Soutenu par la MRC des Laurentides, le projet prévoit l’aménagement d’un milieu de vie adapté sur un terrain acquis au coût de 750 000 $. Appuyée par les 20 municipalités du territoire, l’initiative vise à renforcer les services de proximité pour les personnes en situation d’itinérance, dans une région où les ressources demeurent limitées. La MRC affirme vouloir « répondre concrètement aux enjeux de l’itinérance et favoriser des solutions durables, ancrées dans les réalités du territoire », en misant sur un projet structurant capable d’avoir un impact à long terme.
Cette annonce survient dans un contexte de forte progression du phénomène. Les données préliminaires du dénombrement 2025 font état de 331 personnes de plus en situation d’itinérance qu’en 2022 dans les Laurentides. L’itinérance extérieure a également connu une hausse importante, passant de 12 % en 2018 à 38 % en 2025. Ces chiffres placent la région parmi les plus touchées au Québec et accentuent la pression sur des ressources déjà fragilisées, particulièrement en dehors des grands centres.
Une ouverture prévue en 2027
Les travaux préparatoires sont déjà amorcés. En entrevue, le directeur général de La Hutte, François Savoie, indique que l’organisation souhaite lancer l’appel d’offres avant les vacances de la construction afin de débuter le chantier dès l’automne 2026. « On souhaite avoir un début de construction en septembre. Cet été, on se croise les doigts », précise-t-il. Si l’échéancier est respecté, l’ouverture pourrait se faire en 2027, après environ dix mois de travaux.
Le projet repose sur un modèle renouvelé combinant une maison d’hébergement et deux studios destinés principalement à de jeunes adultes. « On réplique un peu ce qu’on a expérimenté à Terrebonne, mais adapté au territoire », explique François Savoie. Cette formule vise à offrir un milieu de vie stable et encadré, permettant aux personnes hébergées de se relancer dans un environnement structuré, tout en favorisant une transition vers plus d’autonomie.
Selon les projections, la future installation pourrait accueillir environ 400 personnes par année. Ce volume correspond aux besoins observés sur le terrain par les équipes d’intervention, qui travaillent déjà depuis plus d’un an dans les campements et les secteurs plus isolés de la MRC. Cette présence permet de mieux cerner les réalités locales et d’adapter les services en conséquence.

Un service de proximité essentiel
L’enjeu de proximité demeure au cœur du projet. Pour La Hutte, il est essentiel d’éviter que les personnes en situation d’itinérance soient contraintes de quitter leur milieu de vie pour obtenir de l’aide. « Je n’ai pas envie de partir de mon territoire… c’est tout ce qui leur reste », rapportent fréquemment les intervenants. François Savoie souligne que le déracinement peut accentuer la vulnérabilité : « Quand on déménage dans une autre ville, tout est à refaire, et c’est très insécurisant. Même pour quelqu’un qui n’est pas à la rue, c’est déstabilisant. Alors, imagine pour quelqu’un qui vit en survie. »
Dans la MRC des Laurentides, où les services sont dispersés entre Mont-Laurier, Mont-Tremblant et Saint-Jérôme, les déplacements représentent un obstacle important. La future installation de Sainte-Agathe-des-Monts permettra de réduire ces distances et d’offrir un point d’ancrage plus accessible pour les personnes du secteur. « On voulait un service de proximité pour que les gens ne se déracinent pas », résume le directeur général.
Un milieu de vie qui redonne un horizon
Au-delà de l’hébergement, l’approche de La Hutte mise sur la reconstruction du sentiment d’appartenance et sur la capacité des personnes à se projeter dans l’avenir. « Il faut réactualiser le rêve », affirme François Savoie. Selon lui, l’itinérance chronique limite cette capacité, la survie quotidienne prenant toute la place. L’accès à un logement stable devient alors une étape déterminante pour amorcer un changement.
L’accompagnement proposé s’appuie notamment sur l’emploi, les liens sociaux et l’encadrement. « L’emploi, c’est beaucoup plus qu’un revenu. C’est un rôle social, un sentiment d’utilité. Quand les gens reviennent d’une première journée de travail, la première chose qu’ils nous disent, c’est leur fonction dans l’organisation », illustre-t-il. Ces éléments contribuent à redonner une structure, un sens et une stabilité aux personnes engagées dans un parcours de réinsertion.
Une réponse attendue dans le Nord
Avec cette nouvelle installation, La Hutte entend combler un manque important dans le nord des Laurentides. Le projet vise non seulement à offrir un milieu de vie adapté et accompagné, mais aussi à réduire la pression sur les ressources existantes en redistribuant les services sur le territoire. Pour la MRC comme pour l’organisme, il s’agit d’une réponse concrète à une problématique en croissance, qui nécessite des interventions ancrées dans les réalités locales.
L’ouverture prévue en 2027 représente ainsi une étape importante dans le développement d’une offre de services mieux adaptée à la réalité du territoire, en misant sur la proximité, la stabilité et l’accompagnement pour répondre à des besoins en constante évolution.

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