nancy Boucher, survivante de violence conjugale et amie de Gabie, a ensuite rejoint Rachel Renaud pour appeler les élus à agir avant qu’un autre drame ne survienne. « L’émotion doit devenir une décision. La mémoire doit devenir une action », a-t-elle lancé.

Transformer la douleur en combat public

Depuis un an, Rachel Renaud a porté sa peine comme un moteur. Elle a multiplié les interventions publiques, les rencontres politiques et les démarches pour faire avancer la loi Gabie Renaud. « Garder la conversation ouverte, en parler, crier haut et fort qu’il faut que les choses changent », résume-t-elle.

Elle rappelle les avancées importantes : la loi Gabie Renaud, adoptée en juin, et la loi C-16 au fédéral, qui prévoit que les féminicides seront automatiquement accusés au premier degré. « D’ici 18 mois, le contrôle coercitif va rentrer aussi à effet », ajoute-t-elle, soulignant l’importance de reconnaître cette forme de violence souvent invisible.

Le contrôle coercitif désigne une violence psychologique et comportementale qui vise à prendre le pouvoir sur l’autre et à limiter sa liberté.

Rachel insiste sur l’éducation des jeunes, garçons comme filles, pour prévenir les dynamiques de contrôle dès l’adolescence.

Pour elle, la lutte doit être collective : « C’est un problème de société. Il faut que la société embarque. »

Une survivante qui refuse le silence

Nancy Boucher est également l’ex-conjointe de l’homme accusé du meurtre de Gabie. « Il a enlevé une mère à ses enfants, une sœur à sa famille, une amie à ceux qui l’aiment. »

Elle affirme avoir porté plainte à plusieurs reprises pour des comportements violents durant sa relation avec lui.

« C’est le système qui permet de recommencer, parce qu’ils n’ont pas de conséquences », déplore-t-elle.

Elle réclame que les décideurs soient imputables : « Je ne peux pas comprendre pourquoi un juge, un avocat, un procureur ne peut pas être jugé ou accusé d’avoir fait des manquements quand on parle d’une vie enlevée. »

Dans son allocution, elle cite les chartes québécoise et canadienne : « Chacun a le droit à la vie, la liberté et à la sécurité de sa personne. » Puis elle pose la question : « Où est notre droit de vivre? Notre droit d’être en sécurité? »

Elle rappelle que les victimes n’ont pas de seconde chance : « Il n’existe aucune libération conditionnelle pour une femme morte. »

Le regard du service de police

Sur le terrain, les policiers de Saint-Jérôme constatent eux aussi l’ampleur du problème.

Mélissa Bossé, porte-parole du service, explique que deux enquêteurs et deux agents-enquêteurs sont dédiés exclusivement aux dossiers de violence conjugale et familiale. « On veut assurer un meilleur filet de sécurité pour les personnes victimes de violence conjugale. »

Elle a l’impression que les cas sont plus nombreux : « Malheureusement, je pense qu’il y en a plus, en effet, partout à travers la province. »

Le service mise aussi sur la prévention auprès des auteurs. « Ces personnes-là ont de la difficulté à aller chercher de l’aide… on est là pour les accompagner à faire le premier pas. » Une intervenante sociale spécialisée en violence conjugale doit d’ailleurs se joindre à l’équipe.

Pour Mélissa Bossé, mieux accompagner les victimes et les auteurs est essentiel pour éviter que les conflits « banals » ne dégénèrent.

Marcher pour que « plus jamais » devienne enfin vrai

« Ce combat porte ton nom, Gabie Renaud. Pour toi, pour tes enfants, pour toutes les femmes et pour qu’un jour nous puissions enfin dire : plus jamais », déclare Rachel.

La marche s’est mise en mouvement en silence, avec force.

« Si la voix de Gabie est éteinte, la mienne ne s’éteindra pas », a promis Rachel.