La réputation du Salon des aînés de Saint‑Jérôme n’est plus à faire. Depuis sept ans, le défilé de personnalités plus grandes que nature, de véritables icônes de la culture québécoise, a transformé un salon à vocation modeste et informative en un véritable tapis rouge du bel âge. Avec une mission claire : servir les aînés.
Cette année ne fait pas exception, avec la venue de Diane Dufresne et la participation de Nathalie Simard, Pierre‑Yves McSween, Marie-Thérèse Fortin, et plusieurs autres. Et parmi eux, une rencontre intime : Sonia Benezra.
Rencontrée il y a quelques semaines, Sonia Benezra nous reçoit simplement, les pieds nus — elle vient de casser un talon —, assise sur un sofa bleu. Le décor annonce une rencontre vraie, loin des projecteurs. Elle parle avec ouverture, humanité, sans pudeur.
Pendant sept ans, Sonia a tout mis sur pause pour sa mère devenue non autonome. Avec sa sœur Esther, elle l’a accompagnée jusqu’à la fin, à domicile. Sonia n’est pas, à proprement parler, une aînée. Pourtant, son récit trouve un écho universel. Elle raconte une histoire dans laquelle plusieurs se reconnaîtront, mais la force vient surtout de la façon dont elle la livre : avec honnêteté, lucidité et humanité. Elle accepte les zones sombres sans complaisance, tout en reconnaissant la lumière.
« Guillaume m’a appelée pendant des années », explique-t-elle en parlant de Guillaume Nadon, organisateur du salon depuis sa création. « Mais à l’époque, j’étais incapable. Je lui disais toujours non. Je n’étais pas là. Je pleurais tous les jours. »
La beauté malgré les épreuves
Souvent, les discours sur la proche aidance sont porteurs de souffrance, de fatigue, de renoncement. Chez Sonia, il y a tout ça — mais aussi une forme de beauté qu’elle revendique avec force. Elle décrit ces années passées auprès de sa mère comme une bénédiction. « Tu n’as pas de vie », lui lançaient certains amis. Mais pour Sonia, c’était tout le contraire. « C’est ça, ma vie. Une vraie [… Il n’y a rien de plus précieux que de changer la vie de quelqu’un pendant ses derniers instants ».
Une période d’abnégation, mais aussi de découvertes, de confidences, de complicité nouvelle. « J’ai connu la femme, pas juste la mère. Toute sa vie, ma mère était inquiète pour nous. Stressée. Et ce stress-là, je l’avais moi aussi. Mais dans ses dernières années, j’ai vu une femme apaisée. J’ai découvert une version d’elle plus relax, plus joyeuse […] J’ai adoré la femme que j’ai découverte. »
Elle raconte les soirées de musique, les films en noir et blanc, les parties de cartes improvisées. « Tous les soirs, on écoutait de la musique. Céline, Lionel Richie, Barry White… Ma mère aimait tout ce que moi j’aimais. The Heiress, avec Olivia de Havilland — si on ne l’a pas vu 80 000 fois, je ne sais pas combien de fois on l’a regardé. »
Comme ces films en noir et blanc qui témoignent d’une mémoire suspendue, Benezra voit chez les aînés un savoir et une sagesse infinie, et base sa participation au salon sur l’importance de ce partage. « On les met de côté trop vite, dit-elle. Ils ont tant à nous apprendre. »
« Je vais écouter les histoires des autres. Je veux savoir ce qu’ils traversent. C’est important pour moi. Je vais sortir de là plus riche, je le sais. » — Sonia Benezra

Sonia Benezra sera de passage au Salon des aînés de Saint-Jérôme, où elle partagera son témoignage empreint de sensibilité et d’humanité.
Une rencontre de grandes dames
Une autre raison qui explique sa participation ? La présence d’une autre grande dame : Béatrice Picard. Habituée du Salon, Béatrice Picard en est devenue l’un des visages les plus reconnaissables.
Pour Sonia Benezra, partager la scène avec Béatrice Picard au Salon des aînés, c’est un privilège. « Elle se présente, elle te remercie d’avoir pris le temps… alors que c’est elle qu’on devrait remercier. Ça, ça n’existe plus, ou si peu. » Une occasion rare de côtoyer une femme qui incarne à elle seule un pan entier de notre histoire culturelle. « Lire son livre, c’est lire l’histoire du Québec. » Le parcours de Béatrice Picard traverse les débuts de la télévision, les tabous de son époque, les sacrifices et les silences.
Mais ce qui frappe encore plus Sonia, c’est le contraste entre l’image qu’on se fait des aînés… et la réalité. Béatrice Picard, à près de 95 ans, reste droite, vive, élégante. Rien à voir avec la « petite vieille en coin de pièce avec un chandail trop grand » qu’on s’entête à associer à l’âge.
Plus qu’un rendez-vous, une opportunité
Elle s’est dite très heureuse d’apprendre que la ministre Sonia Bélanger sera sur place, elle qui voit — comme elle — la vieillesse comme une richesse, et non comme une dépense. Et quand elle évoque la pandémie, sa voix se brise : « Je ne pardonnerai jamais au gouvernement pour les gens qui ont dû dire adieu par téléphone. » Pour elle, ces silences forcés sont une blessure nationale.
Parmi tous les souvenirs liés à sa mère, une chanson lui reste aujourd’hui impossible à écouter : Il est où le bonheur, de Christophe Maé. « Les chaises vides qui nous rappellent ce que la vie nous prend » — cette phrase-là, elle la portait déjà comme une prémonition. Pour quelqu’un comme Sonia Benezra, qui a longtemps animé devant des foules, entourée d’invités, d’équipes, de regards, ces chaises vides prennent un sens cruel. Le silence qu’elles évoquent, elle le connaît désormais intimement.
À rebours d’une société qui va trop vite, Sonia Benezra défend la lenteur, la présence, le réel. « Je veux qu’on prenne le temps, qu’on se regarde pour vrai », souffle-t-elle. Elle se méfie du culte du « tout, tout de suite », des vies qui s’effilochent entre deux épisodes sur Netflix. « J’en peux plus. Je pitonne et je ne trouve rien. » Ce qu’elle valorise aujourd’hui, c’est le silence, une vraie conversation, un bon livre qu’on tient entre les mains. Pour elle, ce sont ces gestes-là qui donnent du poids au quotidien. Pas les algorithmes. Le réel a encore une valeur.
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